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Isaach de Bankolé renoue avec Jim Jarmusch

L’acteur ivoirien au visage marquant a habité les univers de Michael Mann, Claire Denis, Lars von Trier ou encore Pedro Costa. Sorti le 1er mai aux États-Unis, The Limits of Control, dont il est la figure centrale, marque sa quatrième collaboration avec le cinéaste indépendant Jim Jarmusch. Rencontre avec un acteur physique à la carrière bilingue entre la France et les États-Unis.

Isaach de Bankolé porte littéralement The limits of control sur ses épaules : outre les cours de tai chi qu’il a suivi pour les besoins du tournage, l’acteur est l’épine dorsale de ce film au mince scénario, dont il est de presque de tous les plans. Ce nouveau long métrage, sans doute le plus dépouillé depuis longtemps pour Jim Jarmusch, suit un personnage presque muet, en mission (laquelle ?). Le cinéaste répète en effet depuis des années que les films, comme la vie, se passent très bien d’intrigue. Ce maigre fil conducteur est amplement compensé par la splendeur visuelle du film qui colle au paysage, une Espagne stylisée avec ses tours madrilènes évoquant à la fois un décor de science-fiction et l’habitacle rétro de films policiers des années 70. Ce faux road-movie rythmé par des rencontres symboliques (Gael Garcia Bernal, Paz de la Huerta, Tilda Swinton, etc), interroge notre rapport de spectateur à la réalité (jusqu’où s’étendent les limites de notre contrôle ?) et à l’imagination – le film s’échafaudant comme une construction mentale. Énigmatique, The limits of control conserve son mystère presque jusqu’au bout. Mais en apparence, seulement, le crime est sans objet.

Devant la caméra du cinéaste new-yorkais, Isaach de Bankolé livre une performance minutieuse et minimaliste. Ivoirien né de parents béninois, il a été repéré dans la rue à Paris alors qu’il se préparait à devenir pilote de ligne. Après un passage par le Cours Simon et un master de mathématiques, Isaach de Bankolé est, à 51 ans, une présence récurrente de l’univers de Jim Jarmusch (Ghost Dog, Coffee and Cigarettes). Il s’est fait connaître en France chez Thomas Gilou (Black Mic Mac, 1986) et surtout chez Claire Denis (Chocolat, S’en fout la mort), qu’il a récemment retrouvée pour son nouveau film, White Material. Installé à New York, il s’est fait un nom à Hollywood dans Miami Vice, Casino Royale et la série 24.

The limits of control marque votre quatrième collaboration avec Jim Jarmusch, qui dit avoir écrit le rôle pour vous.

Il écrit pour les acteurs en général, en tout cas pour ceux avec qui il a envie de travailler. Il y a un an et demi, il m’a dit : « je veux faire un film avec toi mais je n’ai pas d’histoire. On peut partir tous les deux avec une équipe, sans scénario ». Comme je lui fais confiance, j’ai dit « pourquoi pas ». Il a été en Espagne, à Madrid et m’a dit qu’il voulait faire un film sur moi et sur des tours (ndr : les Torres Blancas). Il a voulu partir sans scénario préétabli. Il m’a donné un synopsis : mon personnage avait peu de dialogue, il était en mission mais je ne savais pas laquelle.

-Comment vous êtes-vous préparé au rôle et comment travaillez-vous avec Jarmusch ?

On a finalement commencé le tournage avec un scénario d’une cinquantaine de pages. Jim l’a écrit au fur et à mesure. Il a rajouté plusieurs scènes au cours du tournage. J’y ai retrouvé des choses familières, depuis ses autres films. Les acteurs sont tous venus en Espagne à tour de rôle. On répétait succinctement, on ajustait et il réécrivait les dialogues pendant la nuit. C’est un réalisateur très précis, sans le paraître, et qui fait confiance à ses acteurs.
Je suis de toutes les scènes, il n’y avait pas de temps mort, c’était très exigeant, avec beaucoup d’improvisation. Ma préparation pour le rôle vient de loin : j’ai repris des choses de mon travail avec les metteurs en scène de théâtre Bernard-Marie Koltès et Patrice Chéreau, chez qui j’avais déjà joué un personnage qui décide de ne pas parler.

-Vous vivez aujourd’hui à New York : comment gérez-vous votre carrière américaine par rapport à votre travail en France ?

Il y a une variété de rôles plus grande pour moi aux États-Unis : c’est un pays plus vaste où l’industrie est plus importante. La place de l’imaginaire est aussi plus grande qu’en France. Les perspectives ne sont pas très attractives pour moi à Paris. Ici, il y a cinq ans on ne savait pas qu’Obama serait président. Ce pays offre plus de surprises.

Infos pratiques

The limits of control, de Jima Jarmusch avec Isaach de Bankolé

Sortie le 1er Mai aux États-Unis.

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