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Eric Boyer: “Se doper, ce n’est plus tendance…”

Éric Boyer, le manager de l’équipe de Cofidis et le président de l’Association internationale des groupes cyclistes professionnels (AIGCP), est un homme responsable. Responsable avant tout de la santé de ses coureurs. C’est pourquoi la lutte contre le dopage est pour lui une priorité, et aussi le meilleur moyen d’aider le cyclisme à retrouver une crédibilité qui n’est plus à la hauteur de la popularité du Tour de France. Entretien avec un ancien coureur reconverti en patron militant, avant le départ de la Grande Boucle le 5 juillet à Brest.

Ces derniers temps Éric Boyer, au titre de président de l’AIGCP, est également impliqué dans la guerre ouverte qui oppose les organisateurs du Tour de France, l’Amaury Sport Organisation (ASO), et l’Union cycliste internationale. L’UCI a créé son propre circuit, le Pro Tour, il y a quatre ans mais des problèmes avec des fédérations et certains organisateurs d’épreuves ont poussé ces derniers à la fronde. L’équipe Cofidis vient d’ailleurs d’annoncer qu’elle se retirerait du Pro Tour en 2009 pour pouvoir s’aligner sur les courses de son choix. Le Tour de France n’est pas inscrit au calendrier international cette année. Il se déroule pour la première fois sous l’égide de la Fédération française de cyclisme. Et les contrôles seront effectués par l’Agence française de lutte contre le dopage.

Le président de l’Union cycliste internationale, Pat Mc Quaid, avec qui l’ASO et vous-même êtes en conflit, a dit souhaiter que le Tour “se passe sans troubles ni problèmes”…:
C’est de l’ironie? J’étais justement avec les dirigeants de l’UCI lundi à Bruxelles (ndlr : le 30 juin) et je leur ai solennellement demandé de communiquer aux équipes les cas de dopage, s’il y en avait, avant que la course ne commence pour ne pas reitérer les épisodes de l’an dernier avec les cas de Rasmussen et Sinkewitz, connus mi-juin, mais divulgués seulement au milieu de l’épreuve… Mc Quaid m’a assuré que l’UCI n’avait aucun intérêt à utiliser ce genre d’information pour nuire à qui que ce soit… On verra.

Le Tour 2007 a été particulièrement catastrophique. Pour vous aussi puisque votre équipe a dû se retirer à cause de Cristian Moreni, contrôlé positif.
Cofidis a pris alors l’initiative de quitter le Tour de France. On était conscient de nos responsabilités et du mal qu’une telle affaire pouvait provoquer. Nous en avons tous souffert. Du mécanicien au sponsor. Et moi, personnellement, parce que en tant qu’employeur j’ai le devoir préserver la santé de mes coureurs. C’est sur ce terrain que nous tentons de faire passer le message auprès des athlètes. Dirigeants et employeurs doivent les protéger. Nous faisons le maximum pour que le message passe mais on ne peut pas être derrière les coureurs à chaque instant. Certains prennent parfois des risques insensés malgré les dangers potentiels…

La révélation de nouveaux cas de dopage sur l’édition 2008 du Tour pourrait être synonyme de la fin de l’épreuve?

Non, on ne peut pas tout arrêter parce qu’un coureur déconne. L’an dernier le cas qui a vraiment jeté le discrédit sur l’épreuve est celui d’Alexandre Vinokourov contrôlé positif à la transfusion sanguine, ce qui demande du matériel et des complicités. Cela ne doit pas se reproduire.

Vous pensez que les dirigeants sont aujourd’hui crédibles lorsqu’ils affichent leur volonté de lutter contre le dopage?
Bien sûr que nous sommes crédibles, mais nous n’ avons pas la science infuse ! Je pense cependant que le public nous soutient dans notre effort de sortir ce sport de l’image qu’il véhicule depuis trop d’années. Nous sommes en train d’inverser la tendance. Se doper, aujourd’hui, ce n’est plus tendance…

Quelle était l’atmosphère du milieu cycliste professionnel lorsque vous avez démarré en 1985 pour l’équipe Renault-Elf ?
L’argent commençait à arriver. On est passé d’un sport pauvre à un sport doté. Et puis, à la fin des années 80, sont apparus ces produits dopants qui ont permis à des athlètes peu doués de devenir excellents. La hiérarchie s’en est trouvée bouleversée. Vous pouviez pédaler six ans avec un coéquipier incapable de grimper un pont d’autoroute pour le voir du jour au lendemain s’imposer sur l’Alpe d’Huez, comme un robot. À ce moment-là, on a perdu la notion de souffrance et de défaillance, l’idée que le seul potentiel physique naturel pouvait faire gagner… Personne n’a voulu tirer la sonnette d’alarme au nom du spectacle.

Revenons à 2008… Quelles sont les ambitions de Cofidis ?

On y va pour gagner des étapes. Sur les 9 coureurs, dont 7 Français, que j’aligne, aucun n’a le potentiel de gagner le Tour de France mais ils peuvent évoluer sur tous les terrains. Duque, notre Colombien, est un sprinter , Montfort et Montcoutié peuvent briller en haute montagne, Chavanel, Augé, Duclos-Lassalle, Dumoulin en moyenne montagne et sur les étapes de plaine. Tous les jours on peut avoir un coureur qui a le profil de l’étape. Notre stratégie c’est de proposer un joli spectacle. De mettre le feu à cette course magnifique!

La composition de l’équipe Cofidis
Stéphane Augé (FRA), Florent Brard (FRA), Sylvain Chavanel (FRA), Hervé Duclos-Lassalle (FRA), Samuel Dumoulin (FRA), Leonardo Duque (COL), David Moncoutié (FRA), Amaël Moinard (FRA), Maxime Monfort (BEL)
www.equipe-cofidis.com

Le site de l’Union cycliste internationale: www.uci.ch

Le site officiel du Tour de France: www.letour.com


Et aussi…
Le dopage : l’épée de Damoclès

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