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« Je n’aurais jamais pensé vivre assez longtemps pour voir ce rêve se réaliser »

À l’image de Catherine Elizey, une Afro-Américaine de 74 ans, deux millions de personnes ont célébré mardi l’investiture de Barack Obama à la présidence des États-Unis. Dans les rues de la capitale américaine, l’euphorie côtoyait le réalisme.

Ethel Hall n’aurait manqué l’investiture du premier président noir de l’histoire des États-Unis pour rien au monde. La quinquagénaire afro-américaine a fait huit heures de voiture depuis Cincinnati, dans l’Ohio, pour saluer Barack Obama et « participer à l’histoire en marche ». « J’attends ça depuis toujours », a-t-elle lancé. « J’ai grandi à une époque où on disait aux Noirs ce qu’ils ne pouvaient pas faire. Mais moi, j’avais neuf frères et soeurs et l’inaction n’était pas une option. »

Comme beaucoup à Washington mardi, Ethel Hall n’avait pas de ticket pour participer aux festivités. Mais cela ne l’a pas découragée. Elle espérait fermement assister à la parade hier pour tenter d’apercevoir le 44e président des États-Unis. Barack Obama a d’ailleurs fait mardi après-midi un cadeau à la foule compacte massée le long de Pennsylvania Avenue. Pendant le trajet qui le menait à la Maison Blanche, il est sorti de la limousine noire blindée et a fait plusieurs centaines de mètres à pied en compagnie de sa femme Michelle.

Un peu plus tôt dans la matinée, Barack Obama a prêté serment sur les marches du Capitole, au cours d’une cérémonie solennelle à laquelle ont participé quelque 2 millions de personnes. Une marée humaine bigarrée qui s’étendait à perte de vue et dans laquelle les anonymes côtoyaient des célébrités telles que Bruce Springsteen, aperçu en compagnie de ses gardes du corps.

Tony Elzey, 53 ans, est lui venu du New Jersey avec sa mère, Catherine, 74 ans, pour immortaliser ces instants avec son vieil appareil-photo. « Je m’en achèterais bien un numérique, mais je n’ai pas les moyens », a-t-il dit en changeant de pellicule. Il a raconté avoir réservé son billet de train pour Washington le 5 novembre 2008, au lendemain de l’élection de Barack Obama. Ouvrier, il travaille dans une usine qui, dit-il, a réduit de moitié le nombre de ses employés en huit mois : « Il nous faut être patients. Barack Obama va avoir besoin de temps pour inverser la tendance et redonner de la force à ce pays. »

« C’est un jour bienvenu », a enchaîné sa mère d’une voix faible, rongée par l’âge et la maladie. « Je n’aurais jamais pensé vivre assez longtemps pour voir ce rêve se réaliser. Quand j’allais à l’école, on disait qu’un Noir ne pourrait pas être président des États-Unis. »

Dans un discours prononcé peu après son serment, Barack Obama a affirmé que ces concitoyens avaient choisi « l’espoir plutôt que la peur » en l’élisant à la Maison Blanche. À l’image des propos qu’il a tenus depuis son élection, il a tenté de tempérer les attentes de ses concitoyens tout en soulignant sa résolution face aux problèmes : « Aujourd’hui, je vous dis que les défis auxquels nous faisons face sont réels, sérieux et nombreux », a-t-il déclaré au début de son discours. « Nous ne les relèverons pas facilement ou rapidement. Mais sois-en sûre, Amérique : nous les relèverons. »

Du haut de son estrade, Barack Obama a mis les Américains au défi de relancer des États-Unis ébranlés par la crise économique. « À partir d’aujourd’hui, nous devons nous reprendre, nous dépoussiérer et commencer à nouveau le travail de reconstruction de l’Amérique », a-t-il lancé avant de souligner le besoin d’entrer dans une nouvelle « ère de responsabilité » pour faire avancer les États-Unis.

Dans les rues de Washington, le réalisme a sans cesse côtoyé l’euphorie pendant cette investiture. « Le moment est venu de laisser la place au changement », glissait lundi soir Ahmed Dowdell, un Afro-Américain de 37 ans venu de Newark avec sa femme Medina. « Je ne sais pas si Barack Obama va pouvoir transformer ce pays, mais il va au moins mettre en place les pièces qui vont nous permettre d’avancer. »

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