Subscribe

Hollande signe la fin du socialisme à la française

EDITO. L’ultime chef d’Etat en Europe qui se réclamait encore du socialisme, y aura formellement renoncé le 13 janvier dernier. En paroles du moins. Mais en politique, les mots comptent autant que les actes : François Hollande se déclarant social-démocrate, et non plus socialiste, a mis un terme à une longue exception française. Car en France seulement, le Parti socialiste s’était toujours refusé à abdiquer son passé marxiste et son alliance préférentielle avec le Parti communiste, au rebours des partis socialistes espagnols, italiens, allemands ou scandinaves. A quoi tenait cette exception française ? Depuis deux siècles, la gauche en France se pose en héritière de la révolution de 1789 qui reste perçue et enseignée de manière positive. Il fallait donc que les socialistes se prétendent révolutionnaires pour puiser dans l’histoire nationale une légitimité non contestable. Jusqu’au revirement de François Hollande, tous les dirigeants socialistes français ont toujours prétendu vouloir parachever l’œuvre républicaine et égalitaire de la Révolution.

Franchir le seuil symbolique du Socialisme à la Social-démocratie revient à accepter l’économie de marché. Voici donc les entrepreneurs privés, ennemis d’hier (“La finance est mon ennemi”, déclarait Hollande candidat), promus, au rang de partenaires à qui le président français propose un “Pacte de responsabilité”. Derrière ces termes, il restera évidemment à passer aux actes. Il n’empêche, les socialistes français sont enfin devenus des Socialistes européens, comparables aux Allemands ou aux Italiens, réconciliés avec la réalité economique . Il aura donc fallu deux ans au Parti socialiste français pour découvrir que l’Etat ne crée ni richesses ni emplois : seuls les entrepreneurs y parviennent. C’est ce qu’un certain Jean-Baptiste Say, le premier professeur d’économie de l’Université française, avait écrit dès 1803. François Hollande, dont j’ignore s’il a lu Jean-Baptiste Say (il est peu enseigné en France et mieux connu aux Etats-Unis), y aura implicitement fait référence lors de sa conférence du revirement : il admit que “l’offre” des entrepreneurs était le seul moteur de la croissance, ce que l’on appelle universellement “la loi de Say”.

Que reste-t-il des socialistes dès l’instant où ils renoncent à remplacer le capitalisme par une économie planifiée et étatisée ? Faire régner la justice, l’égalité par la redistribution partielle des revenus et l’accès généralisé à l’éducation ? Certes, mais les partis de droite partagent cette même ambition. Faute de vouloir détruire le capitalisme, il reste à la gauche à transformer à ce qu’elle considère être la morale bourgeoise, la culture classique et l’héritage judéo-chrétien. Etre de gauche, c’est se poser contre tout cela. François Hollande le démontre : rallié à l’économie de marché, il reste de gauche  par sa volonté emblématique de légaliser le mariage homosexuel ; depuis lors, 7 000 couples homosexuels en France se sont mariés. Réduira-t-on la social-démocratie française et européenne à la légalisation du mariage homosexuel ? Ce serait caricatural. Pour redéfinir la gauche, en France, il convient d’adopter quelque recul historique. Le socialisme, la social-démocratie ne sont en réalité que des moments provisoires dans l’histoire de la gauche. La gauche existait avant le socialisme : au Siècle des Lumières en France, la gauche se définissait par opposition à l’absolutisme des monarques et des Eglises. Dans l’avenir, après que le socialisme aura été définitivement enfoui par la realité économique , la gauche comme philosophie et attitude ressurgira sous des dénominations nouvelles.

Etre de gauche reviendra toujours à considérer que l’on peut changer la nature humaine, par l’éducation comme l’estimait Jean-Jacques Rousseau, par la contrainte chez Robespierre, pour édifier une société nouvelle et forcément meilleure. Tandis qu’être de droite, ainsi que le formulèrent les libéraux de France dès le XVIIIe siècle, c’est tenter d’améliorer la société en acceptant “l’homme tel qu’il est”. L’histoire contemporaine, pour l’instant, donne raison à ces libéraux ; le miracle libéral en Europe, car l’Europe est un édifice foncièrement libéral, est d’avoir instauré la paix sur le continent, une relative prospérité et une relative équité, en acceptant les hommes tel qu’ils sont, bons et mauvais et tous différents. Mais la gauche n’a pas dit son dernier mot.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related