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François Hollande peut-il convaincre les électeurs du FN ?

François Hollande a des arguments, l’antisarkozysme ou la promesse de réindustrialiser la France en tête, pour séduire lui aussi des électeurs FN avant le second tour, mais le droit de vote des étrangers aux élections locales risque d’agir comme un épouvantail.

Arrivé en tête au premier tour, le candidat socialiste n’a pas creusé d’écart définitif avec Nicolas Sarkozy, qui, selon les sondages réalisés au soir du premier tour, pourraient bénéficier des voix de 45 à 70% des 6,4 millions d’électeurs de Marine Le Pen (17,9% des suffrages exprimés). Ces mêmes études prédisent un report de voix FN compris entre 15 et 30%, pour François Hollande qui bénéficiera par ailleurs d’un matelas de votes Jean-Luc Mélenchon (11,1%) finalement moins important qu’annoncés par des sondages. Dans sa stratégie de second tour, le député de Corrèze compte notamment “convaincre” les électeurs frontistes que “c’est la gauche qui les défend”, a-t-il expliqué mardi dans Libération.

Selon lui, une part de l’électorat de Mme Le Pen “vient de la gauche et devrait se retrouver du côté du progrès, de l’égalité, du changement, de l’effort partagé, de la justice, parce qu’elle est contre les privilèges, contre la mondialisation financière, contre une Europe défaillante”. “Le premier ressort du report FN sur M. Hollande, c’est l’antisarkozysme!” analyse le sociologue Sylvain Crépon, auteur d'”Enquête au coeur du nouveau Front national”.

Et la volonté de la candidate du FN de miser sur la défaite de M. Sarkozy pour faire exploser l’UMP et s’imposer comme la future chef de l’opposition peut amplifier ce mouvement auprès d’électeurs souvent recrutés parmi les déçus du président sortant. Mais “miser sur le seul antisarkozysme ne suffira pas dans une bataille de second tour où il faut s’adresser à la France entière”, prévient le politologue Stéphane Rozès, président de Cap (Conseils, analyses et perspectives). “Si François Hollande arrive à dire qu’il va s’opposer à la fermeture des services publics dans les zones rurales, où le vote FN a beaucoup augmenté, il peut attirer de nouveaux électeurs”, ajoute M. Crépon.

Marine Le Pen semble en effet avoir suivi une stratégie payante en mettant l’accent sur la ruralité et en dénonçant l’insécurité et la disparition des services publics dans les petites communes. “La lutte annoncée du PS contre la désindustrialisation peut aussi parler à l’électorat frontiste qui est un électorat précaire”, poursuit M. Crépon.

D’autres électeurs frontistes pourraient aussi être séduits par la promesse de M. Hollande d’introduire une dose de proportionnelle à l’Assemblée. Avec à la clef le retour dans l’hémicycle de députés FN après une expérience parlementaire entre 1986 et 1988, mais seulement lors des législatives de 2017. S’il dispose d’arguments pour attirer des électeurs frontistes du premier tour, M. Hollande risque toutefois de limiter les reports potentiels en promettant, comme François Mitterrand en 1981, le droit de vote des étrangers non communautaires aux municipales. “Le refus du vote des étrangers est quelque chose dont M. Sarkozy va s’emparer et qui parle aux électeurs frontistes, il va en partie axer sa campagne de second tour sur cette question à laquelle il associe le communautarisme, du clientélisme ethnique…” décrypte M. Crépon.

Candidate en 2007, Ségolène Royal, qui appelait dimanche soir à “s’adresser” aux électeurs FN et à “les comprendre”, a sans doute cherché à contrer cette attaque en assurant lundi soir que le droit de vote des étrangers n’avait “jamais été la priorité” du PS. Elle s’est attirée mardi une réplique de M. Hollande: le droit de vote des étrangers, annoncé entre août 2012 et juin 2013 dans “l’agenda du changement”, sera fait “dans le quinquennat”.

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