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Jacques Doillon, l’art de la fugue

Jacques Doillon a présenté son dernier film, Le premier venu, lors d’un cycle de films consacré à son œuvre et programmé au FIAF (French Institute- Alliance Française) de New York, jusqu’au 31 mars.

Jacques Doillon était de passage en mars à New York, où était diffusé son dernier long-métrage pas encore distribué aux États-Unis, Le premier venu (2008), avec Gérald Thomassin, révélé par lui dans Le petit criminel, et une actrice non-professionnelle, Clémentine Beaugrand. Le film, tourné dans les paysages désolés de Picardie, suit une jeune fille à la poursuite de son violeur, non pas par vengeance mais dans l’espoir d’une rédemption.
La série « Jacques Doillon : L’émotion », programmée à l’Alliance Française de New York, recèle des films plus confidentiels et des classiques comme Les Doigts dans la tête (1974), Le petit criminel (1990) ou Ponette (1994). Elle rend compte d’un cinéma longtemps marginal avant d’intégrer des circuits grand public, hanté par le théâtre et par des origines modestes, mais qui reste vif, et âpre.
Le cinéaste de 65 ans, au sortir d’une longue maladie, déclare : « Je ne revois jamais mes films ».

 

-Comment est né le scénario, plutôt surprenant, du Premier venu ?

Pour moi, c’est une histoire simple. Le point de départ, c’est l’histoire d’une fille insatisfaite, qui en a marre. Je me suis dit que l’on pouvait, à un moment de sa vie, vouloir regarder les gens un peu mieux, les voir autrement ou de façon plus généreuse et se dire qu’en chacun on peut trouver des intérêts. C’est rare, aujourd’hui, où l’on aime bien avoir autant d’ennemis que d’amis, sinon plus. Au premier coup d’œil on se dit que ce type qu’elle rencontre ne doit pas valoir grand-chose. En exagérant, c’est une histoire un peu christique, qui tente de sortir de ces rapports malades avec les autres. Bien sûr, il a fallu du temps pour arriver à écrire ce scénario, quelqu’un de 20 ans ne pourrait pas faire un film comme ça, ni comme Ponette, avec une enfant de 4 ans.

-C’est une histoire très singulière en regard de beaucoup de films français.

Évidemment, quand on voit que la plupart des films, pas seulement français, répondent aux besoins du marché et de la télévision, du divertissement. Les consignes sont de ne surtout rien éveiller chez le spectateur sinon de le replonger dans le sommeil le plus profond. Les chaînes de télévision produisent 80% des films : aujourd’hui, si c’était à refaire, mes films ne trouveraient pas preneur…

-Comment, alors, avez-vous réussi à financer le film ?

Ça nous a pris deux ans pour trouver le financement, bien entendu la production a été très difficile, il a fallu batailler. Heureusement nous avons reçu le soutien d’une région, la Picardie.

-Vous vous attendez donc à devoir surmonter les mêmes obstacles pour votre prochain film ?

Je n’ai plus le courage de me battre, alors plutôt que d’attendre un financement qui ne viendra pas, j’ai décidé de tourner cet été dans ma maison, en Normandie. Il s’agira de deux scènes, tournées dans un lieu unique. Il faudra répéter comme pour jouer théâtre : dans le pire des cas, on tournera en une journée, ou en une seule prise, si l’on n’a pas d’argent. Si on en a, le tournage durera plus longtemps. Les gens qui coûtent cher ne veulent pas jouer dans mes films, donc je me tourne vers des comédies non-professionnels, ou moins connus.

-Quel est votre cheminement quand vous travaillez à l’écriture d’un film ?

Je ne pars jamais d’un concept ou d’une idée forte : je pars d’une situation que je ne connais pas, et j’écris la scène à partir de là. Je ne sais pas, en commençant l’écriture du film, où je vais ni comment il se terminera. Ensuite, le tournage doit rester vivant : ce n’est pas parce que l’on a les mots que l’on a une scène. Il faut qu’un jeu, qu’une vie et que notre envie à tous soient rassemblés. Après, tout reste à jouer.

 



Le Premier Venu de Jacques Doillon – Film Annonce
Uploaded by liaisoncinema

 

Infos pratiques :

Cycle Jacques Doillon: L’émotion, FIAF, New York

Florence Gould Hall
55 East 59th Street

Ticket Price
FIAF Members Free* ($2 advance tickets)
Non-Members $10
Students w/ ID $7

The Crying Woman/ La femme qui pleure
Tuesday, March 24 at 12:30, 4 & 7:30pm

Raja
Tuesday, March 31 at 12:30, 4 & 7:30pm

 

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