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Guillaume Canet, petits meurtres entre amis

Comédie dramatique sortie en 2010 en France, Les Petits Mouchoirs relate l’histoire d’une bande de potes qui part en vacances et règle ses comptes à coups d’alcool et de déconnade, pendant que l’un d’eux gît inconscient dans une unité de soins intensifs parisienne. On rit, on pleure, et on observe la barque de l’amitié prendre l’eau. Entretien avec le réalisateur Guillaume Canet.

France-Amérique : Les Petits Mouchoirs, c’est une histoire d’amitié entre mecs. Pourtant, on est loin de la “bromance”, la comédie de potes à la sauce américaine…

Guillaume Canet : J’ai voulu éviter le film de potes classique qui revient sous forme de flashbacks sur l’enfance et la rencontre des personnages. J’avais en tête de faire un film sur l’amitié, sur laquelle s’est greffée cette idée des petits mouchoirs. C’est à dire les petits mensonges, les faux-semblants, les non-dits. Ça reste un film de potes, mais des potes faillibles qui se mentent tous un peu à eux-mêmes.

Le film donne l’image d’une génération de trentenaires un peu paumée, peuplée de clowns tristes.

J’ai voulu montrer que notre génération est égoïste. Les personnages du film sont dans l’hypocrisie constante. Le portrait que je trace de ces copains n’est pas très glorifiant. Ce sont des hommes-enfants, des mecs pas très matures. On se rend compte au long du film que ce sont les femmes qui gèrent la barque. C’est aussi vrai dans notre monde actuel.

La femme est donc l’avenir de l’homme ?

Oui. Je pense que l’émancipation de la femme depuis quelques années a mis en avant la grande fragilité des hommes. C’est un peu comme la femme de Mac (François Cluzet, ndlr). Quand il dérape, c’est elle qui reprend le contrôle et qui remet les pendules à l’heure. Dans le film aussi, cette bande de mecs se réfugie dans une certaine superficialité au lieu d’affronter le réel. Ils ont un coté ados attardés.

Comment s’impose-t-on comme réalisateur lorsqu’on tourne entre amis ?

C’est assez étrange car tous ces acteurs Gilles (Lellouche), Marion (Cotillard), François (Cluzet), Benoît (Magimel) et Jean (Dujardin) sont mes amis dans la vraie vie. Le bon côté dans le fait de tourner entre potes, c’est que cela amène une énergie et un réalisme parfait pour le sujet. Mais cela crée aussi des difficultés parce que la complicité amène parfois à oublier qu’on est sur un tournage.

Que dire des fouines qui hantent le sommeil de Mac et convoquent le rire à plusieurs reprises ?

Elles représentent la peste qui ronge le cerveau de Mac. Cela le rend fou. Mac est l’exemple type du mec qui n’arrive pas à se détendre, même en vacances. Il subit ce truc qu’il est pratiquement le seul à entendre. C’est une sorte de métaphore de la folie. Max, avec son côté psychorigide, veut toujours tout organiser. Les fouines viennent perturber tout ça de manière tragi-comique.

Vous avez coécrit avec James Gray un remake en anglais des Liens du sang, le film policier de Jacques Maillot, que vous avez tourné aux Etats-Unis. De quoi s’agit-il ?

C’est un film qui se passe dans les années 70 à Brooklyn. On vient juste de finir le tournage à New York. C’est encore trop frais pour en parler, je viens juste d’en accoucher. Mais c’est passionnant.

Outre James Gray, quelles sont vos influences américaines ?

Je suis très fan de Cassavetes, de Jerry Schatzberg, des premiers films de Scorcese. J’adore l’ensemble du cinéma indépendant des années 70. Sydney Lumet. Et des films comme The Big Chill (Les copains d’abord, 1984) de Lawrence Kasdan, qui est une référence directe pour moi.


Infos pratiques :

“Les Petits Mouchoirs” de Guillaume Canet sort en salles américaines à partir du vendredi 24 août. Avec François Cluzet (Max), Marion Cotillard (Marie), Benoît Magimel (Vincent), Gilles Lellouche (Éric), Laurent Lafitte (Antoine), Jean Dujardin (Ludo), Valérie Bonneton (Véronique), Pascale Arbillot (Isabelle), Joël Dupuch (Jean-Louis) et Anne Marivin (Juliette). Durée : 2h34.

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