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Jacques Schwarz-Bart, amoureux de son saxophone

Le saxophoniste guadeloupéen Jacques Schwarz-Bart sera en concert au Lycée Français de New York mardi 20 mars. C’est la première représentation sur le territoire américain de son spectacle Racines Haïti, mêlant jazz et musique vaudou.

“La musique vaudou comporte un élément mélodique extrêmement harmonique, qui pourrait être comparé à l’opéra”, explique le jazzman Jacques Schwarz-Bart. “Elle a beaucoup de modulations et beaucoup de silences, ce n’est pas une musique échevelée comme on se représente généralement”. Le musicien apporte à cela des instruments harmoniques, pour créer une atmosphère nouvelle. Composé de deux prêtres vaudou et de cinq musiciens de jazz, l’ensemble de Racines Haïti mêle chants rituels haïtiens et rythmes guadeloupéens. Le projet monté par Jacques Schwarz-Bart a fait l’ouverture du festival Banlieues bleues en mars 2011, en région parisienne, avant de tourner sur des scènes multiples.

“La prise de risques m’a réussi”

Ce jazzman installé à New York a eu un parcours atypique : il est venu à la musique à 24 ans seulement, soit très tard pour faire carrière. Ayant grandi en Guadeloupe, en Suisse et en France, il a fait du droit à l’université d’Assas, à Paris, puis Sciences Po. Il débute dans la haute administration française comme directeur général du Conseil général de la Guadeloupe, puis assistant de sénateur à Paris. Mais il quitte tout pour vivre son amour de l’instrument : “j’ai voulu me donner toutes les chances d’être musicien professionnel, même si ça me paraissait improbable.”

Fin 1989, il est reçu au Berklee College of music, à Boston, dont il sort diplômé en 1994. “J’ai attendu 3 ans sur place à ce moment-là, avant de me sentir prêt mentalement à m’installer à New York”, raconte le fils de Simone et André Schwarz-Bart, tous deux romanciers. Quand il se lance à la conquête de la Grosse Pomme, il tente de rencontrer le plus de créateurs locaux possible et un jour, alors qu’il assiste au concert de Roy Hargrove et Chucho Valdes au Bradlee Jazz Club, il opte pour l’audace, monte sur la scène et commence à jouer de son saxophone. “J’ai eu de la chance, Roy a cru que j’étais un ami de Chucho et inversement. J’ai donné tout ce que j’avais sur mon solo, et finalement c’est comme ça que j’ai commencé à travailler avec Roy”, se rappelle l’artiste. “La prise de risques m’a réussi plusieurs fois, mais je ne la recommande pas toujours. J’aurais pu me griller à tout jamais si je n’avais pas assuré, ce qui aurait pu arriver compte tendu de mon degré de nervosité !”

“Il y a beaucoup plus d’endroits où jouer en Europe”

Depuis, le compositeur n’a pas quitté New York et est un artiste reconnu. “C’est presque banal d’avoir du talent à New York. C’est affolant de voir tous les bons créateurs qu’il y a sur la scène jazz ici. Je suis fier et heureux d’avoir pu m’y faire une place”, confie Jacques Schwarz-Bart, entre deux interventions de son fils de trois ans. Tout en précisant qu’il pourrait habiter partout, il souligne que son identité musicale se définit principalement par rapport à ses expériences new-yorkaises. “On peut être créateur n’importe où, à condition d’être entouré d’autres créateurs”, selon le saxophoniste. “Mais à New York il y en a bien plus qu’ailleurs et ce sont des sources d’inspiration.”

C’est sans doute ce qui le retient sur la côte américaine, car l’artiste confirme qu’il est plus difficile de réussir dans le jazz aux Etats-Unis qu’en France, contrairement aux idées reçues. “En France, il y a un système de subsistance bien meilleur, avec le statut d’intermittent notamment, et un réseau d’afficionados, et plus de place pour les jeunes. Et puis il y a beaucoup plus d’endroits où jouer en Europe. Plus de festivals, de scènes nationales, de théâtres…” En comparaison, le milieu est difficile aux Etats-Unis. “Le rêve américain, c’est beaucoup d’appelés et peu d’élus”, aux yeux de Jacques Schwarz-Bart. “Finalement, même s’il est né ici, le jazz reste le parent pauvre de la culture américaine.”

Infos pratiques : concert Racines Haïti mardi 20 mars à 19h30, au Lycée Français de New York. $30 pour les adultes, $15 pour les élèves du lycée.

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