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Fraude comptable: procès à haut risque à New York pour Vivendi et Messier

 Le procès opposant des actionnaires à Vivendi et à son ancien PDG Jean-Marie Messier s’est ouvert lundi dans un tribunal fédéral de New York, avec la sélection d’un jury qui, s’il désignait des coupables, pourrait déboucher sur des milliards de dollars de dédommagement.

Jean-Marie Messier, arrivé au tribunal dans l’après-midi, a été présenté par son avocat aux jurés, avant de s’éclipser une heure plus tard sans avoir prononcé un mot, accompagné de sa compagne Christel Delaval.

En arrivant dans la salle d’audience, assez tendu, il était allé saluer Jean-René Fourtou, actuel président du conseil de surveillance de Vivendi. Guillaume Hannezo, ancien directeur financier et bras droit de M. Messier, figurait également au banc des prévenus.

L’affaire remonte aux années 2000-2002, c’est-à-dire aux suites de la fusion avec Seagram et Canal Plus qui avait fait de VU l’un des plus gros groupes de médias au monde: à cette époque, Vivendi Universal affichait des bénéfices et des recettes florissants, alors que le groupe traversait une grave crise de liquidités.

D’après des avocats d’actionnaires, le groupe avait contrevenu aux normes comptables américaines en revendiquant notamment l’intégralité des recettes de sociétés qu’il ne contrôlait pas. Finalement M. Messier avait dû quitter la présidence de Vivendi Universal en juillet 2002, après que l’entreprise eut perdu 13,6 milliards d’euros sur l’année précédente.

Ce n’est pas la première fois que Vivendi et son flamboyant ex-PDG doivent affronter la justice pour rendre compte de cette époque. Mais ce procès aux Etats-Unis pourrait s’avérer le plus onéreux pour eux, si la justice leur ordonne de dédommager les actionnaires pénalisés par l’effondrement du titre.

La justice française chiffre en effet à un million le nombre d’investisseurs ayant détenu des actions Vivendi durant la période litigieuse, qui sont autant de potentielles victimes à dédommager.

Des investisseurs français avaient porté plainte dès septembre 2002 aux Etats-Unis, joignant leurs efforts à ceux d’investisseurs qui avaient acheté des certificats de dépôts (ADS) cotés à New York.

L’idée, selon un avocat français d’actionnaires, Maxime Delespaul, était “d’obtenir une indemnisation effective”, bien plus difficile à recevoir en France, où l’Autorité des marchés financiers ne rembourse pas les actionnaires, et où les plaignants doivent aller en correctionnelle pour tenter d’obtenir des compensations financières.

Un autre avocat d’actionnaires français, Frédérik-Karel Canoy, espère que Vivendi sera condamné à 50 milliards de dollars de dommages et intérêts.

Le groupe a jugé ce chiffre “fantaisiste” et exagéré, mais l’issue du procès reste incertaine – d’autant qu’il est très “exceptionnel” que de telles affaires se plaident, selon Me Delespaul, les entreprises mises en cause préférant généralement transiger plutôt que d’affronter un jury populaire.

Du côté de Vivendi, on se dit “confiant”. “Vivendi est associé à de nombreux experts et dispose d’arguments solides à faire valoir auprès du jury et aborde ce procès avec confiance”, a souligné un porte-parole, Antoine Lefort.

Le juge Richard Holwell a prévenu les jurés que le procès risquait de durer deux à trois mois, en commençant par la présentation des arguments des plaignants et des accusés mardi.

 

 

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