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“Hors-la-loi”, un thriller politique sur fond de conflit algérien

Efficace thriller politique, “Hors-la-loi”, qui sort mercredi, suit le destin de trois frères déchirés par la guerre d’Algérie, une lutte d’indépendance que le cinéaste franco-algérien Rachid Bouchareb dépeint comme sale, mais juste.

Présenté à Cannes en Sélection officielle en mai dernier, le film avait suscité tant de controverses – l’extrême droite et des associations de rapatriés l’accusaient de “falsifier” l’Histoire – qu’il avait fallu ce soir là renforcer la sécurité autour du palais des festivals. En cause, l’évocation des massacres de Sétif (à l’est d’Alger) le 8 mai 1945 et dans la semaine qui a suivi perpétrés par l’armée française et les colons qu’elle avait armés.
Tourné dans quatre pays (Algérie, Tunisie, France, Belgique) pour 20 millions d’euros, le film se revendique du genre “film de gangsters”, affirment Rachid Bouchareb et son producteur, Jean Bréhat. A Sétif en 1925, les Souni, de modestes agriculteurs algériens sont expropriés car leur voisin français possède un titre de propriété sur leurs terres. Chassés, humiliés, ils jurent de revenir un jour.
Quelques années plus tard, on retrouve leurs trois fils, Messaoud (Roschdy Zem), Abdelkader (Sami Bouajila) et Saïd (Jamel Debbouze) devenus adultes, le 8 mai 1945. En ce jour de célébration de la victoire des forces alliées sur l’Allemagne nazie, c’est la liesse en métropole, mais à Sétif les festivités tournent au bain de sang: un drapeau algérien est brandi, accompagné d’appels à l’indépendance, les soldats ouvrent le feu et les cadavres de manifestants jonchent les rues.
Ce drame scelle les destins des trois frères dont le père et les soeurs sont tués ce jour-là, trois hommes très dissemblables.

Abdelkader, l’intellectuel idéaliste, purge une peine à la prison de la Santé à Paris pour ses activités politiques, Messaoud part combattre avec les troupes françaises en Indochine et le plus jeune, Saïd convainc leur mère (Chafia Boudraa) d’émigrer en France. Logé au bidonville de Nanterre – une reconstitution très forte -, Saïd fuit le travail à l’usine et devient un petit malfrat qui rêve d’organiser des combats de boxe. Libéré, Abdelkader recrute pour le Front de libération nationale (FLN) qui prône la lutte armée et fait bientôt de son frère aîné, l’ex-soldat Messaoud, un exécuteur de ses basses oeuvres, chargé de décimer les rangs du mouvement rival, le Mouvement national algérien (MNA) de Messali Hadj, jugé trop modéré par le FLN.
De son côté Bernard Blancan campe un ex-résistant, chef de la Direction de la surveillance du territoire (DST) chargé de réprimer en métropole les “actions terroristes” commises, selon les actualités de l’époque, par des “éléments fanatisés de la population musulmane” opposés à la “pacification” en Algérie.
Prenant sans ambiguïté le point de vue d’un peuple algérien dont la lutte d’émancipation va dans le sens de l’Histoire, Bouchareb signe un film d’action efficace, sur toile de fond d’une sale “guerre sans nom”, qui sortira en Algérie le 30 septembre.
Le film montre aussi des Algériens qui en exécutent d’autres et le soutien apporté par certains Français au FLN.

Dans l’esprit de Rachid Bouchareb et de son complice, Jean Bréhat, “Hors la Loi” est le deuxième film d’une trilogie entamée avec “Indigènes”, et qu’ils espèrent boucler avec un troisième volet sur l’immigration.

 

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