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Eric Guirado, chronique d’une France réelle

Amours compliquées, difficultés familiales, problèmes sociaux, le tout adouci par une touche d’humour, Eric Guirado a le don d’imprégner ses films d’un admirable réalisme et d’une grande sensibilité. Des qualités qui n’ont pas laissé indifférent le public américain, qui lui a réservé un accueil chaleureux. Le Fils de l’Epicier, deuxième long métrage du réalisateur français, a en effet totalisé 2000 entrées depuis sa sortie dans une salle new-yorkaise le week-end dernier.

Justesse. Les films d’Eric Guirado n’en manquent pas, ils la respirent. Dans son premier long-métrage, Quand tu descendras du ciel, sa caméra filme les premiers pas de Jérôme (Benoît Giros), agriculteur trentenaire, dans la jungle urbaine. Agonie des campagnes, expulsion des SDF du centre-ville par une mairie, histoires de cœur, on tient ici une représentation simple et fidèle de la France.

Le Fils de l’Epicier, deuxième long métrage d’Eric Guirado, est une confirmation. C’est l’histoire d’une quête, celle d’Antoine (Nicolas Cazalé), trentenaire paumé dans un quotidien citadin, qui retourne vivre dans le village de ses parents. Il remplace son père, malade, au volant du camion-épicerie familial et sillonne les routes serpentées du sud de la France. Dans son magasin ambulant, on trouve de tout, des petits pois, des timbres, "de la vache-qui-rit pour les petits enfants". Antoine ravitaille les habitants souvent âgés d’une campagne désertée par sa jeunesse. Une fois de plus, le réalisateur peint un tableau de l’Hexagone éloquent pour plus d’un autochtone. "Dans le cinéma, on tombe souvent dans le folklore", explique Eric Guirado. "Beaucoup de réalisateurs ont la tentation de représenter une jolie France, qui se situerait quelque part entre Montmartre et Nice". Un piège que le réalisateur français évite avec brio, tout en séduisant un public américain, touché par une mise en scène sincère.

Preuve de ce désir d’authenticité, le réalisateur a même fait appel à des habitants des lieux où il tourne ses films pour interpréter certains rôles. Dans Le Fils de l’épicier, certains ont fait leurs premiers pas au cinéma: "Je pense que notre manière d’être est déterminée par l’endroit où on vit", justifie Eric Guirado. "Je n’allais pas dire à des gens de Paris de venir jouer des villageois retraités. Nous avons cherché avec eux la manière la plus juste de représenter leur quotidien". Pour son premier long métrage, le même concept avait été utilisé. "Mais très peu. Je n’ai pas choisi de SDF pour interpréter ceux du film, parce que d’un point de vue éthique je ne trouve pas ça bien", ajoute-t-il.

Une large place est ainsi donnée aux acteurs. La mise en scène semble minime, la musique est très peu utilisée. "Je suis très prudent avec l’usage de la musique, car je trouve qu’elle rend le travail facile", explique-t-il. "Le plus important dans un film est le récit. Le reste, comme la musique, fait partie du décor. Ce n’est pas parce qu’on ajoute de la crème fraîche que l’on sait cuisiner". Les plans longs, comme une description, ne sont pas bannis. Un côté documentaire, qui n’a rien d’étonnant vu le parcours du réalisateur. "J’ai été journaliste pendant assez longtemps", raconte-t-il. "J’ai d’ailleurs réalisé des documentaires sur les épiciers ambulants dans trois régions reculées de France".

Alors que le premier film évoque la découverte de la ville par un campagnard, Le fils de l’épicier, retrace le retour d’Antoine à ses origines rurales. "Je n’ai pas remarqué, on m’a fait la réflexion après", aquiesque le réalisateur, souriant. "Je cherche égoïstement à créer des films qui me plaisent, et la campagne est toujours présente dans mes films car j’y suis très attaché. Il y a tellement de lieux magnifiques en France où j’aimerais tourner mes films". Et c’est là toute la différence des longs métrages de Guirado. Il se démarque des innombrables réalisateurs français qui s’obstinent à filmer leurs scénarios sous la tour Eiffel, oubliant que la France ne se résume pas à un quartier bourgeois de la capitale.

L’Hexagone peint par Guirado est parfois un peu plus sombre qu’à l’accoutumée. Le réalisateur n’hésite pas à mettre en scène des évènements qui dérangent. Dans Quand tu descendras du ciel, Jérôme, parti en ville pour aider financièrement une mère qui s’entête à garder la ferme familiale, assiste le chauffeur du camion chargé d’expulser les SDF loin des vitrines scintillantes du centre-ville. "Donner un angle social au film est indispensable", commente le réalisateur. "Il y a plein de sujets de société qui m’intéressent énormément, et sur lesquels j’aimerais travailler. Comme sur la fracture sociale par exemple, avec les riches qui deviennent plus riches, et les pauvres plus pauvres". Le film fait ici office d’arme contre "un côté fataliste très fort" qui caractérise la France actuellement.

Pauvreté, problèmes de couple, Guirado aime les personnages en difficulté. "Il est plus intéressant de représenter ce genre de personnages, qui vont par la suite résoudre leurs problèmes", justifie-t-il. "Raconter l’histoire de personnes qui vont bien n’a pas grand intérêt".

Malgré les thèmes assez sombres abordés, ses films s’achèvent toujours par une touche optimiste et le triomphe de l’amour. "Je suis gentil avec mes personnages", déclare-t-il. "Dans la vie, je suis optimiste, je pense qu’il y a toujours un moyen de résoudre les problèmes. Cela se ressent dans mes films". Mais l’auteur, qui rédige actuellement deux scénarios sur le thème de la rupture, l’une amoureuse, l’autre sociale, promet "d’être plus dur" à l’avenir. Une décision qui coïncide avec la volonté d’un réalisateur désirant représenter sa vision de la France actuelle, une France qui va plutôt mal.

 

* OU VOIR LE FILS DE L’EPICIER :

 

* NEW YORK :

Dès aujourd’hui au Lincoln Plaza Cinema : http://lincolnplaza.moviefone.com/

A partir du 20 juin prochain:

Cinema Village : www.cinemavillage.com

Malverne Cinemas (à Long Island)

 

* SANTA FE :

le 25 juillet prochain à The Screen : thescreen.csf.edu/

 

* SARASOTA :

le 1er août prochain au Burns Court Theater

 

* PORTLAND :

le 8 août prochain au Living Room Theaters : www.livingroomtheaters.com/

Le film sera également diffusé entre juillet et août dans d’autres grandes villes des Etats-Unis comme Los Angeles, San Francisco, Chicago, Washington DC, Boston, Seattle, Dallas, Detroit, Minneapolis. Les dates de sortie restent à confirmer.

Le premier film d’Eric Guirado, Quand Tu Descendras Du Ciel avait été projeté lors de Cinéma Sur l’Herbe, un festival de cinéma proposé par les services culturels de l’Ambassade de France, qui a lieu jusqu’au 27 juin prochain. Pour plus d’informations sur les films diffusés chaque vendredi soir: www.frenchculture.org

 

 

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