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Éternelle Dalida

Les plus grands destins sont souvent les plus incompris. Celui de Dalida ne fait pas exception. On croyait pourtant bien la connaître, la diva du Caire, à force de réécouter le duo magique qu’elle forma avec Alain Delon pour Paroles, Paroles, ou de revoir le strass et les paillettes des émissions de la fin des années 70, orchestrées par Gilbert et Maritié Carpentier. Mais tout comme elle fut tantôt brune, tantôt blonde, Dalida sut mélanger les genres et entretenir le mystère de sa vie. Une vie emplie des plus grandes joies, mais aussi des plus profondes tristesses, qui menèrent, le 3 mai 1987, à un suicide aussi inattendu que douloureux. 20 ans après, la grande exposition – la première en son genre – que lui consacre la Mairie de Paris dans les salons de l’Hôtel de Ville vient rendre justice au mythe de Dalida, chanteuse, actrice et icône de mode. « Elle n’a jamais cessé d’envoûter son public, établissant avec lui un rapport à la fois singulier et intemporel. Lui rendre hommage aujourd’hui est une façon de lui dire merci », confesse avec tendresse le maire de Paris, Bertrand Delanoë.

L’histoire commence en 1954, quand la jeune et plantureuse Yolanda Gigliotti est élue Miss Égypte. Séduite par le cinéma français, elle rejoint Paris, le jour de Noël, avec sa bouche méditerranéenne, ses cheveux de geai et ses yeux bordés de khôl. Mais plutôt que le grand écran, elle opte pour la chanson et le surnom de Dalida. « Parce que Dalida faisait trop penser à Samson », note Jacques Plessis. Le succès n’attend pas : en 1956, elle vend 300.000 45 tours en quelques semaines de son Bambino. C’est le début d’une longue carrière, riche de 2.000 titres, qui alternera la chanson à texte (Come Prima), le yéyé (Itsi petit bikini), le raï (Salma ya salama) ou encore le disco (Laissez-moi danser). Reine des genres, souvent pionnière musicale, le succès ne la quittera jamais. On crée pour elle le premier disque d’or de l’histoire de la musique, en 1956, comme on créera par la suite le premier disque de platine en 1964, et le premier disque de diamant en 1981 ! À ce jour, elle a vendu 120 millions d’albums dans le monde, récoltant des lauriers bien au-delà des frontières de l’Hexagone. Personnage complexe, adulé mais marqué par les deuils, Dalida trouva finalement peut-être son plus beau personnage dans le film de son compatriote Youssef Chahine, Le sixième jour. Elle y incarne les blessures universelles d’une femme confrontée à la solitude. Un rôle qui ressemblait sans doute trop bien à sa propre vie.

Le grand public conserve toutefois généralement une autre image d’elle, celle d’une Dalida pétulante, synonyme de rêve oriental et de tenues affriolantes. Car Dalida fut aussi une figure de mode admirée et maintes fois copiée. Pas étonnant alors de voir exhibées, dans la galerie centrale du Salon, une douzaine de ses robes, en crépon ou en soie, extravagantes ou glamour. Au-dessus d’elles, un néon figurant la chanteuse illumine la large pièce à deux étages. L’exposition, mise en scène par Jacques Plessis, secondé par Laurence Benaïm, fait la part belle aux objets personnels de la chanteuse, ces petits riens qui racontent une vie : photos d’enfance, lunettes de soleil, escarpins, télégrammes d’encouragements signés Johnny Halliday, et même un mot de félicitations de Nicolas Sarkozy, vieux de près de 30 ans ! Sur un large pan de mur s’étalent des dizaines de disques d’or, tandis qu’un étrange assemblage de télévisions diffuse des ima-ges de la chanteuse. Mais le meilleur reste à venir, dissimulé dans des cabines aux formes étranges. À l’intérieur : un karaoké ! Les refrains bien connus emplissent avec bonheur la salle d’exposition, rappelant pourquoi Dalida fut en son temps la personnalité préférée des Français. Quelque peu délaissée après son départ, sa mémoire n’a jamais été aussi vive, comme le prouve le succès du téléfilm qui lui fut consacré en 2005 et qui rassembla 13 millions de téléspectateurs.

Dalida est éternelle – et ce ne sont pas des paroles, paroles…

Dalida, une vie …

Hôtel de Ville de Paris, 5 rue Lobau, Paris 75004

tél. : 011 33 (1) 42.76.51.53
Tlj sf dim et jours fériés de 10 h à 19 h jusqu’au 8 septembre
Entrée gratuite.

www.paris.fr


À lire :

Dalida, une vie De Jacques Plessis, catalogue de l’exposition, Éd. Chronique

Dalida, l’album de l ’exposition, livre souvenir, éd Chronique

Dalida de Catherine Rihoit (biographie), Éd. Plon,.
Dalida de Henry-Jean Servat et Orlando, Éd. Albin Michel

À écouter :

Les 101 Plus Belles Chansons, coffret (Universal) de 5 CD incluant 1 livret de 16 pages illustré de photos. Les titres sont remasterisés en haute définition, et le coffret inclut comme 101e titre, 20 ans déjà, un medley inédit en hommage à Dalida.

À voir :

Dalida, une vie … Coffret encyclopédie de 8 DVD, 261 chansons filmées, 48 interviews et reportages, plus de 18 heures de musique et de documents (Universal).
En version courte, coffret anthologie, 3 DVD, 7 h d ’écoute, Dalida, coffret anniversaire, 3 DVD.Le coffret regroupe un film, un documentaire, des chansons et quatre vidéoclips.

Les grandes dates de sa vie

1933 : Naissance au Caire, d’un père violoniste
1954 : arrivée en France et début de la carrière de chanteuse
1967 : suicide de Luigi Tenco, son compagnon, qui l’affectera durablement
1974 : elle est n°1 dans douze pays avec Gigi l’amoroso
et reçoit l’Oscar mondial du succès du disque
1987 : se donne la mort à son domicile
1997 : une place est inaugurée à son nom à Montmartre et un buste y est érigé.

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