Subscribe

Grand oral d’Ayrault à l’Assemblée, sur fond de tour de vis budgétaire

Jean-Marc Ayrault passe mardi à 15h son grand oral devant l’Assemblée nationale pour solliciter la confiance des députés sur sa politique, au moment où les grands argentiers de la République l’exhortent à la plus grande rigueur financière.

Pendant environ une heure, une fois observée une minute de silence à la mémoire du député PS Olivier Ferrand décédé subitement samedi, le Premier ministre va livrer les grands axes des réformes du quinquennat, avant d’engager la responsabilité de son gouvernement lors d’un vote de pure forme, le PS et ses proches alliés détenant la majorité absolue des 577 sièges. Les présidents des six groupes prendront la parole après le discours du Premier ministre, qui leur répondra dans la foulée.

Pour son premier grand discours depuis sa nomination le 16 mai, le chef du gouvernement, qui bénéficie de sondages flatteurs, veut articuler son allocution autour des mots de “sérieux”, d'”autorité” du chef d’équipe, de “patriotisme”, ce qui “suppose que chacun dépasse ses intérêts particuliers”, indique-t-on de source gouvernementale. Il entend aussi rompre, selon la même source, avec “la recherche fébrile de l’annonce quotidienne et jetable” du précédent quinquennat.

Jean-Marc Ayrault est attendu au tournant : pour réduire les déficits publics en 2012 à 4,5% du produit intérieur brut (PIB), et 3% en 2013, comme il s’y est engagé, il lui faudra dénicher 6 à 10 milliards cette année et, surtout, 33 milliards l’an prochain, selon l’audit de la Cour des comptes remis lundi au gouvernement. Ce rapport préconise un “freinage sans précédent des dépenses publiques” et une nouvelle hausse d’impôts. Pour combler le trou de 2012, provoqué par une économie toujours au ralenti, le Conseil des ministres doit adopter dès mercredi un budget rectifié.

Pas question pourtant de parler de rigueur ou d’austérité. Ces mots “ne seront pas prononcés”, car ne sont prévues ni baisses des pensions de retraite, ni fermetures d’hôpitaux par exemple, explique-t-on au gouvernement.

A l’offensive, l’UMP prédit une “augmentation massive des impôts”, par la voix de l’ancien ministre Bruno Le Maire. Le porte-parole du nouveau groupe centriste UDI, Jean-Christophe Lagarde, a dénoncé “le revirement du gouvernement” à la place du “changement” promis pendant la campagne électorale par François Hollande. “En 1981, il avait fallu deux ans pour que les socialistes se mettent à la rigueur. En 2012, il aura fallu 15 jours!”, a-t-il lancé.

En ce début de législature, le groupe écologiste votera “sans aucune ambiguïté” la confiance, avec les socialistes et radicaux de gauche, à l’exception de Noël Mamère, qui s’abstiendra, à moins que le gouvernement ne gèle le projet de générateur nucléaire Astrid. Les dix députés du Front de gauche, eux, vont s’abstenir, a confirmé leur chef de file André Chassaigne, pour marquer leur désaccord avec “l’austérité” qui, a-t-il dit, “n’est pas un passage obligé”. Bruno Le Roux, président du groupe PS, a “regretté” cette décision.

A droite, Christian Jacob, président du groupe UMP, met au défi M. Ayrault de répondre présent au “rendez-vous de la crédibilité”, après une campagne électorale où la gauche a “annoncé tout et n’importe quoi” selon lui. Très remontée, Nathalie Kosciusko-Morizet fustige “une gauche extrêmement cynique, qui a fait beaucoup de promesses pendant les élections” et refuse selon elle de sortir “de l’ambiguïté”.

Comme le veut la tradition, le discours de Jean-Marc Ayrault sera lu simultanément au Sénat par le numéro 2 du gouvernement, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius. La 14e législature de la Ve République se poursuivra, après ce discours, par une session extraordinaire jusqu’au 31 juillet, avec comme principaux textes la loi de finances rectificative 2012 et le projet de loi contre le harcèlement sexuel.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related