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Fou de lumière

L’artiste contemporain Benoit Pailley, influencé par le travail de Sol Le Witt, était de passage à New York pour son exposition « Morpholight » dans la boutique Gruppo Tomasella de Soho. Rencontre avec un globe trotteur en quête d’espace et de lumière.

Vous exposez aujourd’hui à Soho un travail photographique basé sur des installations de verre et de miroir.  Comment est né ce projet ?

Cela faisait longtemps que je travaillais sur les ombres et les hautes lumières, en utilisant le dessin, ou la photographie. J’imagine comment cette lumière, en fonction de la surface, rebondit en créant des ombres pures, ou traverse la matière. La recherche de la ligne chez Kandinsky ou le travail de Sol Le Witt m’ont beaucoup influencé. Pour cette exposition, je pense aussi à Playtime de Jacques Tati: il y décrit un monde aseptisé, silencieux et inorganique. Des êtres qui coexistent au milieu de gigantesques infrastructures, où l’individu disparaît au milieu de la foule… Un monde fait de vitres et de réflexions de lumière trompeuses, où l’on croit pouvoir avancer alors que l’on est enfermé. Ces installations sont le reflet de ce monde, vu du ciel en quelque sorte, qui donne à voir tous ses angles et toutes ses arrêtes.

D’où vient votre désir de réaliser des images ?

De la seconde à la terminale, je sautais la clôture de mon jardin et je retrouvais un ami dans une chambre noire improvisée . Dans ce village de 500 habitants en Normandie, on faisait des tirages en noir et blanc de nos copains, de la vie. Je n’avais aucune culture artistique, la photo représentait avant tout un outil ludique, un moyen de m’évader. A l’âge de 19 ans je suis arrivé à Paris, et j’ai fait très vite des photos de mode, du photo reportage. Comme mes deux grands pères ébénistes, j’ai gardé le plaisir de construire, de toucher la matière et je construisais aussi les sols, les installations pour les séances de photo.

A 25 ans j’avais déjà collaboré avec une quarantaine de photographe, mais c’est grâce à Francois Halard, qui  travaillait pour Conde Nast, que j’ai commencé à faire  des allers-retours aux Etats-Unis.

Je vais dire quelque chose d étrange mais plus ça va et plus la photo m’ennuie. Le plus souvent , on nous présente de jolies cartes postales, il y’a de plus en plus de gens qui le font. Le concept s’est vulgarisé, mais sans histoires, il ne reste rien. Maintenant la seule chose qui compte, c’est le cadre, il faut juste faire un joli cadre.

Vous avez vécu quelques années à New York. En quoi cela a-t-il influencé votre travail en tant que photographe ?

En tant qu’artiste français, le paradoxe est que, non seulement j’ai découvert l’art contemporain aux Etats-Unis, mais c’est aussi ici que je travaille, que je suis stimulé. Il y’a une grande générosité de la part de la communauté artistique, parce que le temps compte.  A New York,  l’art est partout et vient à toi.

Lorsque Francois Halard m’a emmené aux premières ventes d’art contemporain, comme celle de Philip de Puri, j’ai été fasciné. J’ai découvert une mise en scène incroyable, des espaces de 4000 mètres carrés pour exposer les œuvres, suivant un schéma sol gris, mur blanc. Soudain l’importance de l’environnement, qui influence notre manière de voir et de penser un objet, m’a paru essentielle, et j’ai commencé à travailler dans ce sens.

J’ai  réalisé des séries de photos pour des magazines d’art contemporains, comme le Sleek allemand, ou le Dub, un magazine américain. Ces séries ressemblaient presque à des catalogues de galerie, c’est cette ambiguïté du support qui m’intéresse.

Un jour, la Flux Fundation de Genève m’a contacté après avoir vu mon travail dans l’un des journaux. C’est ainsi que j’ai commencé à exposer mon travail, à l’extraire du support magazine. C’est vraiment intéressant, car le parcours est inversé. C’est grâce aux journaux que je suis rentré dans cette fondation, alors que le processus commun, c’est d’exposer, puis d’être repris dans la presse. Aujourd’hui je collabore aussi avec le New Museum de New York, je réalise les photos de leurs expositions, avec ce même désir de brouiller les pistes entre catalogue et photo d’art.

Infos pratiques:

Exposition du 15 juillet au 25 septembre 2011.

32 Greene street, New York, NY 10013

tel: 212 226 8261

www.benoitpailley.com


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