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Éric Fottorino, patron du Monde : « C’est à la fiction que je dois d’avoir élucidé mon réel »

Éric Fottorino, écrivain et patron du Monde, est venu lundi 9 février parler de son œuvre fictionnelle à la Maison Française de NYU. Il était en conversation avec le journaliste Olivier Barrot dans le cadre du cycle de conférences « French Literature in the making, » organisées en partenariat avec les services culturels de l’ambassade de France.


Éric Fottorino a, depuis 2006, le pesant honneur de diriger Le Monde, le plus prestigieux quotidien français. Pourtant, il ne correspond pas vraiment à l’image que l’on se fait d’un grand patron de presse. Doux, discret et accessible, il parle de littérature avec gourmandise, les yeux brillants et le sourcil circonflexe. Il dit s’offrir une « récréation », en venant à New York discuter de son œuvre romanesque. Parmi la vingtaine de livres qu’Éric Fottorino a écrits en l’espace de vingt ans, Olivier Barrot  a sélectionné sept romans. « Quel bonheur de prendre le temps de parler littérature, surtout en ce moment ! » laisse échapper le directeur du Monde en référence à la crise économique qui n’épargne pas les médias.

En ce lundi soir, Le Monde semble bien loin. « J’ai commencé comme journaliste et grand reporter, à m’incliner devant les faits », explique Éric Fottorino. « Mais c’est à la fiction que je dois d’avoir élucidé le réel, mon réel. » En dehors de son quatrième roman, Nordeste, paru en en 1999, et qui raconte l’histoire d’un vendeur d’enfants brésilien, qu’il a effectivement rencontré lors d’un reportage, l’univers romanesque d’Éric Fottorino se perd volontiers dans les méandres de l’imagination pure. Son premier roman, Rochelle, paru en 1991, ne débute-t-il d’ailleurs pas sur l’aveu savoureux du narrateur de sa grande capacité à  mentir ? Au plus loin du « réel », donc, car pour Éric Fottorino, comme pour François Truffaut qu’il cite, « la fiction est plus vraie que la réalité. »

D’ailleurs, beaucoup des thèmes du rédacteur en chef du Monde se rapprocheraient, selon Olivier Barrot, de ceux de François Truffaut : la figure du père, le goût des filles, le rapport aux études. À l’univers tendre, « doisnelien » de Rochelle (ndlr, Antoine Doisnel est le héros emblématique d’une tétralogie de François Truffaut qui commence avec les 400 coups et s’achève avec Domicile conjugal), se confronte cependant celui, cru et oppressant, d’une Caresse de rouge (2004), qui voit une relation filiale exclusive se transformer en drame d’amour.

L’homme de presse retourne plus tard à des sujets apparemment plus légers, qui résonnent comme autant d’obsessions pour l’écrivain : le vélo, qu’il pratique assidûment et à qui il rend hommage dans Petit éloge de la bicyclette, paru en 2007, ou le cinéma des vedettes féminines, dans Baisers de cinéma, paru la même année, et dont la réalisatrice Josée Dayan travaille actuellement à la transposition cinématographique.

Qu’il parle de la petite reine ou du grand écran, Éric Fottorino exprime toujours cet amour obsessionnel des mots, notamment ceux qui font sens doublement, comme ce personnage de Rochelle que l’on dit débrouillard, et qui, lui, parce qu’il ne sait pas d’où il vient, se pense « des brouillards ». La quête d’identité elle aussi est omniprésente. Korsakov, qui paraît en 2004, marque ,aux dires de l’auteur, le temps de la maturité et la délivrance de l’acceptation de soi.

En mars prochain devrait sortir chez Gallimard un nouveau roman, Celui qui m’aimait tout bas, qui rend hommage à son père, un homme maladivement discret. « Certaines personnes veulent absolument laisser la trace de leur passage, d’autres au contraire, sont obsédées par l’idée de n’en laisser aucune », conclut Éric Fottorino. « J’ai écrit ce livre pour être bien certain que mon père a existé. »

À lire :

Chez Gallimard, dans les collections Blanche ou Folio :

Rochelle (1991), 256 pages

Nordeste (1999), 224 pages

Caresse de rouge (2004),  208 pages

Korsakov (2004),  544 pages

Petit éloge de la bicyclette (2007), 144 pages

Baisers de cinéma (2007), 224 pages

À paraître: Celui qui m’aimait tout bas

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