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James Lipton, bouillon de culture

De son année passée à Paris au début des années 50 à son amitié, célèbre, avec Bernard Pivot, le présentateur de l’émission Inside The Actors Studio est un francophile assumé.

Sur un pan entier d’un mur du salon, les photos de James Lipton entouré de stars du cinéma et des présidents américains côtoient les œuvres d’art. “Voici ma collection de dessins de Daumier. J’en ai une centaine. Je les ai achetés pour moins d’un franc à l’époque à un bouquiniste”, se souvient le célèbre présentateur de l’émission Inside The Actors Studio. Pour bien comprendre James Lipton, la visite guidée de sa magnifique demeure, située dans l’Upper East Side à New York, est essentielle. Sa maison est un musée qui retrace sa carrière. Sur le manteau de la cheminée sont entreposés tous les prix qu’il a reçus. Plus encore que son Emmy Award, c’est sa médaille de chevalier de l’ordre des Arts et Lettres qui fait sa plus grande fierté. “C’est la plus importante de mes récompenses”, s’exclame-t-il, en français dans le texte.

Plus que de la simple francophilie

L’attachement de James Lipton à la France remonte au début des années 50, lorsque le jeune Américain, alors acteur, traverse l’Atlantique en paquebot. En attente d’être envoyé en Grèce pour un tournage qui ne se fera jamais, James Lipton séjourne dans la capitale française. Il y restera près d’un an, sans un sou en poche. “La France m’a changé, elle m’a construit. Mon attachement à ce pays est beaucoup plus que de la simple francophilie”. Dans sa biographie publiée en 2007, il avoue avoir été quelque temps souteneur, pour arrondir ses fins de mois. Il se chargeait, pour une amie, de trouver des jeunes clients américains et de les amener dans une chambre près de Pigalle. “Je dois dire qu’on gagnait bien notre vie”, écrit-il. De son séjour parisien, James Lipton se souvient surtout de son premier repas Chez Pierre, à la Fontaine Gaillon. Assis au fond du restaurant, un soir d’hiver à minuit, il goûte sa première soupe à l’oignon. “J’en ai encore le goût dans la bouche aujourd’hui”. C’est aussi ce soir-là qu’il apprend à boire du vin, avec le chef du restaurant, venu s’asseoir à sa table. “Il s’est approché de moi pour savoir ce que je buvais et je lui ai dit ‘un vin ordinaire’. Il m’a alors répondu : ‘Nous n’avons pas de vins ordinaires !’ Et la nuit a commencé…”

L’ami de Bernard Pivot

Cinquante ans plus tard, c’est dans un autre restaurant parisien, Au pied de cochon, que le présentateur vedette conclut “la plus belle soirée de son existence”. Ce soir-là, son mentor Bernard Pivot présente la dernière émission de Bouillon de culture et James Lipton est l’un des invités. “Se retrouver sur ce plateau que j’avais découvert des années auparavant, par hasard, à la télévision américaine, c’était incroyable”, se remémore-t-il, d’une voix toujours aussi grave mais un peu plus chevrotante. James Lipton se lève alors et apporte la une du Monde du lendemain, qu’il a fait encadrer. “Imaginez mon émotion quand j’ai vu ma photo aux côtés de Bernard Pivot dans la colonne de droite, là où ils annoncent généralement les guerres ! Je suis passé de spectateur à participant. C’est un peu l’histoire de ma vie”. De son passage à l’émission littéraire, James Lipton garde un précieux souvenir, le mot de remerciement de Bernard Pivot, accroché entre deux lettres d’acteurs américains. “Il m’a écrit ‘cher amirateur’, car je suis à la fois son ami et son admirateur !”, se délecte encore aujourd’hui le président de l’Actors Studio.

Emission culte

Le culte que James Lipton voue à Bernard Pivot remonte aux années 1980 lorsque le vice-président de l’Actors Studio à New York se passionne pour Apostrophe, “le talk-show le plus brillant de tous les temps”. “C’était le paradis de voir des personnes intelligentes et de divers horizons parler de choses sensées”. L’idée germe en lui de lier son école et l’apprentissage du jeu d’acteur à une émission de télévision. “Sur les pas de Bernard Pivot, je voulais faire un talk-show sans potins mais centré uniquement sur le métier d’acteur”.

Lorsque la chaîne Bravo achète les droits en 1994, James Lipton s’attend à ce que son émission ne soit diffusée que quelques semaines. “Je n’imaginais pas que les Américains accepteraient que l’on parle uniquement de méthode, de technique de jeu avec les acteurs”. Mais la découverte par le grand public des hommes et des femmes qui se cachent derrière les célébrités hollywoodiennes passionne les Américains. James Lipton est capable de faire rire aux éclats Julia Roberts comme de faire pleurer Tom Hanks. “Les quelques questions personnelles que je pose aux acteurs sont toujours en rapport avec leur jeu. Elles ne sont jamais indiscrètes. Elles permettent de comprendre comment Jim Carrey ou Paul Newman en sont arrivés là”. Dévoiler le tout Hollywood sans fard vaut à James Lipton une multitude de prix. En 1997, Inside The Actors Studio remporte notamment le prix de meilleur talk-show sur le câble. Devant les caméras, son présentateur ne remercie ni ses parents, ni Dieu, mais demande, très sérieusement, que de l’argent soit levé pour traduire les émissions de Bernard Pivot. “Je n’ai hélas jamais réussi, soupire-t-il. Il me reste encore cela à accomplir”.

De ses fréquents séjours en France, James Lipton a conservé une profonde amitié avec le comte Jean de Rochechouart de Mortemart, aujourd’hui décédé, et la comtesse Anne d’Ornano, directrice du Festival du film américain de Deauville à sa création. Sa “famille française”, comme il la surnomme. “J’ai gardé une grande affection pour la France. Je connais Paris au moins aussi bien que New York. Il n’y a bien qu’une chose que je n’aime pas là-bas : les taxis. Ils ne veulent jamais aller là où je veux, et je suis obligé de prendre le God Damn métro !”.

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