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Iowa : bras de fer entre des salariés et leur patron français

Les ouvriers de l’entreprise française de meunerie de maïs Roquette, implantée à Keokuk, en Iowa, n’ont plus accès à leur poste de travail depuis le 28 septembre dernier. Direction et salariés ne parviennent pas à s’entendre sur les termes du futur contrat de travail.

A Keokuk, petite bourgade de 10 000 habitants dans l’Iowa, deux cent quarante ouvriers sont privés de travail. Une situation délétère qui s’éternise depuis le 28 septembre. Roquette, entreprise française de meulerie de maïs leader européen de l’amidon, soumet en effet ses employés à un lock-out les empêchant d’entrer dans l’usine. Ce moyen de pression, parfaitement légal aux Etats-Unis, incite les ouvriers, qui ne reçoivent que 40 % de leur salaire, à accepter les compromis réclamés par leur direction.

Il y a trois mois, la direction de Roquette America propose un nouveau contrat de travail à ses employés. Les négociations coincent sur la question des salaires. L’entreprise « s’engraisse sur le dos des salariés, auxquels on demande de faire des concessions », estime Steve Underwood, le président du syndicat (Union) qui représente les 240 ouvriers. Dominique Taret, président de Roquette America, ne nie pas la rentabilité de l’entreprise, mais invoque un « changement de culture ». « Nous souhaitons introduire la notion de performance dans les salaires, or l’Union veut des salaires fixes », explique t-il.  Pour le bureau local du syndicat BCTGM, (boulangers, pâtissiers, travailleurs du tabac et meuniers), l’idée de « geler les revenus horaires, en n’offrant qu’un petit pourcentage de bonus basé sur le rendement », est inadmissible.

Des raisonnements aux antipodes

Le nouveau contrat portera sur les quatre prochaines années, et concerne également une participation de 17 % supplémentaires des salariés aux frais d’assurance maladie, notamment. Le syndicat ne relâche pas la pression. Les ouvriers privés de travail ne souhaitent pas signer à n’importe quel prix. Chaque jour, ils tiennent un piquet de grève devant l’usine pour « informer les travailleurs qui nous remplacent de la situation ». L’une de leurs manifestations a rassemblé plus de 800 personnes. Soutenus par la population locale et par un système d’entraide financière et alimentaire animé par le syndicat, ils « tiendront le temps qu’il faudra ».

L’usine fonctionne aujourd’hui avec des travailleurs temporaires. D’après Dominique Taret qui dit malgré tout souhaiter le retour des anciens ouvriers, l’usine « n’a jamais aussi bien fonctionné, sur les plans environnementaux, qualitatif et quantitatifs ». Roquette a pourtant eu à déplorer un sérieux problème environnemental, fin décembre. Selon Associated Press, l’usine aurait déversé 6000 gallons (près de 23 000 litres) de sirop de maïs dans le Mississipi. Pour les ouvriers grévistes, l’incident est dû à un manque de compétence de leurs remplaçants, formés à la hâte. Dominique Taret affirme que l’incident concernait « moins de 6000 gallons », avant d’ajouter : « On a toujours eu des problèmes d’environnement et de sécurité à Keokuk. Les gens savent que quoi qu’ils fassent, ils auront leur salaire à la fin du mois ».

Tenir sa place sur le marché

Malgré l’intervention d’un médiateur appelé à la rescousse par la direction, la marche vers un accord mutuel semble encore longue. Les deux parties ont des raisonnements aux antipodes. Les uns, conscients de la rentabilité de l’entreprise, souhaitent conserver leurs acquis. Pour eux, les salaires et les postes doivent être distribués en fonction de l’ancienneté dans l’entreprise. La direction de Keokuk estime de son côté que l’attribution des postes doit refléter les compétences. Dominique Taret, président de Roquette America, soutenu par la direction française basée à Lestrem dans le Nord-Pas-de-Calais, affirme également  « ne pas pouvoir garantir 2 % d’augmentation chaque année, mais quelle entreprise peut aujourd’hui le garantir ? ».

Il poursuit : « l’idée est de tenir notre place sur le marché, de la consolider, pas de grappiller quelques dollars par-ci par-là ». Et de revendiquer : « nous sommes une entreprise française, nous avons certaines valeurs ». C’est justement l’image des entreprises françaises aux Etats-Unis qui est en jeu en filigrane. Emmanuèle Van Houdenhoven, présidente de la Chambre de commerce franco-américaine de Chicago, rassure : « il s’agit d’une décision mûrement réfléchie de l’entreprise Roquette. La situation actuelle n’a aucune conséquence sur l’image des entreprises françaises aux Etats-Unis. L’entreprise a une vraie stratégie à long terme, les ouvriers se situent davantage dans le court terme ».

Des arguments que les ouvriers qui tiennent à leurs revendications au point de vivre de la moitié de leur salaire depuis trois mois, ne semblent pas prêts d’entendre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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