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Jean Echenoz ou l’art de l’esquive

La Maison française de New York a repris son cycle de conférences intitulé « French literature in the making » présenté par le journaliste Olivier Barrot . Jean Echenoz, qui reçut le prix Goncourt pour son roman Je m’en vais en 1999, était le premier invité du cycle 2008.

Jean Echenoz n’aime pas parler de lui, peut être n’aime-t-il pas parler du tout. Il écrit. Et laisse dire. Avec beaucoup d’humilité et de retenue, ce grand écrivain a tout de même accepté hier soir de nous révéler quelques traits de son art. “Dès le début, la littérature m’a paru être le grand jeu.” Jeu avec l’espace de la phrase, du paragraphe, de la page toute entière. Echenoz aime introduire dans sa syntaxe une “fausse gaucherie, un faux déséquilibre” pour le plus grand plaisir des lecteurs, selon Olivier Barrot. Pourtant, divertir n’est pas le but premier d’Echenoz. “Tant mieux si mes romans font sourire. Mais mon objectif avant tout est de construire une sorte de mathématique tordue de la phrase, créant ainsi une tension et un rythme particuliers.

L’écriture pourtant, n’est pas un simple jeu pour Jean Echenoz qui s’impose, en amont de chacun de ses textes, un immense travail de recherche. Avant la rédaction de ses ouvrages, il prend des milliers de notes qu’il avoue ne pas utiliser ensuite! “Mais le travail romanesque passe par la contrainte.” Ses quatre premiers livres sont aussi une forme d’astreinte, d’exercice littéraire. “C’est un peu comme faire des gammes de piano pour accéder à l’excellence du métier“, explique l’auteur. A ses débuts, Jean Echenoz a donc imité des genres littéraires bien définis afin d’exercer sa plume. Le Méridien de Greenwich qu’il publie à 22 ans, en 1979, puis Cherokee (1983) sont tous deux inspirés du roman policier. L’équipée malaise (1993) se fait l’écho du roman d’aventure et Lac (1989) du roman d’espionnage.

Après Lac, Jean Echenoz s’est accordé une plus grande liberté, sans plus s’inspirer d’aucun modèle. Je m’en vais, prix Goncourt 1999, est selon Olivier Barrot, un condensé de l’art d’Echenoz. “Ce livre balaye tout, la solitude, l’aventure et l’incroyable humour du narrateur“. Ravel, titre de son dernier ouvrage, offre une interprétation de la vie de ce compositeur « chez qui rien n’est imprévu », dont toute la vie est réglée comme du papier à musique. “Ravel est tellement impeccable que le lecteur a le sentiment que non, ce personnage n’est pas possible“, explique Olivier Barrot. Mais jamais Echenoz n’a obligé ses lecteurs à le croire. Il ne semble d’ailleurs pas nécessaire de copier la réalité pour intéresser le public, puisque les romans d’Echenoz connaissent un succès impressionnant en France comme aux Etats Unis où sept de ses ouvrages ont été traduits.

 

“In the making of French literature” Maison française, 16 Washington Mews, NYC 10003

Le 3 mars 2008 à 7 heures Linda Lê auteur d’In Memoria (Prix Medicis 2007)

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