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François Ozon en quête de renaissance

Dans Le Refuge, qui sort en salles le 10 septembre à New York, François Ozon renoue avec l’un de ses thèmes de prédilection : la grossesse. De passage à New York dans le cadre du festival Rendez-vous with French Cinema dont Le Refuge était à l’affiche l’an dernier, François Ozon (réalisateur de 8 Femmes et Swimming Pool) nous a reçus pour discuter de son film. Rencontre.

Le Refuge de François Ozon  raconte l’histoire de Mousse (Isabelle Carré), une jeune femme réfugiée dans une maison en bord de mer après la mort par overdose de son compagnon. Enceinte dans la vie comme à l’écran, le ventre porteur d’Isabelle Carré devient le centre de gravité du film. Constamment sous l’œil de la caméra, il traduit la fascination du réalisateur pour l’état de grossesse et sert l’image de la renaissance à la vie dans un contexte de deuil.

France-Amérique : Le film repose en large partie sur les épaules d’Isabelle Carré, enceinte au moment du tournage. Qu’est-ce qui vous a séduit chez cette actrice ?

François Ozon : Isabelle Carré est une actrice qui n’avait pas eu l’opportunité d’avoir beaucoup de rôles forts. On la met souvent dans le rôle de la gentille fille un peu douce. Je sentais qu’il y avait une violence en elle qui ne s’était pas encore exprimée au cinéma et qu’il serait intéressant de la montrer. Le fait qu’elle soit réellement enceinte représentait surtout une opportunité incroyable. On a rarement vu une femme aussi enceinte au cinéma car les assurances ne veulent pas produire un film quand une actrice est à un stade si avancé de sa grossesse. C’est compliqué en terme de production parce que le film peut s’arrêter du jour au lendemain.

F.A. : En tant que cinéaste, comment rendez-vous possible le processus d’identification à la mère durant sa grossesse ?

F.O. : En racontant son histoire, tout simplement. En étant le plus proche d’elle possible. L’idée était de suivre ce personnage et d’être en empathie avec elle, même si elle n’est pas très aimable au début du film. C’est essayer de comprendre son trajet, sa situation et surtout les décisions qu’elle prend à la fin du film.

F.A. : Pensez-vous que le comportement et le choix final de Mousse puisse choquer le spectateur ?

F.O. : J’espère que ça choque. Je pense que les films sont là pour bousculer un peu le public et ne pas aller toujours dans le sens du poil. Ce qui est intéressant au cinéma, c’est de s

uivre quelqu’un dont on ne se sent pas forcément proche. Quelqu’un dont on ne comprend peut-être pas le comportement mais dont on se dit, le temps du film au moins, qu’il a ses raisons. Après, chacun a son propre jugement. Moi, je ne juge pas Mousse, je la suis et j’ai plutôt de l’empathie pour elle. Je comprends sa décision finale car je pense qu’elle n’avait pas vraiment d’autre choix.

F.A. : Vous avez déjà abordé le thème de la grossesse et de la maternité dans Ricky ou Le Temps qui reste. S’agit-il d’une sorte de trilogie autour de ce thème ?

F.O. : Non, c’est un projet indépendant. Le Refuge serait plus proche de Sous le sable par le ton.

F.A. : D’ou vient cet intérêt pour la maternité ?

F.O. : Je ne sais pas d’où ça vient mais je trouve ça fascinant et très beau à filmer. Isabelle avait en plus un corps sublime, incroyable à filmer.

F.A. : Comment le tournage avec une actrice enceinte s’est-il déroulé ?

F.O. : Le tournage s’est bien passé. Isabelle était juste un peu fatiguée donc il a fallu s’adapter à son rythme. Elle n’était pas toujours de très bonne humeur mais c’était bien pour le film, ça donnait une espèce de rage au personnage, une violence très intéressante.

F.A. : Vous avez filmé dans le Pays basque. Pourquoi cette région ?

F.O. : Parce qu’Isabelle avait posé deux conditions pour accepter le rôle, la première étant que le tournage se fasse sur la côte basque parce qu’elle devait y partir en vacances avec son mari. Elle souhaitait que le tournage se passe dans des conditions confortables pour elle. Je suis donc parti en catastrophe sur la côte basque faire du repérage pour les décors et heureusement, j’ai trouvé ce que je voulais. L’autre condition d’Isabelle était que l’enfant dont elle accouche à la fin du film soit une fille, car elle se savait réellement enceinte d’un garçon et elle ne voulait pas que son fils fasse plus tard la confusion entre le personnage de Mousse et sa maman.

F.A. : On retrouve souvent l’eau dans vos films. Cet élément est-il le reflet de l’état psychique du personnage ?

F.O. : L’eau permet beaucoup de projections. Mais je suis cinéaste, pas psychanalyste. J’essaie de ne pas faire trop de psychologie. J’espère que le comportement des personnages donne suffisamment d’impressions sur eux. Je n’essaie pas de faire de l’analyse sauvage, même si Mousse fait les choses de manière plus ou moins consciente. C’est vrai que le film appelle l’interprétation…

F.A. : Mais ce n’était pas volontaire ?

F.O. : Vous savez, il y a toujours un moment où le film vous échappe. Vous ne contrôlez pas tout. Vous racontez une histoire que des gens interprèteront de manière différente, et c’est bien comme ça.

F.A. : Il y a dans le film une très jolie scène où l’on voit le ventre d’Isabelle Carré qui émerge de l’eau dans la baignoire et forme comme une petite île avec le nombril au sommet. Cela fait aussi écho au titre du film, Le Refuge

F.O. : Oui. Ce titre a en fait plusieurs connotations possibles et comporte une signification abstraite en français assez large. Le titre anglais, qui sera probablement traduit en Hide Away, n’aura malheureusement pas cette dimension.

F.A. : Comment expliquez-vous le succès des films d’auteur français aux États-Unis, dont on imagine que le cinéma est souvent très éloigné ?

F.O. : Je pense que les gens sont curieux. J’ai eu quelques succès ici. Des films comme Swimming Pool et 8 Femmes ont très bien marché. Après il ne s’agit que de quelques copies. On ne peut pas dire que les films français envahissent le marché américain ! Cela reste très minime. Mais il est bien que ces films sortent dans des salles américaines et tournent en province.

F.A. : L’histoire d’amour homosexuelle entre Paul (le chanteur Louis-Ronan Choisy) et Serge (Pierre Louis-Calixte) vient-elle désamorcer le côté tragique de l’histoire ?

F.O. : Le début est tragique mais le film se dirige ensuite vers une certaine douceur, vers quelque chose de plus calme et d’apaisé. L’idée était qu’il arrive de la vie dans ce personnage qui se trouve dans une situation un peu morbide, seule, enfermée dans cette maison dans l’obscurité. L’irruption de ces personnages homosexuels va réveiller en elle des désirs, des émotions et des sentiments qu’elle ne sentait plus depuis un moment.

F.A. : Tout fait naturel dans ce film, le jeu, la lumière, le maquillage…

F.O. : J’avais la volonté d’être très proche de la réalité des choses et des personnages, presque comme dans un documentaire. Nous avons aussi fait beaucoup de recherches, pour que tout paraisse crédible comme le comportement d’une femme enceinte et héroïnomane sous méthadone.

F.A. : Pouvez-vous nous parler de votre dernier film, Potiche, que vous venez de terminer ?

F.O. : C’est l’adaptation d’une pièce datant de la fin des années 70 que jouait Jacqueline Maillan. Avec Catherine Deneuve et Gérard Depardieu. Ce sera très différent, c’est une comédie. Il n’y a pas de bébé ni de femme enceinte. Ah si ! En fait il y en a une !! (rires) Mais ce n’est pas Catherine Deneuve…

Le Refuge, un film réalisé par François Ozon avec Isabelle Carré, Louis-Ronan Choisy, Pierre Louis-Calixte, Melvil Poupaud, Claire Vernet sort le 10 septembre 2010 en salles new-yorkaises. Genre : Comédie dramatique. Durée : 1 h 30.

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