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Exclusif : le consul de France à San Francisco scénariste de la nouvelle BD de Chéret

André Chéret, le dessinateur de la célèbre BD Rahan parue pour la première fois dans Pif Gadget il y a tout juste quarante ans, revient sur la scène du neuvième art avec Le Dernier des Mohegans. L’auteur de ce thriller américain sur fond de paléontologie, le mystérieux PFM n’avait jusqu’à présent pas dévoilé son identité. France-Amérique vous révèle aujourd’hui qui se cache derrière ces trois initiales. Entretien exclusif avec Pierre-François Mourier, consul général de France à San Francisco et depuis peu, scénariste de bande dessinée !

Un squelette vieux de 10 000 ans est retrouvé dans le lac Chaplain au nord-est des États-Unis, non loin de Centerbury, une bourgade qui abrite un campus étudiant où vient se former l’élite de la nation et un casino ultramoderne, propriété des indiens Mohegans. Lorsqu’un chercheur de l’université découvre que le squelette ne serait pas les restes d’un indien Mohegan mais attesterait de la présence ancestrale d’Européens sur le territoire, l’atmosphère devient explosive…

Vous êtes normalien agrégé de lettres classiques et ancien membre du conseil d’État. Jusqu’à présent, vous avez écrit des essais sur le Droit et un premier roman sorti en 2005. C’est donc une surprise de vous découvrir scénariste de bande dessinée !

C’est vrai, je suis passé d’un type d’écriture très développé à un style beaucoup plus condensé, presque filmique. J’avais toujours voulu faire de la BD qui est un genre très intéressant : les dessinateurs veulent être complètement cadrés et la rédaction du scénario demande donc une précision énorme. L’auteur doit aller jusqu’à indiquer la manière dont ses personnages bougent les bras, démarrent la moto… Plus le texte est précis, plus le dessinateur s’éclate ! En nombre de caractères en fait, le scénario d’une BD est presque aussi long qu’un manuscrit de roman.

Comment s’est passé votre travail avec le dessinateur de Rahan ? Est-ce vous qui l’avez choisi ?

Mon éditeur a proposé le scénario à plusieurs dessinateurs, dont André Chéret. À vrai dire, c’est plutôt André Chéret qui nous a choisis ! C’était une grande chance pour moi qui ai grandi avec Rahan et dont c’est cette année le quarantième anniversaire. Chéret est un dessinateur qui a une vraie bouteille ; j’ai écrit les scènes de flash back qui se passent à l’époque des premières tribus de Mohegans, en dédicace à Chéret puisque les aventures de Rahan se passent à la préhistoire.

L’histoire se passe sur fond de campagne présidentielle américaine 2009 et se poursuit après l’élection de Barack Obama. Aviez-vous fini d’écrire le scénario avant les élections de novembre ?

J’avais commencé à écrire le scénario avant même de venir à San Francisco en 2007. Et j’ai terminé l’été dernier après les primaires donc, mais avant l’élection. Au départ, je pensais que le président serait une présidente. Et après les primaires, j’ai dû changer certains éléments de mon texte. Mais dès cet été, j’avais parié sur l’élection d’Obama à la Maison Blanche. Mon scénario aurait été ridicule si cela n’avait pas été le cas !

Le scénario est tissé de références à la géographie, la politique et la culture contemporaine américaines. Votre expérience aux États-Unis vous a-t-elle inspiré ?

En effet. Toute l’intrigue est une fiction bien sûr, mais les références historiques et géographiques sont bien réelles. L’histoire se passe à Centerbury, un nom fictif pour désigner le College de Middleburry, dans le Vermont où mes parents étaient professeurs pendant l’été et où j’ai moi-même enseigné la littérature française. Le casino Mohegans Moon est une allusion directe au Mohegan Sun, le deuxième plus grand casino au monde situé dans le Connecticut. Le mouvement pentecôtiste en revanche n’existe pas ; c’est un mélange de plusieurs courants fondamentalistes.

Dans ce premier tome, un groupuscule extrémiste de droite complote contre les Mohegans et contre le parti démocrate. Était-ce une volonté de montrer une partie de l’échiquier politique américain moins connu du grand public français ?

Le Dernier des Mohegans. en effet, est un texte politique d’une certaine manière. L’élection d’Obama n’a pas fait disparaître les groupuscules politiques d’extrême droite. Pour l’instant Obama a le vent en poupe et les Français ont tendance à considérer son élection comme une épiphanie. Mais les vieux courant théologiques, antifédéralistes et anti-Washington qui prônent le droit individuel à avoir des armes chez soi, n’ont pas pour autant disparu. Ce sont des groupes marginaux bien sûr, mais ils existent.

Votre BD est sortie début juin en France. Personne jusqu’à présent ne connaissait votre identité. Pourquoi avoir choisi d’écrire sous un pseudonyme ?

Je n’ai pas cherché à cacher mon identité. En tant que consul de France, je me devais d’être totalement transparent avec mon ministère et avec mon ambassadeur à qui j’ai envoyé le script. Et ils ont tous deux donné leur accord. Il y dans notre profession une vieille tradition de diplomates écrivains, Romain Gary par exemple était consul de Los Angeles. J’ai donc choisi de signer sous mes initiales, pfm pour distinguer mon nom de romancier et d’essayiste de mon nom de scénariste de BD.

Infos Pratiques

Le Dernier des Mohegans #1

Par André Chéret et Pfm. Bamboo/Grand Angle, 12,90 €, disponible depuis le 3 juin 2009.

 

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