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Foie gras : “Ce qui se passe en Californie est un signal d’alerte”

Depuis l’interdiction du foie gras en Californie au 1er juillet, les réactions se multiplient en France. Guillaume Garot, ministre délégué à l’Agroalimentaire, a annoncé lors d’un déplacement dans le Gers qu’il ne déposera pas de recours devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Il préfère mettre l’accent sur une “bataille de conviction”. Entretien.

France-Amérique : Comment comptez-vous mener cette campagne de promotion du foie gras ?

Guillaume Garot : C’est une bataille de conviction. D’abord, je rencontrerai bientôt l’ambassadeur des Etats-Unis en France pour traiter de la question du foie gras mais, plus largement, des relations des Etats-Unis et de la France, autour de l’agroalimentaire. Et je ne m’interdis pas de pouvoir rencontrer ensuite, dans les semaines et les mois qui viennent, des élus, des acteurs économiques américains.

Allez-vous rencontrer des membres du congrès californien ?

Pourquoi pas. On ne dépose pas de recours auprès de l’OMC car je préfère un dialogue direct, franc, amical néanmoins, avec les représentants du peuple américain. Et nous savons à quel point les Américains aiment la France et son mode de vie, et ils seraient tristes d’une certaine façon de renoncer à ce qui fait l’art de vivre à la française. Le président de la République l’a dit lui-même : il ne veut pas que les Américains se privent du foie gras français.

Mais l’intervention de François Hollande, ce samedi dans le Gers, portait sur le commerce international du foie gras français. Ce n’est pas la problématique de l’interdiction californienne puisque de toutes façons, la France exporte très peu de foie gras aux Etats-Unis.

Il s’est replacé dans le cadre plus général des relations commerciales entre les Etats-Unis, l’Europe et la France. Donc il est parfaitement dans son rôle de président de la République français en charge de l’ensemble des intérêts économiques et commerciaux de notre pays.

Concrètement, l’interdiction en Californie n’affecte-t-elle pas l’image des producteurs français, plutôt que leurs affaires ?

Pas simplement. Il y a un véritable enjeu économique. Il est vrai qu’aujourd’hui les exportations de foie gras vers les Etats-Unis et en tout cas vers la Californie sont extrêmement limitées, pour ne pas dire infimes. Néanmoins, il faut éviter que la décision californienne ne fasse tâche d’huile et donc je considère que ce qui se passe aujourd’hui en Californie est un signal d’alerte.

La Californie est une région bien particulière, avec une identité spécifique et des lobbies de défense des animaux puissants. Il est difficile d’imaginer que l’interdiction se répande largement. Quand vous redoutez l’effet tâche d’huile, à quelles régions pensez-vous ?

Je ne veux incriminer personne.

N’est-ce pas un mouvement de recul que de renoncer à déposer un recours auprès de l’OMC ?

Pas du tout. Ce n’est pas un recul mais une évaluation précise de nos forces : une bataille juridique ne mènerait à rien. On se perdrait dans des méandres administratifs et on ne trouverait pas de solution parce qu’il n’y a pas de préjudice. Aujourd’hui, ma mission est de faire en sorte que l’agroalimentaire français soit vu partout dans le monde comme l’expression d’une exigence de qualité des produits dont le foie gras est l’emblème. Ce qui n’empêche pas, en même temps, que le foie gras français soit adapté aux réalités culturelles et culinaires des pays dans lesquels nous souhaitons le vendre. Au Japon, nous exportons un foie gras français adapté au goût japonais, avec des épices, avec un citron particulier utilisé dans la cuisine japonaise.

Au-delà du goût, il y a une question de réglementation sanitaire. Il y a tant de contraintes que la France n’exporte plus depuis plus de deux ans vers les Etats-Unis. Ce débat est-il aussi l’occasion d’essayer d’agir pour rouvrir l’exportation ?

Moi je me centre sur les aspects agroalimentaires, mais pour l’ensemble des relations commerciales, ce sont des dossiers qui sont traités en lien direct avec Nicole Bricq (ministre du Commerce extérieur, ndlr).

Du point de vue strictement agroalimentaire, que répondez-vous aux militants anti foie-gras qui dénoncent la cruauté envers les animaux et qui ont obtenu ainsi l’interdiction en Californie ?

Je connais trop les ligues militantes pour savoir qu’on a toujours peine à convaincre sur des arguments fondés. Mais les producteurs de foie gras français ont fait tous les efforts possibles pour adapter leur mode d’élevage aux normes qui sont très exigeantes en Europe et en France pour respecter le bien-être animal.

Le foie gras n’est pas sujet à débat dans l’Hexagone et le commerce français n’est pas mis en péril pour l’instant. N’y aurait-il pas récupération politique de cette loi californienne ?

Ça, c’est vous qui le dîtes. Je peux témoigner de la préoccupation des éleveurs et producteurs français. Il y a 30 000 emplois directs en France concernés par la filière foie gras, 100 000 au total, en comptant les emplois indirects. Je pense que le moment est venu de défendre avec énergie, vigueur et conviction le foie gras français parce que je suis convaincu que c’est un produit d’avenir.

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