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Gilles Peress, un reporter français à Ground Zero

Gilles Peress est l’un de ces photographes de guerre qu’aucune arme n’a encore stoppé. Le 11 septembre, lorsque l’impensable se produit près de chez lui, il agrippe son appareil et s’engouffre dans la fumée.

Avant de pouvoir atteindre l’entrée en contrebas, il faut pousser silencieusement la grille en métal et descendre quelques marches. Pénétrer dans l’intimité de Gilles Peress est une affaire délicate. C’est ici, à Brooklyn, que l’un des grands photographes français, ami de Cartier-Bresson, reçoit pour parler de son 11-Septembre. Et l’on est averti : “Vous avez de la chance d’être ici. Je ne vois pas vraiment l’utilité de revenir sur les détails de cette matinée 10 ans plus tard.”

Ce jour là, un peu avant 9h du matin, ce sont les premières images de la télévision qui donnent l’alerte. Gilles Peress reçoit rapidement un appel de David Remnick, son éditeur et collègue au New Yorker. “Je pars ­­­tout de suite, en voiture.” Le photographe prend la route, au milieu de la cohue, et se trouve rapidement stoppé aux abords du Brooklyn Bridge. Il abandonne le véhicule, saisit son appareil argentique et traverse l’East River à pied pour rejoindre les lieux de la tragédie. “Il y a déjà cette grosse fumée noire et blanche. Les gens fuient Manhattan, apeurés.”  La première tour vient de s’effondrer.

Gilles Peress ne fait alors pas la différence avec l’un de ses reportages à l’autre bout du monde. Aucun photographe ne le ferait. Il photographie les gens qui courent, ceux qui étouffent et se couvrent le visage, les pompiers désemparés face à l’ampleur du drame. Il reste la journée entière et se mêle à eux près des décombres, immortalisant chaque scène avec son style brut. Gilles Peress retournera travailler à Ground Zero une semaine durant, s’attardant sur “la solidarité entre les hommes, la mise en place de mémoriaux, les autels en hommage aux victimes, les rituels inventés par leurs proches pour gérer la douleur ou l’effarement.”  Ses photos feront l’objet d’un portfolio dans le New Yorker, bien sûr, mais lui resteront en mémoire plus pour l’ampleur de l’événement que par leur unicité. “A de rares exceptions, raconte-t-il, je n’ai jamais vu une destruction aussi intense. D’une minute à l’autre les tours sont là, puis disparaissent. Une séquence monumentale de point de vue architectural.”

166 Prince Street

Cet ancien directeur de Magnum ne s’est pour autant pas arrêté à ses propres images. Il a été l’initiateur d’un vaste projet photographique : Here is New York. Après le 11-Septembre, le 166 Prince Street, la galerie de son ami Michael Schulan à Soho, a reçu des jours durant l’afflux de personnes venues se recueillir, partager leur douleur, échanger et donner leurs photographies. Les deux hommes ont commencé à scanner et imprimer les photos de chaque participant et les ont exposées sur des fils. Dans ce lieu à deux pas des ruines du World Trace Center, des centaines de personnes – des simples amateurs aux conservateurs de musées – ont fait la queue et de nombreux étudiants ont œuvré ensemble avec “activisme”.

Here is New York est devenu le livre d’images le plus abouti sur la tragédie. C’est “une démocratie d’images”, rassemblant indifféremment plus de mille photographies de professionnels et d’amateurs. Nombre d’entre elles sont aujourd’hui exposées à l’International Center of Photography de New York dans une exposition événement (Remembering 9/11, du 9 septembre 2011 au 8 janvier 2012).

Dix ans après l’attaque d’Al Quaida, Gilles Peress avoue que sa façon de prendre des photos a sûrement changé. “On n’avance pas dans l’histoire et à travers des évènements impunément, lâche-t-il. Ce fut une secousse émotionnelle mais aussi le début d’une secousse économique qui a vraiment fait culbuter la presse.”

Infos pratiques:

Remembering 11/9

Du 9 septembre 2011 au 8 janvier 2012 à l’International Center of Photography de New York (ICP)

1133 Avenue of the Americas at 43rd Street

New York, NY 10036

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