Subscribe

Flambée raciale en France et aux Etats-Unis

Edito. Simultanéité troublante : à Trappes dans la banlieue parisienne, la police et de jeunes Français de culture arabe et musulmane s’affrontent, tandis qu’aux Etats-Unis, de jeunes Noirs manifestent contre le meurtre d’un des leurs (Trayvon Martin) par un vigile autoproclamé,  George Zimmerman.

La France a un “problème arabe” et l’Amérique, un “problème Noir”. Mais le traitement, des deux côtés de l’Atlantique est radicalement opposé, reflet de deux sociétés qui ont adopté des conceptions opposées de la citoyenneté. Aux Etats-Unis, ce qu’il est convenu d’appeler la “diversité” est acceptée, encouragée même : les minorités reconnues comme telles,  Noires en particulier, sont intégrées, depuis cinquante ans, par des quotas implicites (affirmative action) sous le contrôle des juges. En France, la diversité est réfutée, chacun devant se rallier – par contrainte légale si nécessaire – à une définition unique de la citoyenneté et de la laïcité : la laïcité, religion nationale en France, impossible à traduire en anglais et généralement incomprise par les Américains.

C’est ainsi qu’à Trappes, l’interdiction du voile islamique intégral (niqab) par une loi de 2010, a provoqué  un contrôle de police qui a déclenché une série d’émeutes. Tandis qu’aux Etats-Unis, légiférer sur des signes religieux ou le port d’un vêtement est impensable et contraire à la Constitution : tout récemment, une jeune employée voilée licenciée à Disneyland a été réintégrée dans son emploi par un juge ; il y a deux ans, deux écolières voilées, exclues d’une école de l’Oregon, furent également réintégrées par la justice. Les dirigeants américains n’hésitent pas à critiquer l’interdiction française du voile dans les lieux publics. Le Président Obama y fit allusion dans un discours du Caire en 2009 et le Secrétaire d’Etat, John Kerry, commentant le rapport annuel du Département d’Etat sur la liberté religieuse, a assimilé la loi française à de l’Islamophobie : ce qu’elle est objectivement, puisqu’aucune autre religion n’est de fait, visée par la loi de 2010. Confrontées à ces critiques, les autorités françaises y devinent un jeu diplomatique  américain pour se rapprocher du monde arabe : certes, mais encore une fois, ce sont deux conceptions de la société qui s’affrontent, libérale en Amérique, antilibérale en France. Que la Droite ou la Gauche soit au pouvoir en France n’y change rien : il règne sur le sujet un bel unanimisme.

Française ou américaine, aucune des deux approches de la diversité n’est parfaite : chacune génère ses contradictions, malaise, violence, racisme. Par-delà le débat philosophique, n’est-ce pas au final l’économie qui décide ? L’intégration d’un bon tiers de la population Noire aux Etats-Unis dans des emplois stables, a généré une classe moyenne, ce qui a beaucoup atténué le problème Noir par rapport à ce qu’il fut il y a trente ans. En France, la non intégration des jeunes, arabes en particulier, assortie d’une répression policière dont ces jeunes sont la cible première, aggrave notre “problème arabe”. L’absence totale de réflexion sur le marché du travail en France,  verrouillé, codifié de manière à le rendre impénétrable pour les jeunes non qualifiés, favorise évidemment les passions islamistes.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related