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“Je ne veux plus faire partie du gouvernement”

Entretien exclusif avec Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre français, Grand Témoin de la Francophonie et représentant de la France à la cérémonie du 400ème anniversaire de Québec.

France-Amérique : Grand Témoin de la Francophonie aux Jeux Olympiques de Pékin, puis au sommet de Québec, qui coïncide avec la célébration du 400ème anniversaire de Québec, dont vous êtes aussi le représentant français, 2008 est une année très francophone pour vous. La Francophonie est-elle plus qu’une belle idée?

Jean-Pierre Raffarin : Je pense que la Francophonie est un bon projet du XXIème siècle, parce que la valeur du XXIème siècle, c’est la diversité. Si la Francophonie a longtemps été ronronnante et un peu nostalgique, on s’aperçoit aujourd’hui qu’elle est perçue par les peuples, ceux de l’Union européenne, qui la remettent au goût du jour (ndlr : La France a, en 2008, inscrit l’appartenance à la Francophonie dans sa Constitution) ou ceux de l’Afrique, par exemple, comme un véhicule pertinent d’échange et de dialogue. Ce n’est plus uniquement un espace de revendication du Sud, c’est un espace de construction de projets communs.

F-A : Nicolas Sarkozy a appelé la Francophonie à parler d’une seule voix pour redéfinir les règles du jeu de l’économie mondiale. Quelles actions concrètes la Francophonie peut-elle mener pour affronter les enjeux de la crise économique actuelle?

J-PR : Parce que la Francophonie est composée de nombreux pays, du Nord et du Sud, plus ou moins grands, plus ou moins riches, ayant des conceptions différentes du capitalisme, le sommet est un espace de discussion idéal pour dégager les contours d’une nouvelle gouvernance mondiale, plus juste et plus équilibrée. Si l’ont veut changer les règles du jeu, il faut d’abord repenser notre gouvernance mondiale, à commencer par le FMI, et la Banque Mondiale ou même le FAO et l’UNESCO… Il faut aussi transformer nos pratiques financières, en se rapprochant de l’économie réelle, et en luttant contre la spéculation. Il n’y a pas beaucoup de lieux aujourd’hui, où le Nord et le Sud, peuvent ensemble discuter de ces sujets là. Le Sommet en est un.

F-A: Justement, certains pays du Sud semblent, à juste titre, inquiets des répercussions de la crise économique induite par les imprudences du Nord…

J-PR: Nous ne rebâtirons pas nos économies à l’identique. Le temps est au changement et la redéfinition du paradigme économique mondial, tel que nous l’envisageons, se fera au bénéfice des pays du sud, qui ne sont justement pas des pays spéculateurs.

F-A : Que pensez-vous des propositions faites par Nicolas Sarkozy pour répondre à la crise financière, en France, mais également au niveau européen et mondial, dans le cadre du G8?

J-PR : Nicolas Sarkozy a su imposer son leadership sur la scène internationale dans la résolution de la crise. La mondialisation implique des mesures concertées, et Nicolas Sarkozy, de par sa force de conviction et sa conscience médiatique, agit en vrai leader du XXIème. Aujourd’hui, le monde entier connaît son visage. Cependant, si le leadership est une condition nécessaire, elle n’est pas suffisante. Nicolas Sarkozy a besoin d’espaces, comme l’OIF, où nourrir et légitimer ce leadership, avant de rencontrer Georges Bush, ce week-end ou Hu Jin Tao, la semaine prochaine.

F-A: Quel « leader » appelez-vous de vos voeux pour les Etats-Unis en novembre ?

J-PR: Il est difficile de répondre à cette question. Sur la scène internationale, il est sûr que l’élection de Barack Obama viendrait remettre en cause la manière souvent manichéenne dont le monde regarde les Etats-Unis. Mais les symboles ne durent qu’un temps. Le nouveau président devra prouver par des actions concrètes qu’il considère le reste du monde avec moins de raideur ou d’indifférence que le président sortant. Mon expérience m’a en tout cas appris que les bons candidats ne font pas forcément les bons présidents.

F-A: La clôture du Sommet va marquer la fin de votre aventure québécoise, débutée en 2006, avec votre nomination comme représentant de la France au 400ème anniversaire. Quels sont vos projets pour 2009 ?

J-PR: Je m’investis depuis plusieurs années dans l’observation et analyse approfondies de quatre pays : la Chine, la Tunisie, le Canada et Israël. Mon prochain chantier sera chinois :je vais développer, dans le cadre de « l’Association pour l’Innovation et la Prospective », que je préside, un programme d’échange, « Jeunes Leaders », pour les jeunes parlementaires français qui veulent s’intéresser à la Chine. Je trouve que beaucoup de gens parlent souvent trop rapidement de la Chine. C’est un pays qui ne se cerne pas facilement.

F-A: Des rumeurs suggèrent que Nicolas Sarkozy penserait à vous, dans le cadre d’un futur remaniement gouvernemental. Quel poste accepteriez vous ?

J-PR: Je ne veux plus faire partie du gouvernement. Je suis sénateur pour au moins encore 6 ans et je désire me consacrer à mon territoire, et à certaines questions nationales et internationales, dans le cadre de mon association. Je ne veux pas d’une position de gestion de l’immédiat. Je veux pouvoir réfléchir aux phénomènes de société qui vont nous bouleverser dans les années à venir. La France a trop souvent les volets clos. Je veux pouvoir réfléchir à la façon dont la France pourrait être plus à l’aise dans le XXIème siècle.

 

 

 

 

 

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