Subscribe

Investir aux États-Unis, des repères pour les PMI

Les entrepreneurs français qui décident d’investir aux États-Unis manquent souvent de repères pour naviguer dans un environnement fiscal et juridique très différent. D’où l’intérêt de consulter un avocat et un comptable pour démarrer l’aventure américaine sur de bonnes bases. Paroles d’experts.

Stephen Kramer adore son travail. Avocat-conseil partenaire dans la firme Phillips Nizer, il a été engagé il y a trois ans pour créer et développer le French Desk. Plutôt qu’un secteur particulier, il a choisi de cibler les petites et moyennes entreprises et industries françaises (PME PMI) dont les sièges sociaux se trouvent souvent en province. Autant d’occasions pour cet Américain francophile d’une élégance presque britannique, de fuir son bureau de la 6e avenue à New York pour rendre visite à ses clients en France. Selon lui, les chefs d’entreprise français qui ouvrent une filiale ou montent une start-up aux États-Unis font souvent l’erreur de calcul grave d’essayer d’économiser sur les frais d’avocats et experts-comptables. « Ils ont dû mal à comprendre qu’il ne faut pas considérer ces dépenses comme des frais mais plutôt des investissements », regrette-t-il.

Même son de cloche chez les experts-comptables spécialisés dans l’accompagnement aux États-Unis des entrepreneurs français, qu’il s’agisse d’opérations de fusion, d’acquisition, d’implantation de filiale ou de start-up puis de suivi. « Ceux qui veulent économiser et font des mauvais choix fiscaux et juridiques finissent par payer plus d’impôts », prévient Adriana Agbo, partenaire dans le cabinet Constantin basé à New York. Elle rappelle par exemple qu’aux États-Unis il existe plusieurs niveaux de fiscalité, le niveau fédéral bien compris en général, mais aussi un second, différent selon les États, avec des cas particuliers dans certaines ville comme New York.

Le montant des prestations qui peuvent atteindre 500 dollars de l’heure, notamment à New York, pour s’assurer les services d’un avocat ou d’un expert-comptable ont souvent un effet choc sur les nouveaux venus. Conscients de prêcher pour leur paroisse, ils préfèrent généralement laisser aux intermédiaires ou facilitateurs comme Ubifrance porter ce message et leur servir de référents. « L’objectif est d’éviter de rencontrer des problèmes après un an ou deux ans d’activité quand il devient beaucoup plus coûteux ou difficile de changer de structure », analyse Adriana Agbo.

Pour éviter les mauvaises surprises, la meilleure solution, surtout pour les PME et PMI, serait d’installer à la tête de la filiale aux États-Unis une direction bi-nationale avec un Français familier avec la culture d’entreprise et un Américain connaissant le terrain, qui se partageraient les tâches et resteraient constamment en contact. C’est en tout cas un des conseils d’Emmanuel Jaegle fondateur de Jade Associates, un cabinet d’experts-comptables présent à Miami, New York et San Francisco. « Une stratégie qui permet d’éviter des erreurs grossières. Comme celles de marques pourtant solides et reconnues en France obligées de fermer au bout d’un an leurs boutiques aux États-Unis parce que leurs produits sont mal adaptés au marché américain. La meilleure chose à faire c’est de tâter le terrain d’abord pendant une année. » Les statistiques sont d’ailleurs parlantes : certains cabinets voient 90 % de leurs clients repartir au bout d’un an, 50 % au bout de deux ans.

Des patrons français frileux

Stephen Kramer qui opère souvent en tant que directeur juridique des filiales américaines de ses clients français est persuadé que ce taux d’échec explique, en partie, la frilosité des entrepreneurs français quand il s’agit d’investir aux États-Unis. « C’est vrai que les histoires d’échecs parfois spectaculaires impressionnent beaucoup. Mais par nature les patrons français sont frileux, soupire-t-il. Même quand tout va bien. Au moment de l’euro fort ils ont été paralysés par l’idée que leurs produits étaient trop chers alors que c’était le moment d’acheter des droits de licences, de compléter leur offre de produits avec des technologies croisées ou une nouvelle gamme, d’implanter des unités de fabrication… », énumère-t-il. « Bref de faire des investissements aux États-Unis. »

Stephen Kramer avoue que dans ces conditions il est parfois difficile de conseiller ses clients mais il se console en évoquant les liens d’amitiés qu’il a développés avec la majorité d’entre eux. « L’aspect humain est primordial pour les Français… Les arts de la table sont une manière de tester une personne, » plaisante-t-il dans un français parfait. Il déplore par contre le peu de cas que font les Français du business plan, un outil qui permet d’évaluer clairement les risques mais aussi le potentiel d’une expansion aux États-Unis. Une particularité qu’il n’est pas seul à avoir remarqué… « Le business plan est vraiment primordial car il remet les pendules à l’heure, souligne Adrianna Agbo. On pense qu’aux États-Unis tout est plus flexible mais la connaissance du produit qu’on vend n’est pas suffisante. Il faut avoir conscience des obligations, des coûts de fonctionnement… C’est rarement le cas pour les PME ou les start-up. »

Le business plan est également une pièce à fournir obligatoirement aux services d’immigration pour faire, par exemple, les demandes de visas des employés détachés. La version présentée à l’office de l’immigration est d’ailleurs souvent une version plus optimiste que la version « réelle », généralement plus prudente. Car en ces temps de crise la prudence est de mise. Le cabinet d’Emmanuel Jaegle, a beaucoup de nouveaux clients « mais ils se sont manifestés en septembre avant la crise… », précise-t-il aussitôt. Il a noté que les clients plus anciens lui demandaient d’être « plus près des chiffres ». Chez Constantin, l’activité n’a pas baissé mais les demandes sont différentes avec moins de conseils aux start-up. De son côté Stephen Kramer affirme que la récession n’a pas encore affecté sa compagnie qui vient même d’embaucher deux associés afin d’élargir le portefeuille de clients investissant dans le domaine de l’environnement. Tous les projets d’entrée en bourse supervisés par sa firme se sont arrêtés net, mais deux ou trois « petits » dossiers d’acquisition de 2 ou 3 millions de dollars viennent d’atterrir sur son bureau.

« Si certains ne résistent pas, d’autres ont su réagir et comprendre qu’il y avait de sacrées opportunités à saisir, avec des loyers et des salaires parfois 30 % plus bas qu’il y a six mois », analysait en avril Frédérick Blanchard associé dans le cabinet d’experts-comptables KVB Partners basé à New York. « C’est un climat favorable pour les entreprises qui ont du cash et qui n’ont pas besoin des banques. » Le banquier étant en principe le troisième partenaire.

www.kvbpartners.com

www.jade-associates.com

www.constantin.com

www.phillipsnizer.com

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *