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Hollande, officiellement président, se démarque déjà de Sarkozy

François Hollande est officiellement devenu mardi le 7e président de la Ve République, marquant le retour de la gauche au sommet de l’Etat après 17 ans d’absence, au cours d’une journée tout au long de laquelle il n’a cessé de se démarquer de son prédécesseur Nicolas Sarkozy.

Après la passation de pouvoir et une première allocution à l’Elysée, où il a promis d’exercer son mandat “avec dignité et simplicité”, le deuxième temps fort de la journée a été un discours sur l’école, “arme de la justice et de l’égalité républicaine”, par le biais d’un hommage à Jules Ferry, dont il a toutefois qualifié de “faute morale” la défense de la colonisation. En fin de journée, M. Hollande devait se rendre à Berlin pour une première rencontre avec la chancelière allemande Angela Merkel. Dans l’intervalle, le nom de son Premier ministre, sans doute Jean-Marc Ayrault, devait être annoncé à 16h. “Vous devenez aujourd’hui le 7e président de la République (…) Vous incarnez la France”: c’est par ces mots du président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré, prononcés à 10H44 très précisément, que François Hollande a officiellement accédé à la fonction suprême.

Arrivé à l’Elysée à 10h, le nouveau chef de l’Etat, costume sombre et cravate bleu foncé, venait alors de raccompagner sur le perron M. Sarkozy, avec lequel il s’était isolé pendant 35 minutes pour échanger des informations confidentielles, dont le mythique “code nucléaire”. Fait inédit: la nouvelle Première dame, Valérie Trierweiler, s’est dans le même temps entretenue en tête-à-tête avec Carla Bruni-Sarkozy. Le couple Sarkozy s’est ensuite rendu à son domicile du XVIe arrondissement de Paris.

Pour son premier discours à l’Elysée, M. Hollande, qui venait de recevoir la Grand-croix de la Légion d’honneur, a de son côté voulu adresser un “message de confiance” aux Français, en dépit du “poids des contraintes” de sa charge, à commencer par une “dette massive”. Il s’est d’emblée démarqué de la pratique du pouvoir de son prédécesseur, souvent décrit en “hyper-président”: “Je fixerai les priorités, mais je ne déciderai pas” de tout, “pour tout et partout”, a-t-il répété, sous les yeux, entre autres, d’anciens Premiers ministres socialistes. “Le pouvoir sera exercé au sommet de l’Etat avec dignité et simplicité”, a promis le nouveau président, soulignant que la France avait besoin “d’apaisement, de réconciliation” et d’un Etat “impartial”.

Quelques heures avant une première rencontre avec Mme Merkel, M. Hollande a aussi dit vouloir ouvrir “une voie nouvelle en Europe” et signalé la “nécessité” d’une “réciprocité” dans les échanges commerciaux de l’Union européenne avec l’extérieur. Après avoir reçu les honneurs militaires, sous la pluie, dans le jardin de l’Elysée, le nouveau président s’est rendu dans la salle des fêtes saluer les invités: corps constitués (dont les présidents du Sénat et de l’Assemblée), le doyen du corps diplomatique, des représentants des partenaires sociaux et une “trentaine” d’invités personnels, d’après son entourage.

Devant l’Hôtel des Invalides, 21 coups de canon (à blanc) ont été tirés. Au terme de cette séquence élyséenne, M. Hollande a entamé, sous une pluie battante, vers 11H45, une remontée des Champs-Elysées dans une Citroën DS5 décapotable, encadré de motards de la Garde républicaine. Devant un public clairsemé, lui-même détrempé par l’averse, il a rendu hommage au Soldat inconnu à l’Arc de Triomphe.

De retour à l’Elysée, M. Hollande a déjeuné dans le Salon des Portraits avec les anciens chefs de gouvernement socialistes, mais aussi le président PS du Sénat, Jean-Pierre Bel, et Yvette Roudy, qui fut ministre des Droits de la Femme sous François Mitterrand. Prenant le temps d’un bain de foule impromptu à sa sortie, M. Hollande a alors rejoint les Tuileries, où il a donné le ton de son hommage à Jules Ferry, ce “grand ministre de l’instruction publique” qui a commis une “faute morale et politique” en défendant la colonisation.

Il a tenu à faire valoir sa vision de l’école, “qui ne connaît comme critère de distinction que le mérite, le travail, l’effort”. “L’école, c’est l’arme de la justice, c’est l’arme de l’égalité républicaine (…). Voilà pourquoi j’ai décidé que priorité sera accordée aux écoles des quartiers populaires, ainsi qu’à celles de certaines zones rurales”, a-t-il clamé. M. Hollande a ensuite rendu hommage à Marie Curie, avant de se rendre à l’Hôtel de Ville de Paris.

A l’issue de cette cérémonie, le nouveau secrétaire général de l’Elysée annoncera le nom du Premier ministre. Jean-Pierre Jouyet, président de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et très proche de M. Hollande, a vendu la mèche mardi matin, avant de le regretter, en révélant que M. Ayrault, député-maire PS de Nantes, allait être nommé à Matignon.

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