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Frédéric Mitterrand : « À mon âge, je peux me permettre de ne plus tricher »

Frédéric Mitterrand, homme de lettres, de télévision et de cinéma, était lundi à New York l’invité du journaliste Olivier Barrot, pour la dernière séance de la saison de « French literature in the making » à la Maison Française de NYU. Rencontre avec un touche-à-tout volubile mais modeste.

Les yeux restent baissés sur le pupitre lorsqu’il lit ou même lorsqu’il parle, de sa voix si singulière. Comme un élève timide, à qui on aurait décerné une récompense qu’il ne pense pas mériter, Frédéric Mitterrand semble gêné d’avoir été convié à évoquer son parcours littéraire : « C’est un bien grand honneur que tu me fais, Olivier. En matière de littérature, je suis à l’état brut, comme un peintre du dimanche qui peindrait ses émotions. »

Après chaque lecture, le visage concentré de Frédéric Mitterrand se relève et se détend. Avec un petit sourire, il termine systématiquement ses interventions sur une pirouette, comme pour s’excuser d’avoir pu être profond.

De Frédéric Mitterrand, on retient souvent l’historien, la « vedette » de télévision volubile, l’homme de radio ou de cinéma. Ce touche-à-tout brillant a été tour à tour acteur, exploitant de salles, réalisateur et producteur de documentaires, journaliste et chroniqueur. Il est aujourd’hui directeur de l’Académie de France à Rome, à la Villa Médicis. Un gentilhomme aux facettes multiples. On connaît moins bien l’écrivain.

Ses livres sont d’ailleurs le plus souvent adaptés de projets d’abord journalistiques : une série documentaire télévisée pour Les Aigles foudroyés (1997) qui retracent la déchéance des trois familles impériales européennes de la fin du XXème siècle ; ou des chroniques radiophoniques pour Un jour dans le siècle (2000).

Frédéric Mitterrand est obsédé par l’Histoire et ses têtes couronnées au destin tragique. Il en brosse des portraits minutieux et drolatiques. Celui, au vitriol, du brutal mais savamment moustachu duc François-Ferdinand de Habsbourg, dans les Aigles foudroyés ou celui de la sublime Nathalie Paley, héritière déchue des Romanov, à qui il consacre ses Mémoires d’exil.

Légendairement fasciné par les grandes sagas familiales – neveu du président, il fait lui-même partie d’une famille historique -, il n’en est pas moins le rapporteur amusé de la société contemporaine. La sienne, à la fois mondaine et interlope.

Dans ses derniers livres, La mauvaise vie, paru en 2005, où il révèle son homosexualité, et Le festival de Cannes (2007), Frédéric Mitterrand se livre à des témoignages personnels sur ses vies multiples, réelles ou fantasmées. Il dépeint avec malice ses frasques nocturnes dans l’établissement délicieusement trouble de Madame Madeleine, près de Pigalle, ses rencontres intenses avec une grande comédienne française dont il tait le nom, des retrouvailles qui ne se passent jamais comme prévu… C’est finalement dans la mise à nu pudique de son histoire à lui qu’il accède au rang d’écrivain. « À mon âge, je me peux me permettre de ne plus tricher, » lâche-t-il dans un sourire.

À lire :

Mémoires d’exil, Robert Laffont, 1990

Destins d’étoiles – tomes 1, 2, 3, 4 – Fixot, 1991-1992

Monte Carlo : la légende, Assouline, 1993

Une saison tunisienne, Actes Sud, 1995

L’Ange bleu : un film de Joseph von Sternberg, Plume, 1995

Madame Butterfly, Plume, 1995

Les Aigles foudroyés – la fin des Romanov des Habsbourg et des Hohenzollern, Pocket, 1998

Un jour dans le siècle, Robert Laffont, 2000

La mauvaise vie, Robert Laffont, 2005

Lettres d’amour en Somalie, Pocket, septembre 2006

Maroc, 1900-1960 Un certain regard, Actes Sud, 2007

Le Festival de Cannes, Robert Laffont, 2007

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