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Hubert Haddad, la poésie de l’écriture

De passage à New York, l’écrivain et poète d’origine tunisienne, Hubert Haddad, nous a parlé du monde, de son monde et de son roman, Palestine (ed. Zulma), Prix des cinq continents de la Francophonie 2008. Rencontre avec un amoureux de la langue française.

Les semaines devraient toutes commencer par une rencontre avec un “poète”. De passage à New York dans le cadre d’une tournée américaine, Hubert Haddad nous présente son roman, Palestine, Prix des cinq continents de la Francophonie 2008 (ed. Zulma). Ecrivain français d’origine judéo-berbère né en Tunisie, cet intellectuel militant des droits de l’homme, utilise sa culture arabe comme matière de ses romans. La réalité politique se mêle à l’imagination du romancier et surtout à la poésie de l’écriture. “La poésie est première. J’ai commencé à écrire des poèmes vers 15 ans et j’ai publié une dizaine de livres de poésie”.

Ce roman a été motivé par le frère de l’écrivain, Michel. “C’est un des personnages à la fois absent et omniprésent de Palestine. Mon frère a vécu en Israël, toute l’histoire du roman est née de sa vie”. Ce roman raconte l’histoire de Cham, un soldat israélien qui perd la mémoire au cours de l’assaut d’un commando palestinien. Survivant en keffieh, il est recueilli par deux palestiniennes, Asmahane et Falastin, qui lui redonnent une identité. Devenu Nessim, il découvre les souffrances du peuple palestinien avant d’en épouser la cause.

Hubert Haddad explique qu’il avait besoin d’écrire ce livre depuis longtemps pour “penser une situation qu’on abordait uniquement par la polémique, le manichéisme, la politique, toujours de manière conclusive et arbitraire”. Palestine plonge le lecteur au cœur du conflit israélo-palestinien avec l’humain au centre du propos. “Tout d’un coup on essaye de penser l’humain, de laisser vivre des personnages et d’être en empathie, sans jugement”.

Débarqué de sa Tunisie natale à l’âge de cinq ans, il découvre le quartier de Ménilmontant à Paris en même temps que la langue française. L’arabe étant interdit à la maison, le français devient pour le jeune Hubert, un refuge dans lequel il se réinvente un monde. “L’écriture est le redoublement de l’exil. Alors que l’exil  créé une interrogation, un écart sensible qui est source de poésie, d’interrogation, l’écriture est la quête d’un contact originel perdu. C’est dans le français que tout a pu se reconstituer, se mettre en place”.

“Dans la Francophonie, j’ai ma place”

L’écrivain manie la langue française avec une délicatesse proche de la poésie. Celle-ci permet “de penser hors des cadres manichéistes et polémiques”.  Démarche récompensée en 2008 par l’Organisation internationale de la Francophonie qui a primé Palestine. Le jury avait distingué une ” fable politique en français, qui parle l’arabe et l’hébreu, où l’écriture lyrique se mêle au sens aiguë du réel.” Pour Hubert Haddad, la francophonie lui a permis de se définir en tant qu’écrivain. ” Le monde littéraire n’arrivait pas à me situer, j’étais tunisien pour les uns, parisien ou juif pour les autres. Tout à coup, dans la francophonie, j’ai ma place”, se félicite-t-il.

Pour cet amoureux de la langue française, la francophonie ne se limite pas aux frontières de l’hexagone, car “c’est inventer la langue française en l’enrichissant par des apports étrangers”. Cela ne l’empêche pas de critiquer le “jacobinisme” du marché de l’édition française. “Pour qu’un auteur soit connu, il faut qu’il soit publié à Paris. Aujourd’hui, il faut nécessairement être légitimé par Paris. C’est problématique”, regrette Hubert Haddad.

Hubert Haddad, Palestine, Editions Zulma, 156p., 2009

 

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