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Famille, je vous hais

Un conte de Noël, d’Arnaud Desplechin, sort vendredi 14 novembre dans les salles américaines. Un film riche, traversé par une foule de thématiques et servi par une grande créativité visuelle. Le casting éblouissant, loin d’écraser le film, s’imbrique parfaitement. Le film français de l’année ?

Dans cette histoire impossible à résumer, c’est le hasard des gênes qui mène la danse. Hasard malheureux, quand il plonge une famille dans le deuil : à la fin des années 60, Junon (Catherine Deneuve) et Abel (Jean-Paul Roussillon) apprennent que leur petit garçon Joseph est atteint de leucémie. Seul une greffe de moelle peut le guérir, mais ni ses parents, ni sa jeune sœur Elisabeth (Anne Consigny) ne sont compatibles. Abel et Junon conçoivent alors un troisième enfant, espérant que celui-ci pourra sauver l’aîné. Hélas, Henri naît, « inutile ». Et l’enfant meurt de n’avoir pu être sauvé par les siens.

Quarante ans après, le hasard frappe encore quand Junon apprend qu’elle est elle-même porteuse de la même maladie. Entre-temps, la famille s’est agrandie d’un dernier enfant, Ivan (Melvil Poupaud), et de 3 petits-enfants. Tous sont testés, mais les statistiques ne sont pas favorables. En attendant le résultat des tests, la famille est réunie au complet pour Noël dans la maison familiale à Roubaix, dans le Nord de la France. L’occasion de mettre à plat toutes les rancoeurs – et il y en a beaucoup.

Le problème, c’est que la greffe peut tuer le receveur dans d’atroces souffrances. Sans compter la dette dont Junon sera redevable si jamais la greffe réussit. Elle qui ne veut rien devoir à personne, surtout pas à ses enfants, souffre de devenir dépendante de ses descendants.

Curieusement, dans cette famille complètement dysfonctionnelle, le lien des couples est plus fort que les liens du sang – peut-être à cause de ce mauvais gène qui bouleverse la famille. Ainsi Junon et Abel vivent ensemble depuis plus de 40 ans et sont toujours très amoureux l’un de l’autre. Elisabeth, la sœur aînée, est toujours mariée avec Claude (Hippolyte Girardot) le père de son fils adolescent. On apprendra d’ailleurs que le hasard a également formé les couples, comme celui composé d’Ivan et de Sylvia (Chiara Mastroianni).

Un conte de Noël est inspiré très librement du livre La greffe, entre biologie et psychanalyse, co-écrit par le psychiatre Jacques Ascher et le médecin Jean-Pierre Jouet, hématologiste spécialiste de la moelle osseuse. Une réflexion que le réalisateur a reliée à son œuvre cinématographique, imaginant des personnages aux prénoms mythologiques ou bibliques et ajoutant des références à ses films précédents. Porté par une audace visuelle sidérante, ce film dense et passionnant oscille sans cesse entre la tragédie grecque et la comédie shakespearienne. Passé le plaisir de la découverte, il faudra peut-être y revenir, pour tenter de dénicher derrière cette histoire de gênes les véritables généalogies artistiques de ce Conte de Noël.

Un conte de Noël (A Christmas Tale), d’Arnaud Desplechin, avec Catherine Deneuve, Mathieu Amalric, Jean-Paul Roussillon. Durée : 2h30.
En salles le 14 novembre.

 

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