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Hollande rappelle à l’ordre les ministres anti-austérité

François Hollande a opposé mercredi une fin de non-recevoir à ceux de ses ministres qui réclament une inflexion de lapolitique économique et budgétaire, en les rappelant fermement à l’ordre.

“Aucun ministre du gouvernement ne peut remettre en cause la politique qui est conduite, qui n’est pas l’austérité” : le président de la République a été explicite, mercredi, lors de son intervention face à la presse à l’issue du Conseil des ministres consacrée à la moralisation de la vie politique. Un avertissement qui n’est pas sans rappeler les propos de Jean-Pierre Chevènement en 1983, alors ministre, pour protester contre la parenthèse libérale : “un ministre, ça ferme sa gueule ; si ça veut l’ouvrir, ça démissionne”.

Depuis lundi, trois ministres – Benoît Hamon, Arnaud Montebourg et Cécile Duflot – se sont exprimés tour à tour dans les médias, pour manifester une volonté d’infléchir une politique d’austérité dirigée selon eux par l’Europe et en premier lieu par l’Allemagne de la chancelière Angela Merkel. “L’austérité”, a souligné François Hollande, “c’est quand on baisse les salaires, les prestations sociales, quand il y a la récession, quand il y a un chômage qui atteint 15-20% de la population” active. “La politique que je conduis est celle qui permet d’éviter l’austérité, de retrouver la croissance, à la condition du sérieux” a-t-il encore estimé, assénant : “le sérieux, c’est le cap, la croissance, c’est l’objectif, l’emploi, c’est l’exigence. Cette politique, elle a été fixée, je n’en changerai pas”.

Arnaud Montebourg, a affirmé dans Le Monde daté de mercredi que “le sérieux budgétaire, s’il tue la croissance, n’est plus sérieux. Il est absurde et dangereux. Il est donc plus que temps d’ouvrir le débat sur cette politique européenne qui conduit l’Union à la débâcle”. Cécile Duflot, dans une interview à Mediapart mardi, a jugé que des mesures “uniquement éthiques” ou “techniques” contre la fraude fiscale ne suffiront pas à répondre à la crise politique suscitée par l’affaire de Jérôme Cahuzac et qu’on ne pouvait “pas considérer que le coup de rabot général soit une bonne méthode politique”.

Benoît Hamon est intervenu sur trois médias différents, pour dire combien il “redoutait” que “dans l’environnement qui est celui de l’Europe, les choix politiques de la France soient neutralisés par l’austérité mise en oeuvre en Europe”. Dans l’entourage de l’un des ministres concernés, on se défendait, après l’intervention du chef de l’Etat, de toute “offensive” orchestrée. “On n’est pas un courant du gouvernement où on déposerait une motion en Conseil des ministres”, ajoutait-on. “On a donné du contenu à l’expression tension amicale avec l’Allemagne” prononcée par François Hollande lors de son interview télévisée du 28 mars, précisait-on. Selon plusieurs sources, les trois ministres se sont vus dimanche dimanche soir. La ministre de la Justice Christiane Taubira était également présente à ce dîner.

Pourquoi une telle initiative ? Un membre du gouvernement la juge “incompréhensible”, notamment “dans le timing”. Le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, avait déjà, lui, mardi pris ses distances avec les déclarations de M. Montebourg, plaidant pour une “approche équilibrée” entre réduction des déficits et soutien à la croissance. Depuis l’élection de François Hollande à l’Elysée, la ligne économique choisie par le président donne lieu de manière récurrente à des débats au sein du gouvernement avec les tenants d’une ligne plus à gauche, dont Arnaud Montebourg, qui était arrivé en troisième position à la primaire socialiste en se présentant comme le chantre de la démondialisation.

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