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Europe-Etats-Unis : couple libre-échangiste ?

Deux écoles de pensée prêchent aujourd’hui des approches divergentes pour résoudre la crise de la zone euro, caractérisée par la désindustrialisation, une croissance anémique et un surendettement des Etats membres. L’une considère que le péché originel de l’Europe est de vivre au-dessus de ses moyens et préconise austérité et discipline budgétaire, l’autre considère que l’Europe souffre d’un manque de compétitivité et prône un nouveau modèle néo-libéral de croissance.

Avant de jeter la première pierre, reconnaissons que pendant plusieurs décennies, le modèle de croissance européen a été un moteur de convergence économique, apportant prospérité et couverture sociale à des centaines de millions d’Européens. L’Europe économique s’est construite avec moins de disparité dans la distribution des revenus. Les revenus moyens des entreprises européennes sont inférieurs à ceux des entreprises américaines, mais les apports sociaux pour les salariés sont bien supérieurs. Les écarts de salaires sont moins importants, la classe moyenne y est forte, les salariés mieux protégés. Ces succès sont malheureusement obscurcis par le manque de croissance et les mésaventures fiscales de la zone euro.

Le “Made in Europe” est aussi un label de qualité synonyme de savoir-faire et d’ingéniosité. Le modèle de production des pays émergents, établi sur une faible réglementation et les bas salaires, y serait absurde et socialement inacceptable. L’Europe doit donc capitaliser sur son expertise, son innovation et son respect des normes du travail et de l’environnement. Etre compétitif selon ces critères peut se faire en augmentant les échanges avec les pays ayant un modèle économique, social et environnemental comparable et en éliminant les obstacles limitant l’accès à leurs marchés.

Les dirigeants politiques ont aujourd’hui des difficultés à articuler une vision fédérant autour d’intérêts communs les gouvernements et les entreprises. Opposer les gentils keynésiens, fiscalement irresponsables, aux méchants libéraux, créateurs de richesses, ne contribue pas à aider l’Europe à sauvegarder son modèle de développement d’exception.  Moins de testostérone et de préjugés idéologiques seraient souhaitables pour appliquer une politique cohérente de ré-industrialisation et de développement des exportations.

En signant la Déclaration transatlantique en 1990, les États-Unis et la Communauté économique européenne posaient les bases d’une meilleure intégration économique et de libre-échange. Les Etats-Unis et l’Europe font d’ailleurs aujourd’hui la plus grande partie de leurs échanges commerciaux l’un avec l’autre.

En 2013, débuteront des négociations pour un accord global réduisant les barrières non tarifaires pour le commerce des marchandises, des services, de l’investissement et de l’agriculture. Hillary Rodham Clinton parle ainsi d’une “OTAN économique”. Imaginez une zone de libre-échange regroupant quelque 818 millions de personnes, avec  un stock d’investissement de 2 394 trillions d’euros, dont l’échange annuel de biens et de services s’élèverait à 702,6 milliards d’euros.

Historiquement, les négociations pour la suppression des barrières non tarifaires sont plus difficiles que celles pour la suppression des tarifs. Les règles protectionnistes agricoles de l’Union européenne et des Etats-Unis  rendront notamment les négociations houleuses, même si le secteur agricole ne représente plus que 1,7% du PNB de la zone euro et 1,2% du PNB des Etats-Unis. La chambre de commerce américaine estime qu’un accord éliminant les droits de douane et autres obstacles entre les États-Unis et l’Union européenne pourrait ajouter 1,5% de croissance des deux côtés de l’Atlantique. Au vu de ces enjeux, une entente devrait finir par s’imposer.

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