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“Il y a en France un manque de considération envers les sports féminins”

Joueuse vedette de la sélection américaine de football féminin, l’ailière Megan Rapinoe vient de passer six mois sous les couleurs de la meilleure équipe française, l’Olympique Lyonnais. Pour France-Amérique, la californienne revient sur son passage dans l’Hexagone et livre ses impressions sur son expérience sportive et humaine.

France-amérique : Vous venez de passer six mois en France dans la meilleure équipe du championnat, l’Olympique Lyonnais. Pouvez-vous revenir sur la raison de votre arrivée sur les bords du Rhône ?

Megan Rapinoe : Après les Jeux Olympiques de Londres l’an dernier, j’ai été approché par plusieurs dirigeants de clubs européens, dont ceux de l’Olympique Lyonnais. L’idée de venir en Europe me plaisait beaucoup, j’ai donc décidé d’étudier les offres qui m’ont été faites. J’ai tout de suite aimé le projet de l’OL, et nous nous sommes rapidement entendus sur un contrat de six mois l’hiver dernier. Je suis donc arrivé à Lyon au mois de Janvier et c’est là que tout a démarré. Six mois de folie dans la meilleure équipe de football féminin d’Europe.

Pourtant, vous débarquez dans une ville que vous ne connaissez absolument pas, sans parler un seul mot de français…

Oui, ça a été un peu compliqué au début. Je ne connaissais rien à la ville, en dehors de petites lectures que j’avais faites sur Internet et de visionnage de quelques vidéos, et je ne parlais pas un seul mot de français. Il faisait froid, et pour une fille née en Californie comme moi, ce n’est pas l’idéal. Le club m’a fourni un logement au centre-ville et j’ai pu m’y installer tranquillement. Les premiers jours ont été un peu compliqués, mais je m’attendais à vivre cela. J’ai ensuite décidé de partir à la découverte de la ville par moi-même. Tous les jours, je me baladais dans les rues de Lyon après les entrainements pour connaître cet endroit qui m’était complètement inconnu. Je prenais aussi des bus touristiques pour me “perdre” un peu, c’était génial. J’étais toujours en vadrouille. Je crois qu’aujourd’hui, je connais bien mieux Lyon que l’ensemble de mes anciennes coéquipières.

En six mois, vous avez eu le temps de découvrir Lyon. Qu’est ce qui vous a plu dans cette ville ?

L’ambiance générale, l’architecture, les gens, bref…un peu tout. C’est une ville superbe qui respire l’Histoire. Il y a tellement de jolis endroits à visiter, il y a tout ce que j’aime dans une ville. Des musées, des bars et restaurants de grande qualité, une vie culturelle dynamique, c’est vraiment très vivant. Je suis tombé amoureuse de Lyon. J’ai pu lors de ces six mois faire des choses que je n’avais jamais faites auparavant. Aller à l’opéra par exemple. Je n’y avais jamais été, et j’ai décidé d’y aller lorsque mes parents sont venus me voir. C’était juste sublime. J’ai aussi découvert la gastronomie française. J’aime le vin et la bonne nourriture et j’ai pu gouter plusieurs spécialités lyonnaises lors de mes différentes sorties. Mais mon meilleur souvenir reste dans l’un des restaurants de Paul Bocuse. C’était tout simplement l’un des meilleurs repas de ma vie. J’en ai encore l’eau à la bouche. Je comprends aujourd’hui pourquoi les Français sont aussi fiers de leur gastronomie.

Vous avez la réputation d’être une personne extravertie, contrairement à l’entraineur de l’équipe, Patrice Lair. Comment s’est passée votre première rencontre avec le technicien ?

Il me connaissait un peu avant que j’arrive à Lyon. Je suis une personne entière, extravertie et assez blagueuse. Je sais être sérieuse, mais j’aime aussi faire rire mes coéquipières. Patrice est un superbe entraineur, un technicien hors pair. Notre première rencontre a été plutôt marrante. Je ne parlais pas français, il ne parle quasiment pas anglais et nos caractères sont diamétralement opposés. Je vous laisse imaginer la situation. Mais le courant est très vite passé entre nous, parce que nous sommes deux professionnels qui partageons la même soif de vaincre. Je pense que plus d’une fois il a dû se dire que j’étais un peu folle, mais je pense qu’il m’aime bien même si nous communiquions de manière assez rudimentaire.

Connaissiez-vous certaines joueuses lyonnaises avant d’arriver ?

Oui, j’en connaissais quelques unes comme Louisa Necib, Camille Abily et Sonia Bompastor par exemple. J’avais déjà joué contre elles à plusieurs reprises sous le maillot de la sélection nationale ou dans le championnat américain il y a quelques années en arrière. Je savais que l’équipe était d’un très haut niveau et qu’elle ne manquait pas de talent. Je n’ai pas été surprise de ce côté-là. C’est peut-être la meilleure équipe, avec la sélection américaine, pour laquelle j’ai joué jusqu’à présent.

Au cours de vos six mois passés sous les couleurs de l’OL, vous réalisez le doublé Championnat-Coupe de France avant de perdre en finale de la Ligue de Champions…

Nous avons réussi à faire le doublé, c’est tout simplement extraordinaire. L’équipe a encore survolé le championnat et notre victoire en finale de la coupe de France face à Saint-Étienne reste un souvenir mémorable. Malheureusement, le triplé nous a filé entre les doigts après notre défaite en finale de la Ligue des champions face aux Allemandes de Wolfsburg. Je reste convaincue que notre équipe est meilleure, mais ce jour-là, les dieux du football en ont décidé autrement.

Durant votre séjour hexagonal, avez-vous constaté des différences notables entre la France et les Etats-Unis dans la manière dont le sport est vécu ? La culture sportive française est-elle différente de la culture sportive américaine ?

Il y a quelques petites différences, mais le sport est vécu avec autant de passion en France qu’aux Etats-Unis. Je pense qu’il y a encore en France un manque d’acceptation et de considérations envers les sports féminins par exemple, un certain machisme ambiant. La situation va être amenée à évoluer, mais j’ai ressenti que l’homme “dominait” très souvent. Du côté des supporters, l’engouement est à peu près identique. Nous avons disputé des rencontres devant 10 000 spectateurs, c’était vraiment sensationnel. Tant en France qu’au États-Unis, les gens s’intéressent au sport, c’est un élément central dans la vie quotidienne d’une grande partie de la population.

Dans quelques semaines, vous retournerez disputer le championnat américain durant l’été avec l’équipe de Seattle. Pensez-vous revenir à l’OL dans les mois à venir ?

J’aimerais vraiment retourner à l’OL, mais je dois encore en discuter avec le club et mon agent. J’ai vécu une expérience extraordinaire à Lyon, et je souhaiterais essayer de prolonger l’aventure en France. Je suis encore jeune et même si cela n’est pas toujours facile de partir vivre à l’étranger, je veux profiter d’être une sportive professionnelle pour vivre ce genre d’expérience. Je ne pourrais sûrement pas le faire dans dix ans, donc autant le faire maintenant. Il est encore trop tôt pour en parler, mais l’idée de porter à nouveau le maillot de l’OL me plairait beaucoup. La France me manque tellement !

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