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Festival de Clermont-Ferrand

À l’occasion du 30e anniversaire de cette manifestation qui s’ouvre le 1er février, retour sur la petite histoire du court-métrage.

Dans la capitale de l’Auvergne, chaque hiver, le cinéma s’habille en court. Pendant plus d’une semaine, début février, la ville est en fête. Les hôtels et les restaurants, comme les salles obscures, affichent « Complet ». Le festival le plus important (en fréquentation) après le Festival de Cannes célèbre cette année son trentième anniversaire. Une bonne occasion pour dresser un bilan. « En trente ans, résume un des responsables, le Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand a vu passer plus de deux millions de spectateurs, des milliers de films, des centaines de cinéastes, onze ministres de la Culture, huit directeurs du Centre National de la Cinématographie et un enthousiasme sans égal pour le film court ». De quoi être satisfait.

L’histoire de cette manifestation unique en son genre est exemplaire. En 1979, le Cercle Cinématographique Universitaire de Clermont-Ferrand décide d’organiser une semaine du court-métrage à l’honneur de ce format qui, depuis la naissance du cinéma, a si souvent servi de creuset à l’innovation et à la création. Qu’on se souvienne en particulier des avant-gardes des années 1920 ou du rôle qu’a joué le court-métrage dans les années 1950, au beau temps de la naissance de la Nouvelle Vague (voir les débuts de metteurs en scène comme Alain Resnais, Georges Franju, Jean Rouch ou Agnès Varda). Nostalgie d’une tradition perdue, celle du « documentaire » projeté dans les salles de cinéma avant « le grand film » ? (1) C’est ce que vient rappeler « avec une conviction contagieuse », lors de cette première tentative, le grand Jacques Tati qui va jusqu’à exhorter les spectateurs à protester vigoureusement chaque fois que le court-métrage d’antan est remplacé « par la pub ou les esquimaux » !

Des horizons lointains

Devant le succès de ce ban d’essai, les organisateurs décident de renouveler l’expérience et, pour lui donner corps, l’association « Sauve qui peut le court-métrage » est formée en 1981. Son but sera de mettre en place une manifestation permanente et de se donner les moyens d’en assurer le développement. La Ville de Clermont-Ferrand, le Département du Puy-de-Dôme et la Région Auvergne se laissent persuader d’apporter leur soutien, suivis bientôt par le ministère de la Culture et sa branche opérationnelle le Centre National de la Cinématographie, ainsi que par les ministères de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports et celui des Affaires étrangères. C’est que les choses ont été rondement menées : en 1982, le premier festival accueille un grand nombre de courts-métrages qui participent à une compétition initialement réservée aux seuls films battant pavillon français. Dès 1988, le Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand s’ouvre aux cinématographies du monde entier et organise parallèlement, une compétition internationale qui ne cessera d’attirer un nombre croissant de cinéastes venus des pays et des horizons les plus divers.

Le public, clé du succès

Entre-temps, le jeune festival animé à ses débuts par des bénévoles, s’est doté en 1985 d’une première équipe de permanents qui a mis sur pied dès l’année suivante, le 1er Marché du Court, élément essentiel à la diffusion commerciale de cette catégorie de films. Les chaînes de télévision viennent de plus en plus nombreuses y signer des contrats, en particulier la chaîne franco-allemande de prestige Arte, ainsi que Canal +, devenue partenaire de la manifestation. Les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, la presse internationale, ainsi que les directeurs de festivals trouvent maintenant chaque année le chemin de Clermont-Ferrand. Au total, trois mille accréditations sont enregistrées à chaque édition du festival. Clé du succès : le public a suivi. De 28 000 spectateurs en 1989, on est passé à 100 000 en 1995 et à plus de 135 000 ces trois dernières années. L’équipe elle-même s’est étoffée et compte maintenant dix-sept personnes installées au cœur de la ville. Ses nouveaux bâtiments, inaugurés en l’an 2000, arborent fièrement à leur fronton le titre du film culte de Chris Marker « La Jetée ». Tout un programme. Le rêve et la modernité sont à l’honneur à Clermont-Ferrand, dans un festival-phare qui, tout en gardant l’enthousiasme de ses débuts a su s’adapter aux techniques nouvelles (la vidéo et maintenant le numérique y sont traités à part égale avec les supports traditionnels) et semble n’avoir aucun vague à l’âme à s’adapter à la mondialisation. Bien au contraire. Ce carrefour festif a-t-il sauvé le court-métrage ? À en juger par le nombre de films en compétition pour ce trentième anniversaire, on serait tenter de répondre oui. Quant au rôle de tremplin joué par le court-métrage dans la carrière d’un cinéaste, le Livre d’or du Festival de Clermont-Ferrand atteste de sa pérennité (2). On y trouve les noms de créateurs au talent aussi divers que ceux de Léos Carax, Jaco Van Dormael, Cédric Klapisch, Jean-Pierre Jeunet, Matthieu Kassovitz, Roy Anderson, Mike Leigh, Jane Campion ou Pascale Ferran – pour ne citer que les plus connus.

(1) Nostalgie aussi du défunt Festival du Court-métrage de Tours, rendez-vous incontournable des cinéphiles de tous bords au début des années 1960.

(2) Rien que pour la partie française, 1200 courts-métrages sont reçus chaque année par le comité de sélection, tous supports confondus.

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