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Françoise Barré-Sinoussi : « 60 % des malades du sida ne savent pas qu’ils sont contaminés »

Françoise Barré-Sinoussi, corécipiendaire du prix Nobel de médecine en 2008, avec le professeur Luc Montagnier, pour la découverte du VIH, était de passage à New York dans le cadre d’une conférence organisée par le consulat général de France. « Leçons apprises du combat contre le sida ».

Face à une salle remplie de scientifiques et d’universitaires avides de savoir, Françoise Barré-Sinoussi s’est exprimée mardi 16 mars sur ses travaux sur le VIH (virus de l’immunodéficience humaine à l’origine du sida) et sur les solutions pour combattre la maladie. Pas optimiste mais réaliste, la chercheuse doute d’une possible éradication du sida dans les années à venir. « On peut espérer pour la prochaine décennie trouver un moyen de mieux combattre la maladie et de peut-être la rendre moins transmissible. Mais tuer le virus, ça ne me paraît pas possible ». Le combat qu’elle mène aujourd’hui, c’est celui du dépistage. « 60 % des malades ne savent pas qu’ils sont contaminés. La faute à des clichés encore trop présents qui feraient croire que le virus touche les homosexuels et les drogués. » L’occasion pour la prix Nobel de médecine 2008 de faire son autocritique. Selon elle, cela a été une erreur de stigmatiser certaines communautés dans les premières années alors que, dès 1982, des cas hétérosexuels avaient été répertoriés. Elle cite alors des pays comme la Russie ou Singapour qui, aujourd’hui encore, criminalisent les porteurs et les emprisonnent.

France-Amérique : Barack Obama est-il sensible à la lutte contre le sida ?

Françoise Barré-Sinoussi : Je pense oui, même si je ne l’ai pas encore rencontré. Il y a un an, il a donné une enveloppe énorme à la recherche, qui va dans ce sens. La décision devait être prise rapidement et il n’a pas hésité, même en tant de crise, à donner un financement très conséquent à ce secteur. Comparé à la France, les États-Unis dépensent 100 à 1 000 fois plus pour la recherche.

Serait-ce une solution de rendre le dépistage obligatoire ?

À mon sens, cela ne règlerait pas le problème car rendre un test obligatoire n’a jamais responsabilisé les gens. Et faire prendre conscience aux gens du problème, c’est précisément ce dont on a besoin pour lutter efficacement. Il faut que la population comprenne qu’elle a intérêt pour son entourage à se faire dépister. Une personne contaminée et qui se soigne a beaucoup moins de chance de transmettre la maladie. Ce n’est pas du 100 % mais c’est déjà quelque chose.

Quelles sont les raisons d’espérer une amélioration de la situation ?

L’étude des animaux nous montre qu’il y a de l’espoir. Dans certaines régions africaines, 50 % des singes sont contaminés et n’ont aucun souci. On imagine que de nombreux primates sont morts il y a des milliers d’années mais que certains ont survécu. Depuis, le singe et le virus, qui voulaient tous les deux vivre, ont trouvé un moyen de coexister. On note d’ailleurs que 0,3 % des humains infectés par le VIH n’ont aucun problème. C’est de ce côté-là qu’il faut poursuivre les recherches.

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