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Herman Düne : le virage rock des enfants de la pop

En tournée américaine depuis la fin du mois d’octobre, Herman Düne, groupe français aux douces intonations anglophones, est revenu jeudi dernier sur une terre familière, celle des planches du Bell House à Brooklyn, le temps d’un concert. Rencontre avec un duo qui, dans le rude paysage pop actuel, grandit, doucement mais sûrement.

Herman Düne chante la route. Celle des vacances, qui, sous un soleil radieux, défile et se fait tranquillement dévorer par le capot de sa voiture. Celle qui, inconsciemment, mène au rêve de tranquillité et fuit la réalité le temps d’une ballade, le temps de quelques accords de guitare et chœurs enchantants. On la prend pourtant à pied, à petits pas de fourmi, intrigué par les rythmes lancinants qui sortent des doigts du grand barbu et des balais du petit moustachu. Et on flotte pour un moment, avant de taper mollement du pied, d’entamer d’indispensables dodelinements de la tête, et de finalement sourire à pleines dents, comme si on voyait bien où la musique veut finalement nous entraîner : loin, loin, encore plus loin, jusqu’à ce coucher de soleil californien.

C’est bien là que fonce la petite 2CV d’Herman Düne. Vers l’Ouest et à toute vitesse. Mais en chemin elle s’arrête sur les traces du rock, le vrai, le pur, le dur. Celui de Memphis, de Nashville ou Tucson. Là où les génies ont commencé, avant d’émigrer un temps à New York, comme les deux Français. David-Ivar et Néman Herman Düne forment résolument un groupe pop, tellement imprégnés des créations des années 60, qu’on croirait que leurs albums ont été enregistrés dans les studios d’Abbey Road, à Liverpool. Mais le rock et la folk américaine sont passés par là, pour apporter la vivacité et l’éclat qui pouvaient manquer à leur son, parfois trop doux, trop enfantin.

Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui, ils semblent avoir trouvé leur créneau. Et, jeudi dernier, le public du Bell House à Brooklyn s’en est informé. Ils n’étaient pourtant pas nombreux, une centaine peut-être. Mais ils ont valsé des hanches, tapé des mains, se sont imprégnés de la fantaisie d’Herman Düne et, face à la simplicité des textes et des amusantes intonations, ont ri, beaucoup ri. Jusqu’à monter avec plaisir dans leur vieille carcasse, pour un agréable voyage dont la destination finale est forcément accueillante.

France-Amérique : En 2007, en vous prenant au jeu du collectif de « La blogothèque » et de ses « concerts à emporter », vous chantiez dans les rues de Paris « Just like Tom Thumb’s blues », de Bob Dylan. « I’m going back to New York City, where I believe I had enough », disait la chanson. Êtes-vous un peu comme Bob Dylan, ou vous plaisez-vous toujours à jouer ici ?

Herman Düne : Cette ville a tout de suite beaucoup compté dans notre vie et notre carrière, d’une façon sentimentale et imprégnatrice. Comme beaucoup de gens qui viennent ici, on a tout de suite ressenti quelque chose de très fort dès le premier pas, et c’est à chaque fois la même sensation. On est d’abord fasciné par l’immensité de la ville, et ensuite par les gens, leur accent, leur diversité, et la façon dont, presque plus que n’importe où ailleurs les gens te regardent comme si tu étais l’un des leurs, un New-Yorkais. Et finalement, on s’y sent très rapidement chez soi.

Le public américain est-il réceptif à votre musique ?

Oui, très. Il fait preuve d’ouverture d’esprit. C’est dans la continuité du sentiment que nous avons pour cette ville. Le public américain est très ouvert à voir des étrangers venir jouer du rock et chanter en anglais. Puisqu’on est dans le cadre France-Amérique, il n’est pas certain que la réaction serait la même en France pour un groupe américain qui viendrait chanter de la chanson populaire en français. Ici, on ne nous catalogue pas à cause de notre accent, les gens viennent écouter notre musique et nous posent des questions dessus, sans attacher d’importance à notre origine. Bon, parfois on nous prend pour des Canadiens (rires).

Alors, Paris ou New York ?

C’est différent. On se sent bien dans les deux villes. À Paris, on se sent comme dans un écrin, on se sent spécial, et les gens ont du respect pour la musique et font assez attention. Cela fait du bien à son égo. Et ici, on se sent, musicalement, comme un poisson dans l’eau. Il y a une énorme émulation artistique et c’est sûr que notre attache musicale se trouve ici, ainsi que beaucoup d’amis chanteurs ou musiciens avec qui on a collaboré : Jeffrey Lewis, Kimya Dawson, Adam Green, Turner Cody, les filles qui chantent sur notre dernier disque etc. Il y a ici un niveau musical qui est difficilement comparable avec l’Europe.

Il y a deux ans, on vous voyait encore jouer dans de petits bars à Paris. Depuis, l’Olympia est passé par là, aujourd’hui c’est le Bell House de Brooklyn. Le succès arrive petit à petit mais ce n’est pas mal, non ?

Oui, ça avance bien, à un rythme très lent par rapport à d’autres groupes, mais qui nous convient tout à fait. On n’a pas eu ce gros choc de faire un premier album et l’Olympia à guichets fermés dans la foulée. Donc finalement, lorsque c’est arrivé, on était préparé et on savait exactement ce dont on avait envie : mettre tous nos efforts et rassembler nos expériences du passé pour faire le meilleur show de notre vie.

Votre dernier album sorti en novembre 2008 s’intitule Next Year in Zion. Pourquoi ce titre ?

C’est une phrase d’exil, et elle ouvre sur plein de choses. C’est une phrase qui porte à la fois un peu de mélancolie mais aussi beaucoup d’espoir. Ce sont les deux émotions qui sont à l’origine de toutes nos chansons.

Dans l’album Giant, vous parlez de Paris, New York, en passant par Bristol. Est-ce qu’on peut parler de vos albums comme de carnets de voyage ?

Pas au sens propre. Honnêtement, on n’essaye pas de faire des morceaux qui correspondraient à une période ou un voyage précis. C’est plus au hasard des endroits où l’on se retrouve, par inconscient et d’état d’esprit à un moment donné. Ce n’est pas un but en soi. On aime bien l’idée que chaque chanson pourrait se retrouver sur n’importe quel album.

Y a-t-il une condition particulière à adopter pour écouter votre musique ?

On espère que non. En ce moment, on passe peut-être les trois quarts de notre vie en déplacement et c’est en voiture qu’on écoute la musique avec le plus d’attention. On y découvre souvent des choses que l’on ne pourrait pas entendre chez soi, on laisse son esprit filer et on se fond avec la musique. Et la notre y passe superbement. Il y a des côtés immédiats, mais notre musique demande aussi une qualité d’écoute appliquée. On aime l’idée de prendre le temps.

Comment vos chansons naissent-elles ?

David-Ivar (qui écrit toutes les chansons) : Je me sers beaucoup des stimuli extérieurs, d’un mot, d’une personne, d’un poster, d’un tableau. J’ai souvent une phrase qui vient sur l’instant, mais que je travaille plus tard chez moi. Il y a aussi ce cahier que j’aime trimballer partout où je vais, dans lequel j’ai besoin d’une grande page blanche pour pouvoir faire des ratures, entourer des mots, faire des rimes. Et j’écris tout la main, à l’ordinateur je n’y arrive pas trop.

Il y a pas mal de dessins sur vos pochettes d’album et dans les petits livrets qui figurent avec. C’est vous qui les dessinez ?

David-Ivar : Oui, c’est moi qui les dessine. J’ai la chance de pouvoir diffuser mes dessins grâce à notre groupe, et ça colle bien puisque c’est la même personne qui écrit les chansons et fait les illustrations. Il n’y a pas cette difficulté d’expliquer à quelqu’un le concept de la chanson pour qu’il les réalise.

Ils viennent après où ils sont une source d’inspiration antérieure à la chanson ?

David-Ivar : Souvent, ils peuvent venir d’une même inspiration, mais c’est quand même la chanson qui prime. La musique est mon premier métier.

Bob Dylan et Leonard Cohen sont de grandes influences, non ?

Oui, en tout cas ce sont nos héros. On les admire beaucoup. Ils ont une approche didactique de la musique, une alliance de maîtrise formelle de l’écriture et une inspiration permanente qui se renouvelle constamment. On peut les étudier en classe de littérature. Techniquement, leurs chansons sont exceptionnelles, leur travail est riche et la constance est un mot d’ordre. Ils prennent du temps pour que chaque album soit différent, ont toujours quelque chose à exprimer. Ils font partie des grands songwriters.

Il y en a d’autres ?

Oui, bien évidemment les Beatles, les Stones, les Velvet et tous les groupes des années 60-70 qui entrent dans le même registre.

Beatles ou Stones ?

Les deux. Il n’y a rien à jeter des deux groupes et énormément de choses à prendre. Le point commun entre les Beatles, les Stones, Bob Dylan, Leonard Cohen ou James Brown est que leur musique est, comme ça, facile à écouter, mais faite avec beaucoup de sérieux. Et cela nous impressionne, et nous inspire beaucoup de respect. On n’aime pas les groupes qui se disent que comme leur chanteur(se) a une belle voix, tout est gagné. L’autre jour, on est allé voir Fleet Foxes en concert, et ce n’était pas sérieux : le chanteur chantait une chanson de dix minutes mais ce n’était pas écrit, pas travaillé. Même si le public adorait, cela nous attirait pas, nous intéressait pas.

S’il y avait trois chansons à retenir dans toute l’histoire de la musique ?

« I want you » de Bob Dylan, « In my life » des Beatles, et « The strange of song » de Leonard Cohen.

Peut-on qualifier votre musique de pop onirique ?

Oui, on aime beaucoup les rêves, et on s’en sert pas mal. Ce sont toujours des sujets porteurs, et cela permet d’échapper à ce que tu vis au quotidien et qui n’est pas forcément drôle à raconter. Le surréaliste permet d’aller chercher des mots que tu n’entends pas tous les jours et de les sublimer, tout en leur donnant une certaine réalité.

Est-ce pour cela qu’il y a autant de chœurs dans votre musique ?

Oui, c’est une façon de transcrire par le son un univers onirique. Un peu comme le conçoit Ennio Morricone, avec ces voix qui rendent l’ambiance un peu floue.

Est-ce que votre effet rétro est un choix recherché ?

Notre but n’est pas de reproduire ce qui a été fait à cette époque. On est très attiré par la manière dont la musique était conçue dans les années 60, mais on pense que la notre est très actuelle. Même si, en tant qu’auditeur lambda et amateur de musique, on n’a pas passé la barrière des années 70. On joue, non pas en regardant le passé, mais en y puisant les choses intéressantes pour en faire quelque chose de novateur et avancer. On n’est pas non plus bloqué sur ces années, il y a des choses d’aujourd’hui qui nous plaisent aussi. La seule chose est que les méthodes de travail et la façon de jouer de cette époque est difficilement dépassable.

Quel avis avez-vous sur le monde de la musique actuelle ?

On n’est pas satisfait de la segmentation des genres musicaux. Il y a plein de petites niches qui se sont créées et on a l’impression qu’aujourd’hui il faut choisir son camp : pop, rock, électro, rap, dance, hip-hop, métal, peu importe. Il y a des salles, comme ici au Bell House, où il n’y a que de l’indie rock. Alors on est nostalgiques des grands concerts où sur la même affiche figuraient des groupes totalement différents et qui concernaient un panel de gens divers. Et le sentiment est que cette fragmentation est venue de l’industrie du disque. Aujourd’hui les gens ne prennent plus le temps d’écouter, ils consomment et jettent rapidement. Combien de fois on a vu l’exemple de personnes qui écoutent un album parce que c’est celui du moment, que l’on décrit comme celui de l’année et puis un mois après qui ne s’en souviennent plus. Il y a 30 ans, les gens achetaient un disque par mois.

Comment vous en sortez-vous dans ce contexte ?

On est encore à très petite échelle, on fait notre musique et s’il y a du monde tant mieux. Mais il n’y a pas une équipe de managers qui nous poussent ou nous imposent à faire un style précis. On en est encore au niveau de l’artisanat.

En répétition, juste avant cette interview, votre son avait l’air un peu différent, plus rock. Est-ce une tendance actuelle ?

Notre prochain album sera sûrement plus rock qu’avant. On joue pas mal en duo en ce moment et ça amène un peu le groupe vers le blues. Et dès que la musique s’accélère, devient plus nerveuse, cela donne forcément quelque chose de plus rock. Ça vient naturellement. C’est un peu l’idée du moment et c’est toujours bien de changer. On a fait le tour de la période qui a vu naître les deux derniers disques. Et si on enregistre bientôt, le résultat devrait ressembler à ce qu’on a pu faire sur cette tournée américaine.

Infos pratiques:

http://www.hermandune.com/?id=home

http://www.myspace.com/therealhermandune

Herman Düne en vidéo:



 

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