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Eric Besson : « Je crois que la France change »

Eric Besson, secrétaire d’Etat chargé de la prospection des affaires publiques et du développement de l’économie numérique s’est rendu au séminaire annuel de Google « Zeitgeist » (ndlr. L’air du temps) en Californie, pour étudier les initiatives américaines dans le domaine d’Internet et des nouvelles technologies.
Dans un entretien,
l’ancien secrétaire national du parti socialiste chargé de l’économie et de la fiscalité (2005-2007) livre à France-Amérique les grandes lignes du plan Numérique 2012 qui devrait être présenté par le président Nicolas Sarkozy dans 15 jours et parle de son action au sein du gouvernement.

France -Amérique : Vous étiez à l’origine secrétaire d’Etat responsable de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques et avez été chargé à partir de mars 2008 du développement du numérique français. Quel est l’enjeu de cette nouvelle fonction ?
Le développement du numérique français représente une opportunité économique incroyable. La plupart des pays qui ont encouragé le déploiement d’Internet et des nouvelles technologies ont un taux de croissance supérieur à la moyenne. Le numérique est donc un facteur de développement évident. Mais il constitue également un enjeu culturel et social. Tout d’abord parce qu’il donne à chacun les moyens de se former et de s’informer. Le Net est un outil formidable pour permettre à l’individu d’être acteur de sa propre vie. Enjeu social enfin, parce que l’accès Internet comporte aujourd’hui de fortes disparités territoriales. Certaines zones géographiques sont beaucoup moins bien desservies par le haut débit que d’autres. Notre plan Numérique 2012 vise à créer une égalité géographique dans l’accès au haut débit. Je souhaite vraiment que le plan soit un tournant dans le développement des hautes technologies françaises, afin qu’il constitue un véritable accélérateur pour l’économie.

F-A : Quelles sont justement les principales mesures du plan Numérique 2012 que vous avez remis au Premier ministre et au président il y a quelques semaines ?

Je ne peux pas pour l’instant vous dévoiler le plan de façon détaillée. Je peux déjà vous dire qu’il vise à répondre aux attentes que comportait ma lettre de mission ; travailler sur les réseaux, déployer le haut débit et le très haut débit. Le plan traite notamment de la question de l’usage d’Internet par le citoyen. Nous avons proposé par exemple, le développement des services administratifs en ligne, du e-commerce, des accès Wi-Fi (ndlr, connexion Internet sans fil) dans les écoles et les mairies rurales…

F-A : Quelles propositions le plan Numérique 2012 apporte-t-il au sujet des sites hébergeurs de contenus tels que YouTube et Daily Motion et de la question de la propriété intellectuelle? Va –t-on vers plus grande responsabilisation des hébergeurs ?
Non, le plan ne propose pas de renforcer la responsabilité des hébergeurs. Je parie plutôt sur la régulation par le marché et sur la liberté des acteurs. Google et YouTube ont tout intérêt à se montrer responsables et à respecter la vie privée et les droits des artistes. En effet, les fournisseurs d’accès ont besoin de contenus de qualité pour assurer leur propre développement économique et leurs revenus. Le marché est au fond un très bon garde fou contre le piratage ; les hébergeurs ne vont pas protéger leur site par simple philanthropie.

Le monde des hautes technologies évolue à toute vitesse. Google vient de fêter ses dix ans, YouTube a seulement 4 ans. Leur adaptation est extrêmement rapide : les craintes d’il y a 3 ou 4 ans sont en train de disparaître. Prenez la question du piratage de films. Les sociétés de diffusion craignaient que YouTube permette de mettre en ligne des vidéos de film prises illégalement pendant une projection. J’ai assisté hier à Google à une démonstration « anti piratage ». Une technologie a été mise au point par des ingénieurs américains pour permettre de bloquer toutes les vidéos piratées, en comparant les images copiées avec celles du film original.
En résumé, le gouvernement et les autorités publiques vont davantage essayer d’encourager les acteurs du numériques tels que les sites hébergeurs. La loi ne peut pas passer son temps à courir après la technologie.

F-A : Votre départ de l’équipe de Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle a fait couler beaucoup d’encre. Vous avez ensuite accepté de faire partie du gouvernement de Nicolas Sarkozy. C’est une position surprenante pour un réformiste de gauche.

Tout est né d’une forte divergence au sein du PS avec la principale candidate Ségol

ène Royal. Les choses se sont tellement envenimées que je comptais me retirer de la politique et retourner dans le privé où j’avais commencé ma carrière (ndlr. Eric Besson a été délégué général de la Fondation Vivendi). Et puis Nicolas Sarkozy m’a proposé de travailler avec lui en me disant qu’il souhaitait créer un gouvernement d’ouverture où tous ne partageraient pas forcément ses idées. Mais où tous seraient d’accord sur un point: la nécessité de réformer la France et de la rendre plus compétitive. Quinze mois plus tard, je ne regrette absolument pas mon choix. Cet espèce de « benchmarking » des réformes est très stimulant, je suis sans arrêt à l’étranger pour étudier ce qui se fait dans les autres pays. Je crois sincèrement que la France change et se réforme, qu’elle s’adapte comme un réformiste de gauche l’attendrait. En effet, nous tâchons de réformer la compétitivité française sans pour autant casser la protection sociale. Je me sens donc tout à fait bien au sein de ce gouvernement.

F-A : Un an et demi après l’élection de Nicolas Sarkozy, quels sont les progrès majeurs réalisés par le gouvernement?
L’un des progrès les plus remarquable est le retour de la France au premier plan sur la scène internationale. Au moment de la crise géorgienne, nous étions en première ligne;en Europe, la France a retrouvé toute sa place. Malgré le “non” irlandais (ndlr au traité de Lisbonne), le traité simplifié a remis l’Europe en position de mouvement. Et Nicolas Sarkozy parle à tout le monde : aux Etats-Unis et à leurs ennemis, à Israël et aux pays Arabes. Il encourage ceux qui ont un jour flirté avec le terrorisme à revenir dans le concert des nations. L’Union pour la Méditerranée est un succès et en tant que natif de Marrakech, j’y suis d’autant plus sensible. Sur le plan national, l’ampleur des réformes en cours montre que la France s’adapte même si tout serait plus facile dans un contexte de croissance et avec une situation internationale plus favorable.

F-A : Vous approuvez donc le rapprochement opéré par le président entre la France et les Etats-Unis?
J’aime bien la façon dont Nicolas Sarkozy aborde les relations avec les Etats-Unis. Il leur dit : « la France est à nouveau votre amie mais ce n’est pas pour autant que nous partagerons votre avis et vos actions sur tous les sujets. Nous serons amis, solidaires mais libres. » Je suis moi-même aussi hostile à l’antiaméricanisme primaire qu’à l’américanophilie béate.

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