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Flow: un documentaire sur l’eau fait couler de l’encre aux Etats-Unis

Rencontre avec Irena Salina, réalisatrice française d’un documentaire édifiant sur la guerre de l’eau. Tourné entre la France, les Etats-Unis, l’Afrique et l’Inde, Flow remet en jeu nos conceptions sur les ressources naturelles et leur partage.

L’Amérique découvre Flow, le documentaire militant de la Française Irena Salina, accessoirement nièce de Philippe Noiret, qui vit depuis 14 ans aux Etats-Unis. La cinéaste y décrit à un niveau international des privatisations colossales qui excluent des populations entières de l’accès à l’eau potable -et les soulèvements et vagues de protestations qui s’en suivent. Car, explique t-elle, les maladies contenues dans l’eau non-potable tuent davantage que les guerres et le sida. Dans une deuxième partie, le film se concentre sur l’industrie de l’eau en bouteilles, ni régulée ni surveillée, qui provoque également des pénuries d’eau dans certaines régions.

-Est-ce que la question de l’eau vous intéressait depuis longtemps?
C’est venu peu à peu. Un jour j’ai entendu Robert Kennedy Jr. qui parlait de pollution et de pluies acides qui repassaient dans notre corps à travers l’eau. Par hasard, j’ai commencé à faire attention aux articles sur l’eau dans la presse. Un article de The Nation en 2001 m’a frappé : ça s’appelait « Who owns water ? ». Est-ce que ça allait devenir le pétrole du XXIème siècle ?

-Combien de temps s’est écoulé entre les recherches et le tournage ?
J’ai contacté un producteur à Los Angeles ; ensuite je n’ai pas cherché de financement auprès des télévisions car je ne voulais pas de restriction sur le film. Avec un caméraman, je suis d’abord allée au Japon à une réunion sur l’eau pour réaliser des entretiens, puis en Afrique du sud. On a rencontré des maires de village, des mouvements locaux. Cela nous a pris 5 ans au total, avec moins de 150 000 dollars pour le tournage. J’étais parfois seule, sans cameraman, pour des raisons de budget.

-Pourquoi, à votre avis, cette crise est-elle passée sous silence ? Est-ce parce que l’on considère l’eau comme une ressource naturelle acquise, à laquelle on ne pense pas ?

Oui, on a pris cette habitude, surtout dans les grandes villes : on ouvre le robinet, on achète des bouteilles d’eau. En France, les gens retournent à l’eau du robinet. En Inde, chaque goutte d’eau est importante, on a tendance à l’oublier. Bien sur, il y a eu des articles, des livres, la fondatrice du Body Shop a donné de la visibilité à cette question. Les hormones, les médicaments dans l’eau du robinet, les pesticides dans le sol : on se rend compte maintenant que ça revient vers nous. Cette idée n’était pas claire avant. On voit aussi qu’il y a de moins en moins d’eau disponible et ça réveille les consciences.

-Dans le film, vous parlez du rôle des compagnies françaises dans la privatisation de l’eau et dans sa gestion.
Au cours de mes voyages, j’ai vu des endroits où la privatisation de l’eau était imposée sur le pays par la Banque Mondiale et par des compagnies toute puissantes, dont deux françaises (dans le film, Vivendi et Suez). Le problème est qu’on ne peut pas dire, quand une compagnie va dans ses pays : « nous apportons de l’eau, mais uniquement à ceux qui ont de l’argent, pas aux autres ». Le message de ces compagnies qui disent « nous allons amener l’eau au monde » est un mensonge. Ensuite, j’ai aussi rencontré des gens très pauvres qui ont trouvé d’autres solutions pour avoir de l’eau.

-Comment vous voyez l’avenir sur cette question ? Avec optimisme ?
Plutôt, en fait. Je pense que la solution viendra d’un mélange de technologies modernes et de savoir ancien. L’eau est une commodité qui correspond à un besoin de première nécessité, c’est la vie, la nourriture. Il faut faire attention à qu’elle ne devienne pas un monopole.

-Quelles ont été les réactions du public et des compagnies concernées par le film ?
Le film a permis un dialogue avec le public. Il y a des gens qui ne veulent plus acheter de bouteilles d’eau. D’ailleurs c’est un grand mouvement qui existe déjà avec des groupes comme « Think outside the bottle ». Nestlé n’était, bien sur, pas content : ils sont venus à plusieurs projections du film, ils ont dit que c’était faux, que grâce à eux il y avait moins d’obésité dans les écoles. Mais il y a un vrai problème lié à la consommation de bouteilles d’eau : le ministre de l’environnement britannique parle d’ailleurs depuis des mois de limiter leur vente. Il va falloir qu’on change d’attitude par rapport à la consommation.

 

Informations:

www.Flowthefilm.com
Flow, de Irena Salina, 84 min. 2008.

 

 

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