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France Télécom: nouvelles mesures face aux suicides, la gauche veut la tête du PDG

Le nouveau suicide qui a frappé France Télécom lundi, le 24e en 18 mois, a suscité mardi de fortes critiques, les députés de gauche réclamant la démission du PDG, insatisfaits, tout comme les syndicats des mesures de la direction face au mal-être des salariés.

La démission de Didier Lombard et la création d’une commission d’enquête parlementaire était pour les députés de gauche mardi, “la seule issue possible, en tout cas immédiatement, à cette affaire”, au lieu de “faire de la communication à bon compte”, a estimé mardi Benoît Hamon (PS).

Après le suicide d’un salarié de Haute-Savoie qui s’est jeté d’un pont, en dénonçant dans une lettre le climat au sein de l’entreprise, la promesse du PDG de mettre fin à la mobilité systématique des cadres, un programme baptisé “Time to move”, n’a pas convaincu les élus de l’opposition, pas plus que les syndicats, dont certains ont aussi demandé la démission de la direction.

“Ils ont perdu leur crédibilité”, affirme Patrick Ackermann (Sud-PTT). “L’image de notre entreprise est atteinte et la direction centrale n’est plus respectée. En interne les salariés disent: +Direction: Time to move+”, ajoute Sébastien Crozier (CFE-CGC).

A droite, si les UMP Jean-François Copé et Jean-Pierre Raffarin se gardaient de “toute opération de lynchage”, le premier avouait trouver “très troublantes” ces règles de la mobilité et le deuxième appelait à “un changement de stratégie sociale”.

Après le nouveau suicide, des débrayages sans préavis ont eu lieu mardi, notamment à Annecy-le-vieux, où travaillait le salarié, Grenoble, Lyon et Bordeaux, pour “marquer l’extrême émotion des salariés”, selon M. Crozier.

M. Lombard, qui avait déjà annoncé plusieurs mesures fin août pour endiguer le mal-être (fin des restructurations jusqu’au 31 octobre, ouverture de négociations sur le stress, embauches de DRH de proximité et de médecins du travail, etc.), a dû par ailleurs répondre mardi à la commission des Affaires sociales du Sénat, où plusieurs sénateurs, de droite comme de gauche, se sont inquiétés du climat très tendu.

Côté syndical, la suspension de la mobilité des cadres a été aussitôt jugée insuffisante. “+Time to move+ était un dogme”, souligne Sandrine Leroy (FO). Il était “d’une absurdité incroyable” puisque “le manager, en constante mutation, n’avait pas la reconnaissance de ses équipes”, selon Pierre Dubois (CFDT).

Mais la mesure “ne suffira pas à régler la gravité du problème” et elle est “en décalage avec ce qui s’est passé en Haute-Savoie”, puisque le salarié décédé n’était pas cadre, analyse Christian Mathorel (CGT). “Pour les non-cadres, que se passe-t-il après le 31 octobre?”, se demande aussi FO, qui exige l’arrêt définitif des restructurations.

M. Lombard a également promis la suspension “immédiate des objectifs individuels” sur le centre d’appel où travaillait le salarié décédé, “le temps d’en améliorer les conditions matérielles”.

Sud-PTT et la CFDT ont aussitôt demandé que cette mesure soit généralisée, CGT et FO souhaitant, eux, la “remise à plat de tous les outils d’évaluation individuelle et de mesure de la performance”. “Ce sont ces objectifs, pour certains inatteignables, qui sont sources de stress”, affirme Patrick Diochet (CFTC).

Plus largement, les syndicats dénoncent ces annonces qui interviennent après chaque nouvel acte désespéré d’un salarié. “Combien de suicides faut-il pour avoir un moratoire sur les restructurations”, s’inquiète la CFDT.

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