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Etnies, la tribu verte de Pierre André Sénizergues

À 45 ans,  Pierre André Sénizergues est un ancien champion du monde de skate-board reconverti en businessman, un millionnaire en jeans, tee-shirt et baskets qui a su transformer sa passion pour la planche à roulette en un véritable empire commercial. Portrait d’un entrepreneur hors norme qui, depuis quelques années, a choisi de faire de sa marque un modèle de développement durable.

Tout a commencé à L’Haÿ-les-Roses, une commune de la banlieue de l’Ouest parisien où Pierre André Sénizergues passait la plupart de ses après-midi à faire du skate-board. À 15 ans, le jeune adolescent  rêvait déjà de partir de l’autre côté de l’Atlantique où ce sport  était alors en pleine expansion. « Je passais mon temps à  feuilleter les magazines spécialisés et j’ai très vite compris que l’Amérique était la  plaque tournante du skate. En France, dans les années 1980, le skate était encore un sport pour amateurs ;  très peu de compétitions étaient organisées », explique Pierre André Sénizergues. C’est pourquoi, après un IUT en informatique industriel et un court passage chez IBM, cet ingénieur fraîchement diplômé a quitté la France pour réaliser son rêve. Il s’installe en Californie où il obtient le titre de champion du monde de skate en 1985.

Mais son ambition ne s’arrête pas là. Pierre André Sénizergues propose à Rotureau Apple, une marque française de chaussures de skate, de dessiner pour eux un modèle qui porterait son nom. Le champion convainc la société de le laisser développer la marque aux États-Unis. Pari osé pour un sportif et un ingénieur qui n’a reçu aucune formation commerciale ! Pourtant, grâce à son acharnement, Pierre André Sénizergues parvient  à fédérer la jeune génération de skateurs autour de sa marque. Vingt ans plus tard, Pierre André Sénizergues est à la tête de Sole Technology, un empire dont le chiffre d’affaire annuel est de 200 millions de dollars et qui regroupe 7 marques de vêtements et accessoires spécialisés dans le skate-board. Une marque devenue leader de la chaussure de skate aux États-Unis et dont les produits sont distribués dans plus de 70 pays.

Un esprit plus qu’une marque de sport

La réussite d’Etnies, Pierre André Sénizergues la doit sans doute à cet esprit si particulier du skate, véritable sous-culture urbaine où le style vestimentaire importe presque autant que la performance du skateur. Outre les célèbres chaussures aux gros lacets colorés dont la semelle en caoutchouc épais permet d’amortir les chocs des sauts, l’entrepreneur francais a développé toute une gamme de vêtements style skateur, du « baggy » (pantalon large) aux t-shirts longs en passant par la casquette et la chaîne en métal aux logos de la marque. « Etnies vient du mot ethnicité. J’ai choisi ce nom parce que les skateurs forment une sorte de tribu. Ce sont des nomades des villes qui ont leur propre musique, leur propre style d’habits et qui se baladent à travers la ville comme dans un grand terrain de jeux », explique Pierre André Sénizergues.

Au sud de Los Angeles, sur le site même du siège social de Sole Technology, l’entrepreneur a fait construire en partenariat avec la ville de Lake Forest un immense parc de skate. « Quand j’étais jeune et que je skatais dans les rues de L’Haÿ, on avait souvent des problèmes avec la police parce qu’on pratiquait sans des endroits qui ne nous étaient pas destinés », poursuit-il. « Du coup, j’ai voulu offrir aux skateurs un endroit qui leur était réservé. » Pierre André Sénizergues n’a pas hésité à mettre les moyens. Un parc de skate de 7000 mètres carrés trône au beau milieu des bâtiments de Sole Technology. Avec une fréquentation de 100 000 skateurs par an et 5 professeurs à plein temps pour encadrer et initier les débutants, le skate park de Lake Forest est le plus grand complexe de skate des États-Unis.

Etnies, une marque « verte »

Le pionnier est aussi un visionnaire. Il y a plus de dix ans, il a compris que l’écologie serait au cœur des préoccupations du XXIe siecle et  décidé de faire de son entreprise un modèle de développement durable. « En 1994, je me suis rendu compte que Sole Technology produisait en allant à l’encontre de ce contre quoi j’avais toujours protesté en tant que skateur », affirme-t-il. « J’ai toujours détesté skater à Paris parce que l’air était trop pollué. » C’est le déclic. La mission d’Etnies ne sera a partir de ce moment plus seulement de faire de bons produits mais « d’aider les skateurs  à mieux respirer ». 

Pierre André Sénizergues a fait installer sur les toits des bâtiments de Lake Forest 616 panneaux solaires et a créé un poste de manager des affaires environnementales au sein de l’entreprise, une première dans l’industrie des sports de glisse. Autre ambition de l’entrepreneur : viser une pollution zéro d’ici 2020. « Il y a un an, nous avons calculé l’impact écologique global de la société et la quantité de CO2 émise tout au long de la ligne de production », poursuit-il. « Les résultats ont montré que nous dépensions 36 400 kilos de CO2 par an dont 57 % provenaient de la production des chaussures. Maintenant que nous connaissons précisément nos dépenses énergétiques, notre but est d’obtenir une compagnie “carbone neutre” (ndlr,qui n’a pas d’impact sur l’environnement). »

Depuis, Sole Technology a construit des usines qui utilisent de l’énergie d’une centrale hydraulique à la place de ses anciennes usines à charbon. Ce transfert devrait lui permettre d’économiser 20 % d’énergie. À force de surfer sur la vague verte, l’entrepreneur a fini par se faire remarquer. Il y a deux ans, Leonardo DiCaprio s’est intéressé à ce « Frenchie écolo » et lui a proposé de produire un documentaire sur l’environnement. En janvier 2008, Pierre André et la star hollywoodienne ont présenté La Onzième Heure, le dernier virage, un documentaire sur le réchauffement climatique.
La tribu s’agrandit.

Infos pratiques

The 11th Hour (La Onzième Heure) produit par Leonardo DiCaprio

www.soletechnology.com

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