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Francofolies, le retour d’Edith Piaf à New York

De nombreux artistes français et américains rendront hommage à Edith Piaf le 19 septembre à l’occasion d’un concert organisé à New York par les Francofolies. Avec l’intention de relancer la chanson française aux Etats-Unis

Assis sur les bancs de Bryant Park, en plein cœur de New York, quelques badauds écoutent les chansons d’Edith Piaf qui émanent du carrousel. Michael, la    cinquantaine, aime lire au son des classiques de la Môme. “Mes parents l’écoutaient en boucle, puis ce fut mon tour, et maintenant celui de mon fils de trente ans.” Cinquante ans après le décès de la chanteuse française, les Américains n’ont pas oublié sa musique. Celle du Paris des années 1950. Un souvenir encore plus présent depuis le succès en 2007 du film La Môme, qui consacra Marion Cotillard aux Oscars.

Les successeurs de Maurice Chevalier et Edith Piaf

A l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort de la chanteuse, le célèbre festival de La Rochelle Les Francofolies a décidé de s’exporter à New York et d’organiser un concert hommage. Avec pour ambition de promouvoir la chanson française aux Etats-Unis. “J’ai toujours rêvé de voir des artistes français reconquérir l’Amérique”, confirme Gérard Pont, directeur du festival. “Dans les années 1960, Charles Aznavour, Yves Montand, Maurice Chevalier chantaient à New York devant un public américain. Les Français qui réussissent aujourd’hui – Air, Woodkid, Phoenix ou Daft Punk – chantent en anglais. La plupart des Américains ne savent d’ailleurs pas qu’ils sont originaires de France.”

Une vingtaine d’artistes vont donc se retrouver sur la scène du Beacon Theater pour entonner les chansons de la Môme. Parmi eux, Julien Clerc, Charles Aznavour, Patricia Kaas et Jean-Louis Aubert. Des chanteurs français de la jeune génération seront aussi présents, tels Nolwenn Leroy, Olivia Ruiz ou encore Zaz. “New York est une ville très francophile. Une chanteuse comme Zaz pourrait faire carrière ici en chantant en français. Elle est très célèbre en Russie, en Allemagne, au Japon, car elle a la voix que les étrangers imaginent de la France. Elle représente Paris. Les Américains vont l’adorer.”

Ce concert, qui sera accompagné de deux autres soirées au Standard Hotel où seront mis en avant des jeunes talents français, n’est pas seulement un coup d’essai. “L’idée, c’est de mettre un petit caillou cette année et d’essayer de revenir chaque été. On veut installer les Francofolies à New York comme on l’a fait à Montréal. On espère qu’il y aura le plus d’Américains possible dans la salle.” D’où l’idée d’organiser une soirée événement autour des chansons d’Edith Piaf, qui bénéficie d’une aura importante aux Etats-Unis et tout particulièrement à New York.

Piaf et Cerdan, une romance new-yorkaise

A l’image de sa vie, la relation que la chanteuse entretenait avec New York fut tour à tour passionnée puis tragique. Habituée des planches des cabarets chics de Manhattan, la chanteuse française traverse régulièrement l’Atlantique à partir de l’automne 1947. A l’époque, la Môme est encore assez méconnue en Amérique. Son auditoire est principalement composé de GI qui ont entendu ses chansons en France pendant la guerre. “Avec sa petite robe noire, elle était aux antipodes de Marlène Dietrich qui jouissait d’une vraie popularité aux Etats-Unis”, affirme Carolyn Burke, auteur du livre No Regrets : The life of Edith Piaf.

C’est le 14 septembre 1949, au cabaret Le Versailles, dans le quartier de Midtown East, qu’elle interprète pour la première fois L’Hymne à l’amour, dédié à Marcel Cerdan. Devant le succès grandissant de ses spectacles, la Française décide de rester un peu plus longtemps aux Etats-Unis, et demande à Marcel Cerdan de la rejoindre à New York. Elle le convainc de prendre l’avion et non le bateau, afin qu’ils partagent plus de temps ensemble. Mais l’avion du boxeur s’écrase dans les Açores et met fin de manière tragique à une romance qui avait commencé deux ans plus tôt à New York. Le soir de l’accident, la chanteuse française monte sur scène au Versailles mais s’écroule à la fin de son interprétation de L’Hymne à l’amour. Anéantie, Edith Piaf n’a pas la force de revenir en France.  “Elle a toujours associé la ville de New York à son idylle avec Marcel Cerdan”, témoigne Carolyn Burke. “Un jour, Piaf et Cerdan sont allés à Coney Island. Alors qu’ils étaient sur un manège, des fans les ont reconnus et ont commencé à scander ‘La vie en rose’. Edith Piaf est descendue du manège et a commencé à chanter a cappella. Elle aimait à dire que c’était le plus beau jour de sa vie.”

Une popularité intacte

Malgré la tragédie, la passion de la chanteuse pour les Etats-Unis ne tarit pas. Sa popularité finit par exploser à New York au début des années 1950, grâce à plusieurs passages télévisés dans le Ed Sullivan Show. La presse américaine, conquise, fait l’éloge d’Edith Piaf, “une interprète sans aucun glamour, mais avec un talent indéniable dans sa gorge, ses mains et son âme”, écrit The Evening Leader. Les Américains apprécient tout autant les chansons de la Môme que son parcours qui l’a vu survivre à la pauvreté, à la guerre et aux tragédies. “Edith Piaf aimait profondément les Américains pour leur vivacité, leur ouverture d’esprit et leur enthousiasme. Réussir aux Etats-Unis était pour elle le summum”, confirme Carolyn Burke.

Preuve que les Américains ne l’ont pas oubliée, Lady Gaga – qui considère Edith Piaf comme “la plus grande chanteuse de tous les temps” – espère acquérir les droits de neuf des chansons d’Edith Piaf ainsi que du premier concert filmé de la chanteuse. Des morceaux de la Môme pourraient ainsi être utilisés par l’excentrique star américaine pour son prochain album, prévu pour l’automne. En attendant, c’est au Beacon Theater le 19 septembre que résonneront une fois encore à New York des padam padam

 

No Regrets : The Life of Edith Piaf, de Carolyn Burke, Editions Bartillat. En librairie française fin septembre.

Les artistes au programme

Le concert hommage à Edith Piaf aura lieu le 19 septembre à partir de 19h30. Les artistes annoncés sont Duffy, Marianne Faithfull, Madeleine Peyroux, Patricia Kaas, Angélique Kidjo, Alex Hepburn, Beth Ditto, Julien Clerc, Olivia Ruiz, Charles Dumont, Camélia Jordana, Jean-Louis Aubert, Zaz, Cœur de Pirate, et Nolwenn Leroy. Gérard Pont nous a également confié qu’un duo Carla Bruni et Lou Reed pourrait avoir lieu selon l’état de santé de ce dernier.

Deux autres soirées organisées par les Francofolies se tiendront les 20 et 21 septembre au Standard Hotel. Elles seront consacrées à la promotion des jeunes talents français qui seront parrainés par trois stars de la chanson française, elles aussi présentes sur scène.

Informations pratiques

Concert au Beacon Theater : billets de $55 à $125. www.beacontheatre.com.

Les concerts au Standard Hotel seront gratuits et ouverts à tous dans la limite de la capacité de la salle.

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