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Hollande affronte sur France 2 l’inquiétude et l’exaspération des Français

Au plus bas dans les sondages dans une France minée par la crise et le chômage, François Hollande appellera ses compatriotes jeudi soir surFrance 2 à lui accorder malgré tout une confiance qui se dérobe, lors d’un exercice de “pédagogie” sans doute mâtiné de quelques annonces.

Quarante-cinq minutes pour convaincre: le président répondra à partir de 20h15 aux questions de David Pujadas sur un plateau de télévision que son entourage annonce “très sobre”. L’Élysée l’assure: “Le président a fait le choix de la sobriété et France 2 l’a entériné”. Dix mois après son élection, François Hollande dévisse dans les sondages: selon CSA, seuls 29% des Français le jugent compétent et 22% le considèrent comme un bon président tandis que l’indice de satisfaction BVA plafonne à 35%.

Rendez-vous crucial avec les Français auxquels il ne s’était plus adressé directement depuis ses voeux de fin d’année, l’émission est préparée par une armée de conseillers qui multiplie depuis samedi les réunions en comités plus ou moins restreints autour du chef de l’État, abreuvé de “notes”. Filant la métaphore de distillateur, son conseiller politique Aquilino Morelle l’assure : “Le président est un alambic qui distille les différents moûts qui lui sont apportés”. L’agenda officiel de François Hollande, surchargé de rendez-vous en début de semaine avec les poids lourds du gouvernement venus lui faire rapport, est vierge jeudi. “Il travaille, il relit, il se concentre”, assure un proche.

Parler du pouvoir d’achat

Aux Français, taraudés par la peur du chômage et du déclassement, François Hollande entend d’abord “rendre des comptes”, explique-t-on. “Le président a l’intention à la fois de rappeler le cap qui est le nôtre, les outils que nous avons mis en place pour tenir ce cap, les prochaines étapes”, a indiqué mercredi la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem. Mais “il a l’intention aussi de répondre à des inquiétudes” qui sont “légitimes évidemment”.

Dix mois après le retour de la gauche au pouvoir, les comptes s’enfoncent dans le rouge tandis que le chômage frise le record absolu de 1997. L’exécutif a renoncé à ramener les déficits publics à 3% du PIB en fin d’année. Mercredi encore, l’Insee a annoncé un recul du pouvoir d’achat de 0,4% en 2012, sans précédent depuis 1984… Une dégradation économique et sociale durement sanctionnée par un électorat exaspéré : dans l’Oise dimanche, une candidate du Front national a frôlé la victoire face à l’UMP, après élimination de la socialiste au premier tour.

Dans l’ordre de priorité, les Français souhaitent sans surprise que François Hollande s’exprime sur le chômage (à 54%), le pouvoir d’achat, la réduction de la dette et des déficits et la fiscalité, selon l’Ifop. Immigration, sécurité, “mariage pour tous”, Mali ou mise en examen de Nicolas Sarkozy semblent les cadets de leurs soucis. Outre l’exercice de “pédagogie” attendu, le président pourrait glisser quelques annonces comme les nouvelles modalités de la taxe à 75% sur les super riches, promesse emblématique de campagne plombée par la censure du Conseil constitutionnel puis par le Conseil d’Etat qui l’a bornée à 66,6%.

Il devrait être aussi interrogé sur le projet de loi sur le non-cumul des mandats examiné mercredi prochain en Conseil des ministres, la situation au Mali, les otages français ou le succès retentissant du collectif de la “Manif pour tous” qui entend lui réserver un comité d’accueil devant France 2 jeudi soir. François Hollande est pressé d’agir par son aile gauche. Il doit “changer de braquet”, lui a vertement conseillé le député Pascal Cherki, vivement rabroué par le patron du PS Harlem Désir et la porte-parole du gouvernement.

“Le plus grand rendez-vous de son quinquennat”

Sur sa droite, le centriste Jean-Louis Borloo, président de l’UDI, s’est fendu d’un petit mot au président, considérant ni plus ni moins que son interview serait “le plus grand rendez-vous de son quinquennat”. Le député du Nord l’a appelé à revenir sur “cinq décisions destructrices en matière d’emploi”: bâtiment, services à la personne, heures supplémentaires, impôts et charges. Pour François Bayrou, président du MoDem, la question n’est plus de “rassurer les Français” mais de les “entraîner”.

Selon Najat Vallaud-Belkacem cependant, “les Français n’ont besoin ni de politique spectacle, ni d’agitation permanente, ils ont besoin d’être rassurés sur le fait qu’on ne change pas de cap ou de braquet, comme diraient certains, tous les quatre matins”. Les emplois d’avenir ou les contrats de génération finiront bien par donner des résultats, veut-elle croire même si “certains résultats tardent à se manifester”. François Hollande lui-même a réitéré pour la énième fois mardi sa “volonté” d’inverser la courbe du chômage d’ici à la fin de l’année.

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