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Hunga Dunga: la maison des gens heureux

Flashback sur l’été 1971, période où un chanteur français, barbu et chevelu, a vécu à San Francisco dans une maison peuplée de lumière et peuplée de fous.

«World of Hippies». L’inscription sur son t-shirt annonce la couleur. Phil Polizatto (le Phil à la Kena de la chanson «San Francisco» de Maxime Le Forestier), la soixantaine et les cheveux gris, est plus vrai que nature. «Être hippie, c’est un état d’esprit», s’empresse-il d’affirmer au cours d’une rencontre dans un salon de thé situé à quelques mètres de la maison bleue. Dans «Hunga Dunga»1, ouvrage dans lequel il conte l’histoire de la communauté hippie qui vivait dans la maison bleue dans les années 70, il consacre quelques pages à Maxime Le Forestier, jeune chanteur français qui passait l’essentiel de son temps affalé dans un fauteuil du salon à griffonner des notes dans un carnet.

«Comme nous vivions en communauté, certains reprochaient à Maxime de ne pas participer aux tâches ménagères et d’être paresseux», raconte Phil Polizatto. «Et ce n’est donc que bien plus tard que nous avons réalisé que Maxime était sans doute celui de nous qui avait le plus contribué à propager notre message», précise Phil. «Nous espérions que notre mode de vie inspirerait de nombreuses personnes mais nous n’avons jamais cherché à faire de prosélytisme. Dans «San Francisco», chanson magnifique et empreinte de poésie, Maxime a capturé l’essence et l’esprit d’Hunga Dunga2», résume Phil, la voix chargée d’émotion.

«A San Francisco, j’ai découvert que la liberté existait», confie Maxime Le Forestier dans son autobiographie3. A l’âge de 22 ans, le chanteur débarque à San Francisco, en compagnie de sa sœur Catherine, à l’invitation de Luc Alexandre, un acteur belge, croisé peu de temps auparavant à l’occasion d’un festival. A l’époque, Luc vivait dans une grande maison bleue au numéro 3841 de la 18e rue dans le quartier de Castro. Maxime et Catherine découvrent à leur arrivée «une maison bondée de hippies et d’insoumis, sans tabous sexuels ni d’aucune sorte, qui mangeaient bio et végétarien pour prendre le contre-pied de l’Amérique des hamburgers», écrit Maxime Le Forestier.

«C’était un mec adorable et très cultivé», se souvient Larry Brinkin, l’un des membres fondateurs d’Hunga Dunga qui raconte avoir passé des nuits entières à discuter de politique et notamment de la guerre du Vietnam avec le chanteur. «On m’avait dit qu’il commençait à se faire un nom en France mais Maxime n’était ni snob, ni prétentieux. C’était juste un hippie comme les autres», assure-t-il

Dans son autobiographie, Maxime Le Forestier précise pourtant n’avoir jamais adhéré à une philosophie ou à un mode de pensée collectif. «C’est d’ailleurs un paradoxe parce qu’entre 1972 et 1975 je suis devenu une des figures de proie des hippies français», constate-t-il. Larry Brinkin, hippie au crâne aujourd’hui dégarni, ne semble pas s’en offusquer. «Je suis très ému par le fait que la chanson occupe une place si importante dans le cœur des Français. J’ai l’impression que nous avons ainsi contribué à notre manière à rendre le monde meilleur et que grâce à cette chanson, les gens ont pu envisager une autre façon de vivre».

Quant à Psylvia Gurk, qui, la soixantaine passée, a gardé l’esprit et le look baba cool, elle avoue avoir été très surprise d’entendre son prénom dans la chanson de Maxime Le Forestier. Lors du séjour du chanteur dans la maison bleue en 1971, Psylvia était en voyage et ne l’a donc pas rencontré. «J’ai toujours pensé qu’il m’avait simplement incluse dans sa chanson parce que j’avais changé l’orthographe de mon nom en y ajoutant un P», assure-t-elle en riant. Pourtant, dans l’esprit de Maxime Le Forestier, Psylvia, même absente, restait l’égérie des lieux.

Psylvia, Larry et Phil ont retrouvé le chanteur en pèlerinage à San Francisco le 23 juin dernier le temps d’un déjeuner chez Chow, bistro du quartier de la maison bleue. « L’épidémie du sida a emporté la plupart des habitants de la maison bleue (dont Lizzard et Luc) mais le retour de Maxime Le Forestier à San Francisco, quatre décennies après ce voyage initiatique, montre que les valeurs hippies sont loin d’être enterrées. La maison bleue a retrouvé son habit de l’été 1971, preuve ultime que «l’esprit d’Hunga Dunga va perdurer», jure Phil.

Sur le même sujet: La maison bleue de Maxime Le Forestier a retrouvé sa couleur d’antan

http://www.france-amerique.com/articles/2011/06/23/la_maison_bleue_de_maxime_le_forestier_a_retrouve_sa_couleur_d_antan.html

 

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