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Haïti: une journée de deuil national en blanc

En blouse blanche et fichu immaculé sur la tête d’où ne sortent que des nattes toutes sèches, la vieille dame tombe à genou sur le pavé, les mains tendues vers les ruines de la cathédrale. Ses lèvres murmurent des prières, un mois après le séisme qui a ravagé Port-au-Prince.

Derrière elle, des centaines de personnes chantent, les yeux baissés, entraînées par un prêcheur qui parle dans un haut-parleur. Les mères de famille se sont assises avec leurs bébés sur des draps étendus à terre, les autres, debout, psalmodient “Je Vous salue Marie”.

“Je suis enfant de choeur, j’étais dans le béton de ma maison quand la terre a tremblé et je suis vivant, j’ai compris que Dieu était tout puissant”, affirme Leonel Saint-Lo, un étudiant de 21 ans qui vit dans la rue depuis le drame.

Sur le parvis de Notre-Dame-catholique, opulente placette couverte de lauriers roses, les vieilles dames ont sorti leur voilette, les petites filles leur robe de cérémonie. Des hommes se tiennent la tête dans les mains, les yeux clos, tandis que la foule se balance au rythme entraînant des chants.

Roselaure Haspin, en tailleur beige, crispe les mains sur son missel. Sa maison a été “fissurée”, sa jambe blessée. Elle “prie pour tous ceux qui sont morts et pour moi-même et ceux qui dorment dans la rue”.

Tout près, un carrefour est entièrement bloquée par des dizaines d’Haïtiens agitant les bras en l’air en signe de reconnaissance à Dieu. “Merci Seigneur ! Merci Seigneur !”.

Quelques rues plus loin, c’est une marée humaine. Dans le camp de sans-abri installé au Champ-de-Mars, le plus grand de la capitale haïtienne, les fidèles étaient debout à l’aurore. Chacun a revêtu au moins un vêtement d’un blanc éclatant, qui tranche avec les terribles conditions d’hygiène dans lesquelles les rescapés vivent depuis un mois.

“Toutes les religions d’Haïti, les vaudous, les catholiques, les baptistes, les protestants, on est tous réunis ici pour prier”, déclame un prêcheur, “le peuple haïtien sera pauvre mais le plus riche du monde en grâce et spirituellement”.

Sur les hauteurs de la ville, le jardin luxuriant de l’université Notre-Dame offre un tout autre tableau. Des chaises y sont soigneusement ordonnées devant un chapiteau décoré de couronnes de fleurs claires. Le président René Préval et les responsables des grandes religions d’Haïti y participent à une cérémonie.

“A la suite du séisme, l’aigreur, le mépris, les ressentiments sociaux, les complexes si forts semblent avoir perdu de leur poids”, déclare l’évêque haïtien Joseph Lafontant, pour qui les Haïtiens ont “retrouvé le sens de la fraternité”.

“Il faut que la vie continue, c’est pourquoi l’Eternel a essuyé dans nos yeux les larmes”, poursuit Zaché Duracin, évêque anglican. L’Ave Maria retentit alors dans le silence absorbé de l’assemblée.

Au sortir de Port-au-Prince, une route défoncée bordée de bâtiments en miettes mène à un village désolé, entre montagne et mer des Caraïbes: Titanyen. C’est là que se trouvent les fosses communes où des milliers de cadavres ont été empilés à la pelleteuse, même si seule une croix du Baron Samedi – esprit des morts vaudous – fichée sur un monticule, est là pour le rappeler.

Accompagné de deux amis, Joseph Gesner Saint Louis, 35 ans, brandit un petit drapeau haïtien. “On vient ici pour faire quelque-chose pour la mémoire des morts”, dit-il. Aucun membre de leur famille n’est là, précise George Camille, 45 ans, en regrettant que M. Préval n’ait pas encore mis les pieds sur le site.

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