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Haïti : les Français ont donné davantage en une semaine que pour le tsunami

Les Français ont donné davantage d’argent pour Haïti en moins d’une semaine que pour le tsunami, il y a cinq ans pendant la même période, une “mobilisation proportionnelle à la couverture médiatique” du drame haïtien, estime un sociologue.

Quinze millions d’euros ont déjà été reçus, principalement via internet, par la dizaine de grandes organisations humanitaires basées en France qui ont lancé un appel aux dons après le séisme qui a ravagé Port-au-Prince, selon une enquête de l’AFP.

Ce chiffre de 15 millions d’euros est supérieur au montant des dons recueillis par les ONG il y a cinq ans lors du tsunami de 2004, durant la même période de six jours, soit 10 millions d’euros.

Les ONG relèvent toutefois qu’une comparaison de la générosité des Français entre le tsunami et Haïti est difficile à ce stade : la très grande majorité des dons pour Haïti sont arrivés via internet alors que cette forme d’envoi était beaucoup moins développée lors du tsunami; des centaines de sacs postaux, contenant des milliers de chèques, sont arrivés lundi matin dans les ONG et n’ont pas encore été comptabilisés.

Ces quinze millions d’euros et les sommes qui seront recueillies ultérieurement devront être utilisés exclusivement par les ONG pour Haïti, comme le veut la loi, rappelle André Hochberg, président de France Générosités, le “syndicat” des ONG.

M. Hochberg rappelle par ailleurs que les Français, qui paient l’impôt sur le revenu, peuvent bénéficier d’une déduction fiscale de 75 % sur leurs dons. Ainsi, si quelqu’un est prêt à donner 20 euros à une association ou à une fondation, il peut donner 80 euros, car grâce à la déduction fiscale de 75 %, l’État lui rembourse la différence, soit 60 euros en crédit d’impôt.

Ces quinze millions seront utilisés très rapidement, car lors d’une catastrophe comme celle d’Haïti, l”urgence humanitaire coûte cher”, selon Action contre la Faim. Ainsi l’avion gros porteur d’ACF, emportant 70 tonnes de biscuits protéinés et quatre stations d’épuration de l’eau qui devait décoller lundi soir de l’aéroport de Vatry, près de Reims, a coûte 250.000 euros pour l’affrètement et 200.000 euros pour son contenu.

Pour le sociologue Denis Muzet, président de l’Institut Médiascopie, la “mobilisation des Français pour Haïti est proportionnelle à l’ampleur de la couverture médiatique” depuis le début de la catastrophe, expliquant que l'”instantanéité de l’information favorise la formation de flux émotionnels et affectifs”.

Par ailleurs, “les Français entretiennent un lien fort, tumultueux et vivace avec les Haïtiens”, ce qui leur fait dire : “Nous sommes tous des Haïtiens”, ajoute Denis Muzet. Pour lui, “l’efficacité de la mobilisation des individus est inversement proportionnelle à celle des Etats, surtout quand on a vu l’impuissance de ce qu’il reste de l’Etat haïtien et les cafouillages des Etats”, citant les problèmes de l’utilisation de l’aéroport de Port-au-Prince.

“Mais l’ampleur des dons va obliger les ONG a être encore plus transparentes sur l’utilisation des dons pour Haïti que pour le tsunami”, conclut le sociologue.

A la suite du tsunami du 25 décembre 2004 dans l’Océan Indien (240.000 morts dans les pays touchés, comme l’Indonésie, le Sri Lanka, l’Inde ou la Thaïlande), 330 millions d’euros avaient été collectés en France par les ONG.

Deux ans plus tard, la Cour des comptes avait passé au crible l’utilisation de ces sommes et émis quatre grandes réserves: affectation très lente des dons, manque d’information aux donateurs, financement d’opérations sans lien avec le tsunami et imprécisions comptables.

 

 

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