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Harlem in Montmartre, Paris au fil du jazz

Le film Harlem in Montmartre : A Paris jazz story, présenté en avant-première à l’ambassade de France mercredi explore l’irruption du jazz américain dans le Paris des années folles. Une vision sociologique de l’atmosphère des clubs de Pigalle et des figures illustres de l’âge d’or du jazz en France.

Inspiré du livre de l’historien William A. Shack, le documentaire Harlem in Montmartre dirigé par Dante D. James retrace la genèse du jazz à Paris, au lendemain de l’armistice de la Première Guerre mondiale durant laquelle des soldats noirs ont combattu aux côtés des Français. « Le jazz en France a été importé par les military bands américains », explique Jed Rasula, un professeur de l’université de Géorgie dans le film. Dans le Paris libéré de 1945, les Français découvrent le Swing et la sexualité débridée sous l’égide d’un Sidney Bechet ou d’un James Reese Europe. Sur les notes de « Careless Love », la capitale savoure sa liberté retrouvée avec désinvolture. « C’était une période d’effervescence », se souvient Charles Hobson, co-producteur du film.

Délaissée par la critique dans son ensemble, cette période fertile marque l’avènement d’un mouvement musical peu considéré aux États-Unis. « La France est la première nation à avoir pris cette musique au sérieux. Elle lui a donné ses lettres de noblesses », rappelle Charles Hobson, venu présenter le film aux services culturels de l’ambassade de France à New York. Dans la capitale française de l’entre-deux-guerres, l’art de ces musiciens descendants d’esclaves s’épanouit librement, à l’abri de la ségrégation raciale qui sévit outre-Atlantique. L’insertion d’images d’archives glaçantes montre des lynchages de noirs, victimes du Klu Klux Klan. Mais l’Amérique de la prohibition sert surtout de prétexte à l’évocation de la nouvelle communauté socio-musicale d’un Montmartre intra muros ignorant le grain de peau de ses interprètes, préférant les réunir dans ses clubs. Ce sera Le Rat Mort, le Brick Top, et les nombreux cabarets de Pigalle. Symbole de cette nouvelle vague musicale, la danse endiablée de Joséphine Baker qui triomphe aux Folies Bergères. « Cette musique a participé de l’avant-garde culturelle française », rappelle la voix off, citant pêle-mêle Man Ray et Jean Cocteau qui ont fait du jazz la muse de leur art.

Le pari du jazz

Harlem in Montmartre, qui sera diffusé le 26 août prochain sur la chaîne américaine Thirteen dresse donc un panorama du jazz en France, argumenté par des spécialistes et entrecoupé de séquences sonores durant lesquelles un jazz band réinterprète les grands classiques. Le film rend hommage à Charles Delaunay, le puriste Français du jazz des origines et le fondateur de la revue Jazz Hot en 1935, puis du label Swing deux ans plus tard. Il honore aussi Hughes Panassié, critique et producteur de jazz français. La collaboration au Hot Club de France du Français Stéphane Grappelli et du guitariste gitan Django Reinhardt  sert aussi le lien entre la connexion française classique et le jazz manouche. « Ensemble, ils jouaient comme des frères », déclare l’expert Philippe Bédouin dans le film. Autant de parcours et d’histoires individuelles qui retracent l’épopée collective et éphémère du phénomène jazz parisien, jusqu’à l’apparition du be-bop et des zazous fleurissant dans le Saint-Germain-des-Prés à dominante blanche. « Le jazz a ouvert une explosion de possibilités pour les musiciens français », explique Jean-Claude Baker dans le documentaire.

Quand le générique de fin apparaît, le public venu assister à la projection applaudit promptement Victor Goines, le directeur musical, et Charles Hobson en guise de remerciement. Des professeurs demandent même où l’on peut se procurer le DVD du film, dans l’intention de diffuser le documentaire à leurs élèves. Car c’est là tout l’intérêt du film. Proposer une approche pédagogique et musicale d’une période trop souvent ignorée du grand public, quand la capitale faisait nuit blanche pour se trémousser sur de la musique afro-américaine. À la sortie, un Français siffle un air classique de Django Reinhardt qui a conquis le Paris des années 30, « Nuage », dont le chanteur français contemporain Philip Catherine a fait une reprise. « La vivacité de la scène jazzy témoigne de cet héritage en France », conclut le producteur Charles Hobson.

Informations pratiques :

Harlem in Montmartre, A Paris Jazz Story, une co-production signée Charles Hobson et Margaret Smilow, sous la direction de Dante D. James, d’après le livre de William A. Shack. Ce documentaire sera diffusé le 26 août à 20 heures sur la chaîne américaine Thirteen dans la série Great Performances (90mn).

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