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“Hors-la-loi”, efficace thriller politique sur fond de conflit algérien

Très attendu à Cannes après avoir suscité des réactions de rejet, “Hors-la-loi” est un efficace thriller politique qui suit trois frères déchirés par la guerre d’Algérie, une lutte d’indépendance que le cinéaste franco-algérien Rachid Bouchareb dépeint comme sale, mais juste.

Dans la soirée, ses acteurs Jamel Debbouze, Sami Bouajila, Roschdy Zem et Bernard Blancan devaient fouler le tapis rouge, quatre ans après leur prix d’interprétation collective pour “Indigènes”.

Le film a été montré dans des conditions de sécurité renforcées par crainte de troubles. Quelque 1.400 anciens combattants, harkis, pieds noirs et partisans du Front national ont manifesté, dénonçant sans avoir vu le film, sa vision “tronquée” de l’Histoire.

Tourné dans quatre pays (Algérie, Tunisie, France, Belgique) pour 20 millions d’euros, c’est “aussi un western”, a affirmé Rachid Bouchareb, estimant que son film était “d’abord une grande saga” au propos universel.

“Ce film est fait pour le public qui aime le cinéma, il est destiné au monde entier, je ne l’ai pas fait pour une communauté ou une catégorie”, a déclaré le cinéaste. “C’est du cinéma et que du ci-né-ma ! si après le public a envie d’aller plus loin c’est son choix, mais le film propose plusieurs entrées, il y en a pour tous les spectateurs”, a-t-il ajouté.

A Sétif en 1925, les Souni, de modestes agriculteurs algériens sont expropriés car leur voisin français possède un titre de propriété sur leurs terres. Chassés, humiliés, ils jurent de revenir un jour.

On retrouve leurs trois fils, Messaoud (Roschdy Zem), Abdelkader (Sami Bouajila) et Saïd (Jamel Debbouze) devenus adultes, le 8 mai 1945.

En ce jour de célébration de la victoire des forces alliées sur l’Allemagne nazie, c’est la liesse en métropole, mais à Sétif (à l’est d’Alger) les festivités tournent au bain de sang : parce qu’un drapeau algérien a été brandi accompagné d’appels à l’indépendance, les soldats ouvrent le feu et les cadavres de manifestants jonchent les rues.

Ce drame scelle les destins des trois frères. Alors qu’Abdelkader l’intellectuel purge une peine à la prison de la Santé pour ses activités politiques, Messaoud le combattant rejoint les troupes françaises en Indochine. Le plus jeune, Saïd, et leur mère (Chafia Boudraa) émigrent en France.

Logé au bidonville de Nanterre, Saïd fuit le travail à l’usine et devient un petit malfrat. Libéré, Abdelkader recrute pour le Front de libération nationale (FLN) qui prône la lutte armée et fait bientôt de son frère aîné, l’ex-soldat Messaoud, un tueur chargé de décimer les rangs du mouvement rival, le Mouvement national algérien (MNA) de Messali Hadj, jugé trop modéré par le FLN.

De son côté Bernard Blancan campe un ex-résistant, chef de la Direction de la surveillance du territoire (DST) chargé de réprimer en métropole, les “actions terroristes” commises, selon les actualités de l’époque, par des “éléments fanatisés de la population musulmane” opposés à la “pacification” en Algérie.

Prenant sans ambiguïté le point de vue d’un peuple algérien dont la lutte d’émancipation va dans le sens de l’Histoire, Bouchareb signe un film d’action efficace, sur toile de fond d’une sale “guerre sans nom”. Il montre aussi le soutien apporté par certains Français au FLN.

Imprégnés d’idéologie révolutionnaire et anticolonialiste, les partisans du FLN y exécutent d’autres Algériens et se lancent dans des actions terroristes. Bouchareb dépeint aussi la violence des forces de l’ordre française et évoque brièvement la vaste répression de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961, à Paris, qui fit entre plusieurs dizaines et 200 morts.

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