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France Télécom: un salarié se donne la mort en s’immolant par le feu

Le suicide mardi près de Bordeaux d’un salarié de France Télécom-Orange de 57 ans qui s’est immolé par le feu sur un parking de l’entreprise, ravive une plaie chez les salariés du groupe, marqué par une vague de suicides à partir de 2008.

“Nous sommes bouleversés d’apprendre le décès d’un salarié de l’agence professionnelle de Bordeaux qui a mis fin à ses jours en s’immolant par le feu ce matin sur le parking de l’agence entreprise de Mérignac”, a indiqué la direction du groupe. “Les secours arrivés sur place n’ont pu que constater le décès de ce salarié âgé de 57 ans”, a précisé la direction, ajoutant avoir monté une cellule psychologique et annonçant le déplacement “immédiat” de la directrice exécutive d’Orange France, Delphine Ernotte et du directeur des ressources humaines Bruno Metling. “Tous les moyens seront mis en oeuvre pour tenter de comprendre les raisons de cet acte dramatique”, a poursuivi la direction.

L’homme qui s’est suicidé sur le site de Pichey à Mérignac (Gironde), a priori sans témoin, était père de quatre enfants, a indiqué à l’AFP Sébastien Crozier (CFE-CGC/Unsa), ajoutant, la voix tremblante, que “l’ensemble du personnel est complètement submergé d’émotion”, et que “tout Bordeaux est en larmes”. “C’est l’horreur absolue”, a-t-il déclaré. Le salarié était en outre représentant du personnel pour la CFDT, et était “préventeur” depuis plusieurs années, c’est-à-dire chargé des conditions de travail, de l’hygiène et de la sécurité. “C’est un drame”, a déclaré Pierre Dubois (CFDT), précisant que le salarié s’était suicidé “à sa prise de service”.

Pour Sébastien Crozier, il faisait partie des “gens qui ont été brisés par la période Lombard”, du nom de l’ancien PDG Didier Lombard. “Il a été cassé à cette époque là”. Nommé PDG en 2005, M. Lombard avait dû céder les rênes opérationnelles du groupe en mars 2010 à Stéphane Richard après avoir été fragilisé par une vague de plus de trente suicides de salariés entre janvier 2008 et fin 2009, au sein du groupe de quelque 100 000 salariés en France.

Le système de management mis en place à partir de 2004 pour inciter au départ 22 000 salariés en trois ans, avec notamment des mobilités contraintes, avait été mis en cause. L’ancien PDG, qui au plus fort de la controverse avait parlé d’une “mode du suicide”, a depuis annoncé son départ définitif en mars dernier. Selon François Deschamps, responsable CFE-CGC/Unsa du sud-ouest, pour qui “les cinq ans de la période Lombard ont été une période de terreur sociale”, le salarié avait “mal vécu” le fait “de changer souvent de poste” ce qui l’avait contraint à vendre sa maison.

M. Crozier a souligné avoir prévenu qu’après la crise sociale, il faudrait “beaucoup de temps pour que tout le personnel se reconstruise. On en a la triste illustration. On avait réussi à beaucoup calmer les choses. Et là, une immolation par le feu, c’est ultra-violent”, a-t-il déploré. Pour la CFDT, le déplacement du DRH sur les lieux, “est quand même une marque de prise en compte” de la part de la direction, qui depuis l’arrivée de Stéphane Richard a mis en place un “Nouveau contrat social” pour lutter contre le mal être des salariés.

Christian Mathorel (CGT) a jugé que ce suicide était “la démonstration que tout n’est pas réglé à France Télécom malgré ce que certains ont pu dire”. Selon un décompte de l’Observatoire du stress et des mobilités forcées, créé par des syndicats du groupe, il y a eu un suicide en 2011 au domicile d’un salarié et 27 suicides en 2010. La direction ne tient pas de décompte.

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