Subscribe

Gérard Araud, l’ambassadeur qu’on écoute à l’ONU

Pendant tout le mois d’août, l’iconoclaste ambassadeur de la France à l’ONU, Gérard Araud, sera président du Conseil de sécurité des Nations Unies. Portrait d’un diplomate pas comme les autres.

“Le silence du Conseil de sécurité est un scandale”. C’est par ces mots que Gérard Araud, ambassadeur de France auprès de l’ONU, a dénoncé la position de la Chine et de la Russie, entre autres, face aux massacres en Syrie. Un franc-parler qui fait de lui une des figures de la diplomatie française. “J’ai fréquenté de nombreux diplomates pendant ma carrière et Gérard Araud est le plus étonnant, le plus intéressant aussi”, affirme Karim Lebhour, journaliste à l’ONU pour RFI.

“De nombreux diplomates ont peur de leur ombre, peur de ce qu’ils disent et des conséquences. Gérard Araud est très prisé par les médias pour sa liberté de ton”. Un comportement qui ne passe pas inaperçu au sein de l’institution. “Il ne se retient pas de dire ce qu’il pense, que ce soit dans les réunions privées ou publiques”, confirme un diplomate anglais de haut-rang.

Même au sein du Conseil de sécurité, l’ambassadeur de France ne mâche pas ses mots. “Là où tous les ambassadeurs sont un peu plus guindés, lui réfute ce côté pompeux, formel”, confirme Karim Lebhour. Et si tous les représentants à l’ONU se tutoient et s’appellent aujourd’hui par leur prénom, Gérard Araud y est pour quelque chose.

Depuis le 1er août, la France préside le Conseil de sécurité de l’ONU. Gérard Araud peut donc s’attendre à de longues discussions sur la situation en Syrie. Alors que la Russie et la Chine ont par trois fois usé de leur veto pour empêcher une intervention en Syrie, la France va tenter de trouver une solution alternative pour mettre fin aux massacres. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, a déjà annoncé qu’une réunion ministérielle se tiendra cette semaine à ce sujet afin de profiter du statut de la France à l’ONU pour débloquer le conflit. Pour Gérard Araud, de multiples rencontres avec ses homologues russes et chinois s’annoncent.

Autre gros dossier du mois d’août : le Mali. La Cedeao, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, envisage sérieusement une intervention militaire au Mali alors que des islamistes radicaux ont pris le contrôle du nord du pays. Une action qui serait soutenue par la France. En tant que président du Conseil de sécurité de l’ONU, Gérard Araud sera donc au centre des négociations dans un rôle d’organisateur et de médiateur.

Des coups d’éclat qui font jaser

Une tâche ardue mais qui sied parfaitement au représentant de la France à l’ONU, très apprécié au sein de l’institution pour son talent de négociateur. Gérard Araud a activement participé à l’adoption de la résolution autorisant les bombardements en Libye et il est aujourd’hui un des représentants les plus actifs sur le dossier syrien. Mais à l’image du personnage, son cabinet reste très modeste : “Quand M. Araud parle, c’est la France qu’on écoute, pas lui personnellement. Mais son talent fait qu’il est très respecté au sein de l’ONU”.

Son comportement et ses coups d’éclat peuvent parfois agacer. Sa mésentente avec l’ambassadeur du Brésil est par exemple de notoriété publique. “Il est parfois vu comme arrogant, cassant”, confirme Karim Lebhour. “Son attitude, à l’opposé d’un Ban Ki-Moon par exemple, est à double-tranchant. Mais il est un très bon diplomate et il sait amener un vote”.

L’une de ses grandes réussites reste l’adoption de la résolution 1973, en mars 2011, amorçant le début des bombardements sur les forces du colonel Kadhafi, en Lybie. Habité par un sentiment d’urgence alors que la situation à Benghazi est intenable, Gérard Araud, soutenu par la France, a pris les choses en main. Sous présidence chinoise du Conseil de sécurité, l’ambassadeur de la France réussit un tour de force en faisant voter cette résolution.

“Il a clairement joué un rôle majeur dans l’adoption du texte. De manière générale, sa présence aide le Conseil de sécurité à centrer les discussions sur les conflits qui menacent la paix dans le monde” confirme un diplomate anglais à l’ONU. Si la situation en Syrie venait à évoluer au mois d’août, Gérard Araud ne serait sans doute pas étranger à ce changement, même s’il ne le dira jamais.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related