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Irène Némirovsky, une femme de lettres et de chair

Le Museum of Jewish Heritage de New York rend hommage jusqu’au 22 mars à Irène Némirovsky, l’écrivain de langue française et d’origine russe, morte en déportation en 1942. L’exposition qui lui est consacrée s’articule autour du manuscrit de Suite française, son best-seller posthume. Elle rend compte aussi de la polémique suscitée par la redécouverte de l’oeuvre et la personnalité complexe de cette femme de lettres dont on ne connaîtra jamais les derniers mots.

“ I am glad and I am sad ” (“Je suis heureuse et triste à la fois”). Denise Epstein, la fille ainée d’Irène Némirovsky, venue présenter l’exposition “ Woman of Letters ” (“Femmes de lettres)” qu’elle vient elle-même de découvrir, est une dame aux yeux vifs, droite et élégante… Emue, elle arrache presque le micro des mains de Sandra Smith la traductrice des œuvres de sa mère pour répondre elle-même à une question. Derrière elle, on aperçoit la statue de la Liberté. “ Pour moi c’est une aventure que ma mère soit le sujet d’une exposition, ici à New York ! ”, glisse-t-elle en ce mardi 23 septembre aux visiteurs du Museum of Jewish Heritage de New York.

Elle ne parlera pas beaucoup plus… Il est vrai que l’histoire d’Irène Némirovsky, écrivain née en Russie dans une famille juive refugiée en France, est devenue une aventure franco-américaine grâce à David Marwell, le directeur du Museum of Jewish Heritage. Un musée où l’on connaît le pouvoir d’évocation des objets. “ La première fois que j’ai vu le manuscrit de Suite française qui a été présenté aux Etats-Unis lors de la publication du livre ici , j’ai compris que j’étais en présence de quelque chose de magnifique, d’une puissance incroyable, explique David Marwell. Non seulement parce que ce cahier rendait compte du processus de création d’un écrivain mais aussi parce qu’il donnait à voir un contexte et une histoire profondément touchante. ”

Un destin révélé en 2004, lorsqu’est sorti en France le roman posthume d’Irène Némirovsky. Un roman inachevé que Denise et Elisabeth, deux petites filles de 5 ans et 13 ans terrorisées après l’arrestation de leur mère puis de leur père dans le village d’Issy–Lévêque, avaient conservé, de cachette en cachette, dans une valise qui ne les quittait pas.
Pendant une demi-siècle, cette valise est restée fermée, Denise et sa sœur cadette Elisabeth ne trouvant le courage de l’ouvrir. Elles pensaient y trouver un journal intime, elles découvrent un cahier décrivant l’exode et la panique sur les routes après l’invasion allemande de la France, des pages couvertes d’encre bleue qui, pour David Marwell, “ livrent un récit et un état d’esprit, celui d’Irène Némirovsky essayant d’économiser du papier, de l’encre et de gagner du temps…”

C’est autour de la valise et du manuscrit de Suite française, qui peut-être feuilleté dans sa version digitalisée que s’articule l’exposition “ Woman of Letters”. D’autres documents déchirants prêtées par l’Institut Mémoire de l’Édition contemporaine (Imec) que préside l’ancien ministre de la Culture Jack Lang sont montrés pour la première fois. Des témoignages qui, selon David Marwell, s’inscrivent totalement dans la mission du musée. Une opinion qui n’est pas partagée par tous dans la communauté juive. Car si le succès de Suite française a permis de redécouvrir un écrivain à la plume et au sens de l’observation parfois cruels, il a aussi mis au jour dans d’autres romans, salués à l’époque de leur sortie, une Irène Némirovsky très critique de son milieu, celui des exilés juifs russes. Et sa conversion au catholicisme en 1939 passe aujourd’hui, non pour le geste d’une mère tentant désespérément de sauver sa vie et celle de ses proches, mais pour un acte de trahison. Aux accusations d’antisémitisme ou de haine de soi, Denise Epstein répond tranquillement aujourd’hui qu’elles sont infondées, qu’elle « connaît la vérité ».

Cette controverse a été ravivée par la parution, en septembre en France, d’un article dans l’hebdomadaire l’Express, révélant que la directrice du musée d’Art et d’ Histoire du judaisme avait refusé d’accueillir une exposition consacrée à l’écrivain. Les membres du Collection and Exhibition Committee du Museum of Jewish Heritage ont quant a eux soutenu le projet porté par David Marwell à l’unanimité. Mieux : parmi les manifestations prévues autour de l’exposition, la parole sera donnée aux détracteurs de cette femme au destin fascinant.

Infos pratiques

-L’exposition s’accompagne de la parution de Woman of Letters, contenant un interview de Denise Epstein, une biographie de Irène Némirovsky et les notes de Captivité qui aurait dû constituer la troisième partie de Suite francaise. L’ouvrage est prefacé par David Marwell, directeur du Museum of Jewish Heritage et Olivier Corpet, directeur de l’Imec.

-Les livres dIrène Némirovsky sont publiés chez Denoel en France et Everyman’s Library aux Etats-Unis.
Le Mirador, autobiographie imaginaire de la fille d’Irène Némirovsky, Elisabeth Gille est publié chez Stock et sera bientot traduit en anglais.

Woman of Letters
Irène Némirovsky et Suite française

Du 24 Septembre 2008 au 22 Mars 2009
Au Museum of Jewish Heritage of New York
Edmond J. Safra Plaza
36, Battery Place in Lower Manhattan
Tel. : 646 437 4200
www.mjhnyc.org

Programme public


Mercredi 24 septembre

Irène Némirovsky : A daughter’s discovery (sold out)
Dimanche 26 octobre

Jews in Vichy France animé par les professeurs Michael Marrus de l’universite de Toronto et Robert Paxton de l’université de Columbia. 2.30 pm, $10 adultes, $ 7 étudiants et seniors. Gratuit pour les membres.

Lundi 8 décembre

Irène Némirovsky and the Jewish Question animeé par Ruth Franklin, The New Republic, et Susan Suleiman de Harvard University. 7pm, $10 adultes, $ 7 étudiants et seniors. $5 pour les membres.

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