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Harlan Coben

Auteur en série de best-sellers, Harlan Coben est enchanté du film de Guillaume Canet, Ne le dis à personne, tiré de l’un de ses meilleurs romans. Le film prend pourtant ses libertés avec le livre, en transposant notamment l’action à Paris.

Avec sa stature de garde du corps et son crâne rasé, Harlan Coben n’a pas vraiment le physique de l’emploi. C’est un homme actif, sportif, organisé, père de famille, qui vit dans le New Jersey… Bref, un Américain moyen, à ceci près qu’il est un des plus gros vendeur de livres de la planète. Il vient défendre la première adaptation au cinéma d’une de ses œuvres, réalisée de main de maître par le Français Guillaume Canet. Où il explique entre autres que New York ou Paris, c’est pareil.

Guillaume Canet a fait beaucoup de changements par rapport à votre livre… ça vous a dérangé ?
Pas du tout, au contraire. D’ailleurs, par rapport à une version hollywoodienne, les changements sont très relatifs, dont le plus important a été la transposition de l’histoire en France. Les meilleures adaptations sont celles qui ne sont pas des esclaves dévolues au texte original. Parce qu’un film est un film et un livre est un livre, il ne peut pas y avoir d’adaptation fidèle. Prenez Vol au-dessus d’un nid de coucou (réalisé par Milos Forman) ou LA Confidential (réalisé par Curtis Hanson) : ces adaptations prennent le cœur du livre en changeant tout le reste. Il y a plein de choses dans un livre qui ne fonctionnent pas cinématographiquement. Par exemple, au lieu des dialogues sur les galas de charité, qui apportaient une dimension plus sociologique au livre, Guillaume a utilisé des courses de saut d’obstacles, qui sont plus visuelles et donc plus adaptées à un film. Nous avons aussi beaucoup discuté de la fin du film. Je pense que sa fin, qui économise une scène par rapport au livre, marche mieux, il n’y avait pas besoin d’ajouter quelque chose à ce moment plein d’émotion, la plupart des spectateurs pleurent en quittant la salle. Je suis tout à fait d’accord avec ces changements. Le plus important pour moi, c’est que Guillaume a compris que Tell No One est avant tout une histoire d’amour.

Il dit que vous avez été surpris par son film, mais enthousiaste…
Surpris n’est pas le mot. La première fois que je l’ai vu, c’était une expérience émotionnelle très intéressante. Ces gens que j’avais imaginés dans une maison du New Jersey sont devenus André Dussolier, Nathalie Baye, Jean Rochefort, François Cluzet… J’étais bouleversé. Dans le livre, le personnage de Kristin Scott Thomas est un mannequin grande taille, ce détail n’était pas réaliste en France, et d’avoir choisi une actrice de cette qualité pour jouer une lesbienne super maligne, c’était vraiment une très bonne idée.

Pourtant vous êtes un auteur très américain, ça a dû vous faire un choc de voir que tout était « francisé » ?
Je pense que plus on est local dans une histoire, plus elle est universelle. Courir dans les rues de NY et dans Washington Square Park ou dans les rues de Paris et dans le parc Monceau, ça ne fait pas grande différence. D’ailleurs, je disais à Guillaume tout à l’heure que cette scène est la meilleure course-poursuite de l’histoire du cinéma. Dans Bourne Ultimatum (La Vengeance dans la peau), [où il y a une scène similaire aux puces de Saint Ouen, ndlr], le personnage est un expert qui sait courir, tandis que le personnage de François Cluzet est un mec normal, un pédiatre. Guillaume le filme de façon très viscérale : il tombe, et toute la salle frémit. C’est vraiment très fort.

Comment les droits de ce livre américain se sont-ils retrouvés en France ?
Aux États-Unis, quatre studios avaient acheté une option pour les droits du livre. Une grosse équipe d’auteurs a écrit une version du scénario, et le réalisateur britannique Michael Apted était pressenti pour la réalisation. Au même moment, Guillaume Canet m’a téléphoné, pour me dire qu’il aimait ce livre et qu’il souhaitait en acheter les droits. Je lui ai alors dit que les droits allaient certainement être achetés aux États-Unis. Mais j’ai aimé sa passion, son enthousiasme et finalement, quand les droits me sont revenus au bout de 18 mois – c’est comme ça Hollywood : le film doit se faire, mais en fait non – je l’ai rappelé et je lui ai dit que s’il pouvait apporter l’argent, je lui cèderai les droits. Il n’est pas très connu en tant que réalisateur, mais j’ai adoré Mon idole, son premier film, et j’ai pensé qu’il avait du potentiel. Ma seule réserve concernait les scènes d’actions. Il m’a assuré qu’il en était capable, j’ai parié là-dessus. C’était ma décision, parce que j’ai eu un bon contact avec Guillaume.

Aussi incroyable que ça puisse paraître, c’est le premier de vos romans qui est adapté au cinéma…

Pour le moment, oui. Hollywood est devenu un monde très étrange et compliqué. Je vais peut-être vendre des droits à la télé pour un de mes romans, je vais peut-être en vendre un autre en France – peut-être à Guillaume à nouveau. Tous mes livres sont sous option, mais rien n’a été fait. Je m’occupe de la vente des droits, mais ensuite je ne suis pas très intéressé par le processus. Pour Ne le dis à personne, mon implication a été vraiment limitée. Guillaume m’a tenu informé de son travail, mais il n’était pas obligé de le faire.

Vous écrivez un livre par an, est-ce que ce n’est pas un peu… stakhanoviste ?
Et vous, combien de papiers vous écrivez chaque année ? C’est mon travail, je sors un livre par an, je pourrais faire un peu plus ou un peu moins, mais ça me semble bien comme ça. Plus les gens vous prennent pour un artiste, plus c’est compliqué. Shakespeare ne s’est jamais considéré comme un artiste, ni Oscar Wilde. Dostoïevsky, Victor Hugo, Dumas, tous avaient conscience que l’écriture est un métier. Plus je me dis ça, plus j’avance vers le statut d’artiste. Un plombier ne peut pas se lever et se dire: “ce matin je suis trop important pour travailler”. En tant qu’écrivain, je ne vois pas non plus pourquoi j’agirais ainsi. J’écris tous les jours, même si certains jours, je reste assis à ma chaise à regarder le plafond toute la journée: “OK, qu’est ce qui va lui arriver maintenant, sa femme lui manque, il reçoit ces emails…” C’est mon métier. C’est parfois dur, mais c’est toujours mieux que d’avoir un vrai job! Aller au travail tous les jours, ça c’est dur!

Donc vous fonctionnez de façon saisonnière, un peu comme Woody Allen, qui délivre sa nouvelle production tous les ans au mois de février…
Nous avons tellement de chance de pouvoir travailler, Woody Allen serait d’accord avec moi là-dessus. Nous avons la chance de produire des choses que les gens veulent voir, il serait idiot de le prendre pour argent comptant. C’est un tel honneur, un tel bonheur… Si je peux garder le rythme, tant mieux. Mais si mon livre n’est pas prêt, il ne sortira pas. Je suis toujours satisfait de mes livres. Le dernier est toujours meilleur que le précédent. Si ce n’était pas le cas, je dirai: “non, il n’est pas prêt, ce sera mai, ou juin, ou octobre”… Jusqu’à présent j’ai toujours été capable de tenir mes délais.

Votre succès ne vous perturbe pas dans cette organisation ?
J’ai quatre enfants, c’est certainement ce qui me prend le plus de temps! Mes voisins aussi ont aussi des enfants et doivent aller travailler. J’ai la chance de pouvoir travailler n’importe où: dans l’avion, à l’hôtel, je n’ai pas besoin d’être dans un endroit particulier.

Quel sera le livre que vous publierez en mars prochain aux États-Unis ?
Le livre que je suis en train d’écrire, j’en suis à la page 120, se passe jusque-là à Paris. La dernière fois que j’y suis allé, j’ai visité le 36 quai des Orfèvres, il y a des scènes qui s’y déroulent. C’est un nouveau livre de la série Myron Bolytar. Je pense que je ne vais pas tarder à quitter Paris maintenant, mais l’action s’y déroule pendant au moins 120 pages. Ce livre devrait faire plaisir aux lecteurs français. Ça m’amuse ! Mais pas comme un Parisien : je suis un Américain en visite qui apprécie les beautés de Paris, mais qui remarque aussi cette femme bizarre sur les Galeries Lafayette avec une tour Eiffel sur la tête ! ça doit être très inconfortable, non ? C’est le genre de choses que Myron Bolitar va remarquer à Paris. C’est un événement : dans mes livres, Myron n’a jamais quitté le New Jersey et la région de New York. Et, comme c’est écrit à la première personne, les lecteurs français vont trouver ça très drôle.

Ne le dis à personne (Tell No One), réalisé par Guillaume Canet, avec François Cluzet, Marie-Josée Croze, Kristine Scott Thomas. Durée : 2h05.
Sortie aux États-Unis le 2 juillet.

Et aussi…
Guillaume Canet, à armes égales

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